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Slackline
Jaan Roose revient sur le projet fou de Life on the line
Qui est Jaan Roose, le slackliner dansant dans les airs ? Rencontre avec l'homme qui a fait de ses numéros de haute voltige une carrière spectaculaire, en repoussant les limites de l'équilibre.
Écrit par Nutan Shinde
Temps de lecture estimé : 12 minutesUpdated on
Il y a une ligne fine entre l'ambition et la folie, et Jaan Roose l'a parcourue au sens littéral du terme. L'équilibriste de 32 ans s'est mis en tête de banaliser l'extraordinaire grâce à ses exploits en slackline. Qu'il s'agisse d'exécuter des doubles sauts périlleux arrière, de remporter trois championnats du monde ou d'illuminer l'horizon de Dubaï avec son passage mémorable sur la LED Sparkline, il a véritablement fait de l'équilibre sa carrière. Roose a transformé ce sport grâce à ses projets visionnaires et ses records remarquables. Voici une sélection des meilleurs moments de sa carrière.
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Un pas vers la slackline

Roose s'attaque au projet Highline Mangistau au Kazakhstan© Victor Magdeyev/Red Bull Content Pool
Qui aurait cru que se tenir en équilibre sur un fil pouvait être un métier ? Roose ne le savait certainement pas lorsqu'il a commencé à pratiquer la slackline à l'âge de 18 ans. Ce qui n'était qu'un passe-temps s'est lentement transformé en une passion, puis en une carrière à part entière.
Né et élevé dans le village de Matsuri, en Estonie, son intérêt s'est éveillé lorsqu'il a terminé deuxième au concours vidéo King of Slackline en 2010. Blessé à la jambe après un accident de parkour, Roose soumet des vidéos de lui exécutant des figures sur une slackline installée dans sa maison. "Et puis, avec une jambe dans le plâtre après m'être essayé au parkour, j'ai tenté ma chance sur une slackline. J'étais malade, je vomissais, j'essayais de me soigner et j'y retournais », se souvient-il. « J'ai commencé à uploader les vidéos et il y a eu une panne d'électricité, c'était orageux.»
C'est cette victoire inattendue qui l'a poussé à poursuivre la pratique de la slackline de manière professionnelle jusqu'à aujourd'hui.
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Comment Jaan Roose s'est lancé dans la slackline

Au cours de ses premières années de slackline, Jaan Roose s'entraînait après l'école éclairé par les phares de sa voiture, en essayant de maîtriser des figures. Il lui arrivait même de sécher les cours pour se consacrer à sa passion. Même si ce n'était pas l'idéal, l'Estonien souhaitait mettre toutes les chances de son côté. Il explique : "Ce n'est pas que le fait de ne pas aller à l'école soit positif, mais je me disais que si j'utilisais ce temps pour la compétition, ce serait bénéfique. Je voulais me dire que j'avais tout fait et tout essayé pour réaliser mes objectifs".
En grandissant avec peu de restrictions, il a développé une personnalité curieuse. "On me disait de simplement partir deux heures, puis de revenir un moment pour montrer que j'étais toujours en un seul morceau, personne n'exigeait grand-chose de moi", se souvient Roose.
Cette liberté de vagabonder et de créer lui permettait de passer d'innombrables heures à explorer, grimper ou encore construire. "Mes parents étaient aussi à un âge où ils étaient plus impliqués dans le travail. Pour eux, chaque journée se ressemblait et ils étaient persuadés qu'il ne m'arriverait rien. Cela m'a donné la liberté de faire des choses par moi-même, de prendre des outils à mon père pour aller construire toute sorte d'objet et passer beaucoup de temps seul."
Dans le monde de la slackline, je ne voulais pas copier le style ou les figures des autres, j'aimais les faire avec ma propre touche.
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Un slackliner solo et un autodidacte

