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Hyper Scape : quand Ubisoft fait et prend la sauce

© Ubisoft
Ubisoft a enfin rendu disponible son premier jeu Battle Royale : Hyper Scape. Mais dans un marché aussi saturé, difficile de faire vivre une nouvelle licence sans lui offrir un petit truc en plus…
Écrit par Maxime « OtaXou » Lancelin-GolberyPublié le
Aujourd’hui, il paraît presque ironique de présenter ce qu’est un Battle Royale. Le fait de balancer 100 tireurs sur une carte pour qu’il n’en reste plus qu’un à la fin est devenu si banal que c’en est presque risible. Si PUBG est le papa de cette nouvelle tendance, Fortnite l’a transformée en mouvement sociétal que rien n’arrête. Plus que n’importe quel autre jeu de sa génération, le titre d’Epic Games est devenu un point de ralliement central pour toute une jeunesse avec sa propre culture.
Du même temps, on connaît Ubisoft comme étant l’un des plus grands éditeurs de jeux vidéo. Ce dernier n’hésite historiquement jamais à tenter sa chance sur les mouvements populaires, quitte à ne pas forcément trouver son public au bout. Il était donc étonnant qu’il n’ait pas encore tenté d’imposer un Battle Royale. C’est désormais chose faite : après un peu plus de deux ans de développement, Hyper Scape a été présenté au public au début de l’été et est enfin disponible en bêta pour tous. Et le jeu est loin de manquer d’intérêt.
À l’origine simple mod, le battle royale PUBG a pris son envol pour devenir un jeu à part entière qui a séduit bien des amateurs de shoot précis et complexe.
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Faire sa sauce

De petit mode à genre tout entier, il n’y a qu’un pas… qui a déjà été franchi. Plus d’une fois même. À l’origine simple mod, PUBG a pris son envol pour devenir un jeu à part entière qui a séduit bien des amateurs de shoot précis et complexe. Il faut dire que la base d’ARMA III a aidé pour attirer vers le jeu de nombreux joueurs hardcore pour lesquels la balistique importe presque autant si ce n’est plus que les graphismes. S’en est suivi Fortnite, qui a vu la popularité grandissante et a décidé de… créer son propre mode. En deux mois. Et oui : on l’oublie souvent, mais Fortnite était à la base un petit jeu sans prétention où il fallait construire sa baraque pour survivre aux hors attaquant de l’extérieur. Le mode Battle Royale a été développé en deux mois par l’équipe sur un coup de tête, et est devenu le phénomène que l’on connaît aujourd’hui extrêmement rapidement. Et c’est pour cela que le gimmick de Fortnite, la possibilité de construire des murs autour de soi pour se protéger ou se percher bien haut, existe.
Voyant Fortnite exploser, le grand artisan des FPS Respawn Entertainment a voulu lui aussi se lancer dans la course. Le développeur a commencé à plancher sur sa propre version assez tôt, avant de démarrer le travail effectif après la sortie de TitanFall 2. Ici, le studio a apporté sa marque en ajoutant aux héros joués des capacités particulières, et en mettant plus d’emphase sur les déplacements par le biais d’une glissade. Apex Legends est plus frénétique que ses compatriotes, et se place entre le sérieux d’un PUBG et l’accessibilité d’un Fortnite en ce sens. Et puis… Il y a Call of Duty Warzone. Comment dire ? C’est Call of Duty. Voilà. Un gameplay connu et une licence très forte : il n’y avait pas besoin de faire plus d’effort que cela.
Autour de ces grands noms, difficile de trouver l’originalité. Ubisoft Montréal a choisi avec Hyper Scape de créer un battle royale… “traditionnel”, dans un sens. Déjà, il y a l’environnement. L’unique carte du jeu met en scène une ville semi-futuriste qui n’est pas sans rappeler Paris. Le désormais traditionnel “cercle de vie” inspiré de Hunger Games laisse sa place à l’effacement progressif de certains quartiers de la ville, qui nous ramène bien plus au Battle Royale de Kōshun Takami (dont le film est une adaptation). Et le gameplay, surtout, est vertical. À l’extrême. Des bumpers sont disséminés partout dans la ville, faisant que l’on peut passer presque l’intégralité de sa partie à sauter à plus d’une dizaine de mètres dans les airs et shooter à vue. Il est aussi possible de rentrer dans les bâtisses bien sûr, mais il s’agit avant tout d’aller y chercher des ressources et du heal… ou se protéger d’un assaut adverse, du moins temporairement.
La plus grande particularité du jeu vidéo battle royale Hyper Scape d'Ubisoft Montréal, outre sa très grande verticalité, vient de la manière dont les armes et capacités spéciales sont récupérées.
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Goûter sa sauce