Comme vous l'avez sûrement compris, Roose tient à sa solitude. "Je suis accompagné lorsque je m'apprête à faire quelque chose de dangereux, mais je n'ai pas besoin d'avoir des amis avec moi au quotidien", ajoute-t-il, "être seul, ça te donne plus de concentration, moins de gens, moins de ragots. Il y a des avantages, comme des inconvénients."
C'est souvent seul qu'il trouve la paix. Il n'a pas besoin d'un ami pour trouver motivation et amusement. "Cela m'a aussi aidé pour la slackline. J'ai dû apprendre relativement seul. Au début, j'ai commencé avec mes amis, mais à la maison, je m'entraînais toujours seul et je ne m'ennuyais pas. Au contraire, ça m'a permis de mieux me concentrer."
Roose admet qu'il est de nature introvertie, mais il a su s'adapter partout où c'était nécessaire : "quand j'étais plus jeune, je n'étais pas prêt à communiquer soudainement avec des inconnus. Je n'ai pas l'habitude de téléphoner pour tout et n'importe quoi, mais finalement j'ai su faire des efforts quand c'était nécessaire. J'ai voyagé, j'ai vu le monde, ça m'a beaucoup aidé".
Roose travaille dur au Red Bull Athlete Performance Center© Leo Rosas/Red Bull Content Pool
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Rebelle comme sa mère

Sa mère a eu une grande influence sur lui en grandissant. Roose se souvient avec émotion qu'elle a apporté une échelle pour essayer une ligne au-dessus de l'eau, à 3 m de hauteur. "Elle m'a dit : "Je veux essayer ça", et je lui ai répondu : "Ça ne marche pas vraiment comme ça"".
Il semblerait donc que l'intrépidité et la curiosité soient des traits de caractère que Roose tient directement de sa maman. Il y a d'ailleurs une autre particularité partagée par la mère et son fils : la prise de parole. "Dans ma famille, ma mère est pareille, elle n'a pas peur de dire ou de faire quelque chose... J'ai vu que parfois, quand d'autres gardaient leurs pensées pour eux, elle n'hésitait pas à s'exprimer. Pas au point de dire n'importe quoi, ce n'était pas son genre, mais elle savait adopter un autre point de vue. Elle pouvait aussi plaisanter, elle adorait prendre les choses avec humour", se souvient-il.
Il aime se qualifier de "rebelle" parce qu'il aime se démarquer. "J'ai oublié de dire que j'ai été relativement rebelle également dans le domaine du sport. À l'école, nous avions le ski, la course d'orientation, qui étaient des sports très populaires. Cela me dérangeait quand on me disait ce que je devais faire. J'allais souvent à l'encontre de la norme".
"Dans le monde de la slackline c'était pareil, je ne voulais pas copier le style ou les figures des autres, j'aimais les faire avec ma propre touche."
Faire les choses différemment, c'est son style.
Il y avait une peur de rester là, de faire la même chose encore et encore, une peur de disparaître de l'image
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Choisir la liberté plutôt que le confort

La plus grande peur de Roose réside dans le fait de perdre sa liberté et sa flexibilité. Il déclare : « J'aurais probablement le plus peur de perdre la possibilité et le temps de faire ce que je veux, cette restriction de la liberté. Non pas que l'on puisse y faire quoi que ce soit, mais précisément cette liberté de décision ».
En 2018, alors qu'il travaillait au cirque de Dubaï, dans l'ère du double backflip, il n'a pas pu travailler la figure à cause de ses obligations professionnelles. À la fin du contrat, il a préféré la liberté à l'argent. Il se souvient : "j'aurais assez pour vivre, et à ce jour, j'ai su éviter ce genre d'obligations qui pourraient être source d'inquiétude. "
"Il y avait une peur de rester là, de faire la même chose encore et encore, que je disparaisse de l'image. Parce que oui, c'était bien et confortable de faire un spectacle génial quelque part à Dubaï, mais vous savez, vous vous habituez à tout." Il voulait à tout prix éviter de s'engluer dans une routine. "Au final, c'est toujours la même chose et tu peux trouver des activités à faire à côté, mais j'ai senti que je préférais retourner dans la forêt et travailler cette figure."
Le fait de refuser cette zone de confort a façonné son état d'esprit de travailleur acharné. En réalité, son existence est guidé par une seule et même question : "Comment pourrait-on faire ça ?" Il cherche en permanence à inventer des façons de réaliser ce qu'il veut, à chercher des nouvelles compétences à développer.
Sa carrière de slackliner a emmené Roose aux quatre coins du monde© Victor Magdeyev/Red Bull Content Pool
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Une concentration à la limite du super-pouvoir

L'un des traits les plus particuliers de Roose est son hyperconcentration. Lorsqu'il s'attelle à quelque chose, il est si concentré qu'il a parfois du mal à s'octroyer des coupures. C'est très utile lorsqu'il marche sur une ligne dans un environnement bruyant rempli de voitures, d'usines et de vent. Dans ces moments-là, il est capable de faire le vide et de se concentrer uniquement sur sa ligne.
Cependant, cette capacité hors du commun possède ses inconvénients. En tant que highliner, il est primordial de parvenir à analyser son environnement. Il explique : "Se concentrer sur une seule et unique chose peut parfois s'avérer dangereux. Disons que l'on se concentre uniquement sur la ligne et que l'on n'entend pas ce qui se passe dans son environnement. Si un drone vole tout près, il va peut-être s'écraser. Parfois des oiseaux volent autour de ta tête. En d'autres termes, tu dois changer de focalisation tout le temps, ne pas te concentrer sur une chose trop longtemps. Quand je marche sur la ligne, je me concentre sur la ligne, sur la façon dont elle se comporte mais je dois rester alerte sur ce qui m'entoure."
Aujourd'hui, Roose est définitivement passé maître dans l'art de jouer avec sa concentration selon les besoins. Et dans les situations délicates, il se recentre grâce à un travail de respiration. "La respiration me rend aussi un peu plus calme", dit-il.
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Sommeil, snacks et slacklines

Roose est un noctambule apportant beaucoup d'importance à son sommeil. La nuit est son moment le plus productif. Il pense aussi que le repos est réservé aux plus forts : "J'ai compris que parfois, c'est en arrêtant l'entraînement que je progresse."
En matière de nourriture, il a un palais unique. Il adore les raisins secs dans la crème glacée et les macaronis. Il est connu pour mélanger différents aliments : porridge, œufs, saucisse, moutarde, le tout dans un même bol.
Roose écoute souvent de la musique pendant ses performances, et pour lui, écouter une même chanson 50 fois n'est pas un problème. Son morceau préféré ? Makeba de Jain, qu'il utilisait pour ses représentations jusqu'à ce qu'il devienne populaire sur Instagram.
Il s'épanouit en s'entraînant dans des situations réelles. Lors de ses récents préparatifs pour la highline de la cascade gelée de Valaste, il s'est entraîné la nuit à -10 °C, sortant ainsi de sa zone de confort !
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Leçons de slackline