La plus grande particularité de Hyper Scape, outre sa très grande verticalité, vient de la manière dont les armes et capacités spéciales sont récupérées. Le monde de Hyper Scape étant un jeu vidéo en réalité augmentée, il n’existe nul besoin d’être particulièrement logique ou réaliste. Ici, vous avez la possibilité d’équiper deux capacités et deux armes différentes à votre personnage, qui en lui-même n’est qu’un skin sans autre forme de procès. Mais celles-ci ne sont pas récupérées aléatoirement sur la carte, et vous n’avez pas vraiment à chercher des heures pour trouver ce qui vous convient. Lorsque vous avez les armes et capacités qui vous convient, en ramasser un nouvel exemplaire ne fait que leur faire gagner en niveau, et donc en puissance. Le loot sur les ennemis a donc surtout l’intérêt d’offrir des capacités déjà mises à niveau par ces derniers.
Traduction manette en main : Hyper Scape est extrêmement rapide et agressif. Quelque part très arcade. Jouer au jeu revient à récupérer son set préféré, sauter dans tous les sens, faire des 360°, planer dans les airs, trouver un adversaire à affronter, et le poursuivre à grande base de sauts, de capacités et de glissades ultra rapides pour lui asséner le coup fatal. Dans un tel contexte, il est donc naturel que les armes comme les miniguns, les snipers et les simili lance-roquettes soient particulièrement intéressants pour les équipes de trois joueurs.
Il n’est cependant pas très punitif. Lorsque vous mourrez, l’un de vos coéquipiers peut vous réanimer très rapidement… s’il prend bien soin d’être à couvert bien sûr. En effet, vous devenez un fantôme capable de se déplacer librement sur la carte. Votre but : trouver un socle de réanimation qu’un de vos coéquipiers doit activer. Cependant, cette recherche n’est pas très difficile, puisque ces derniers sont autant disposés sur la carte que créé automatiquement à chaque mort. N’importe qui peut utiliser le pad de réanimation de n’importe quel cadavre. C’est donc peut-être le seul aspect un peu “tactique” du titre : faire attention à bien utiliser cette capacité au bon moment pour ne pas en mourir.
Dans le jeu vidéo Hyper Scape d'Ubisoft, des bumpers sont disséminés partout dans la ville, faisant que l’on peut passer presque l’intégralité de sa partie à sauter dans les airs et shooter à vue.
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Prendre la sauce

Jouez à Hyper Scape, et vous prendrez la sauce. Constamment. C’est vraiment le principe du jeu, puisqu’il s’agit soit de courir après un ennemi, soit d’en fuir un qui nous assaille. Plus que tout, dans le feeling du jeu, la production Ubisoft Montréal rappelle des vieilles parties de Quake où les roquettes fusent et les sauts abondent. Et de ce fait, il met aussi énormément en avant les capacités du joueur avant tout : il ne s’agit pas de trouver la meilleure arme, mais savoir parfaitement utiliser ce qu’on a. Mais comme Battle Royale ou Hunger Games, vous n’êtes pas nécessairement seuls : les spectateurs de Twitch peuvent influer sur le déroulement d’une partie, en votant pour activer différentes situations comme l’apparition de tous les ennemis sur la carte du jeu, un mode à gravité réduite ou encore un triple saut. Pas d’avantage pour l’un au détriment de l’autre cependant : tout le monde est traité de la même manière. Il s’agit surtout de voir comment les tireurs peuvent s’adapter pour tourner ces nouvelles conditions à leur avantage.
Hyper Scape a fondamentalement de bonnes idées et un gunplay très efficace, facile à prendre en main mais demandant tout de même beaucoup de maîtrise. Nul doute qu’il pourrait trouver son public, malgré les nombreux appelés pour peu d’élus du genre. Hélas, ses chances semblent assez infimes en l’état. Déjà, la surabondance du battle royale n’aide pas les joueurs à dépasser leurs préjugés pour venir tester le jeu. Aussi, le fait qu’Ubisoft soit à l’heure actuelle au centre d’un scandale de harcèlement sexuel fait que la couverture médiatique est moins intéressée par ses productions que par la résolution de cette affaire.
Et puis, la stratégie de drop Twitch boosté par les influenceurs qui a fait la hype autour de Valorant est loin d’avoir eu le même effet sur Hyper Scape. Bien au contraire : Ubisoft l’a lancée à l’exact moment où elle était remise en cause par le public, puisque faussant les chiffres autour de l’intérêt porté à un jeu.
Mais si on parle de chiffres… Il faut aussi voir que là où Valorant est à l’heure d’écriture de cet article à plus de 50 000 spectateurs pour 5+ millions d’abonnés sur Twitch, Hyper Scape à seulement 3000 spectateurs pour 200k+ abonnés. Et oui : le Twitch Drop n’est pas magique. Seulement, Hyper Scape a bien plus besoin du soutien de Twitch que son confrère de Riot Games : une partie de son gameplay et de son intérêt en dépend. Preuve s’il en est qu’un gameplay réussi ne fait pas forcément tout. Il faut aussi savoir attirer à soi des joueurs. Ce ne sont cependant que les débuts du titre d’Ubisoft Montréal, et il est plus qu’impossible d’établir comment un battle royale arrive à conquérir sa base de joueurs jusqu’à ce… qu’elle soit déjà là. Ou pas du tout.