Jaan Roose sur une slackline dans le comté de Samburu, au Kenya© Migwa Nthiga/Red Bull Content Pool
Pour Roose, il s'agit d'y aller petit à petit, étape par étape. En commençant par une marche de 30 m, il a progressivement repoussé ses limites jusqu'à 50 m, puis jusqu'à 100 m, et finalement jusqu'à 200 m. Son approche méthodique l'a finalement amené à marcher un kilomètre complet à cette hauteur.
En 2023, Roose s'est chargé du projet Kenya à Nkadorru Murto ; il a souffert d'une infection oculaire due à une piqûre d'insecte. Cette expérience lui a révélé que les plus grands dangers sont souvent les plus inattendus. Ce n'est pas seulement la hauteur qui est risquée, mais aussi les menaces invisibles. Il se souvient : "C'est ça le truc, tu ne t'en rends pas compte. Tu ne connais pas le risque, donc je ne pouvais pas le prévoir. Et ça aurait pu tuer le projet si c'était arrivé un peu plus tôt."
"Je n'ai pas besoin de tomber pour que ce soit dangereux". Selon lui, tomber dans l'équipement de sécurité ou dans le tranchant de la ligne elle-même peut être dangereux. "Ce sont les risques. Comme à vélo, tu peux avoir un casque, mais tu peux te prendre le guidon."
Penser à l'avance, planifier méticuleusement et être conscient de la sécurité est une compétence qu'il a polie au fil du temps grâce à ses expériences, bonnes comme mauvaises.
Il s'entraîne aussi plus intelligemment, ce qui signifie choisir le meilleur équipement, comme la bonne slackline. Pour le double backflip, il a expérimenté différentes lignes et a découvert que les lignes étroites fonctionnaient mieux. Il a régulièrement recours à l'analyse des vidéos pour améliorer la technique, au lieu de répéter aveuglément telle ou telle figure.
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La psychologie de la slackline

"Je pense que la seule barrière est dans mon esprit et que les enjeux dépendent de ce que je décide d'assumer. Il n'y a aucune barrière géographique. De même pour l'entraînement, autrefois, j'allais dans la forêt pour m'entraîner et pouvoir me concentrer, je n'avais pas besoin de belles salles de sport", explique Roose. "Mais maintenant, pour gagner du temps, j'ai toutes ces lignes juste à côté de chez moi, et il s'avère que ce confort peut me freiner un peu."
C'est comme pour le travail à domicile : il est difficile de rester concentré. J'ai tout l'équipement à la maison, ce qui est bien parce qu'il n'y a pas besoin de conduire n'importe où, mais cela signifie aussi que je peux facilement me laisser déconcentrer par les mails, ou tout autre éléments de distraction".
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Les grands rêves de Roose

Roose se nourrit de l'ambition et a pour obsession permanente de faire quelque chose de grand, de massif, et ce, même sans certitude concernant le challenge qui l'attend. Il déclare : "Je suis resté ouvert parce que je ne sais pas ce que c'est. Je fais tout cela maintenant avec les efforts que je fournis, de la façon dont je les ai fourni, mais je ne me limite pas à ces projets."
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Détroit de Messine : record du monde de la plus longue slackline

Jaan Roose marche sur une slackline au-dessus du détroit de Messine.
Jaan Roose sur le détroit de Messine© Red Bull
En juillet 2024, Jaan Roose avait pour objectif de battre une nouvelle fois un record du monde de slackline. Il a entrepris de traverser le détroit de Messine en Italie, en marchant sur 3,6 km depuis le continent italien jusqu'à l'île de Sicile. Il a battu le record du monde de la plus longue marche sur la slackline à ce jour, qui s'élève à 2 710 m, mais n'a pas réussi à atteindre le record proprement dit.
À quelques mètres de l'arrivée, il a perdu l'équilibre et a glissé de la slackline. Cependant, l'Estonien restera dans l'histoire comme le premier slackliner à parcourir le détroit de Messine, de la Calabre à la Sicile.
Regarde l'incroyable slackline de Roose en action ci-dessous, et découvre les dessous de sa pratique, sa patience et la passion nécessaires pour se préparer à un tel défi dans le court métrage documentaire, Life on the Line.
26 minutesJaan Roose: Life on the LineLe slackliner Jaan Roose réfléchit à la vie alors qu'il prépare un record du monde de funambulisme à travers le Détroit de Messine.
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On a l'impression qu'il y a cette volonté primitive de faire quelque chose de très cool.
Jaan Roose
Roose a admis que son but ultime dans la vie est de faire quelque chose d'incroyable. Il se rappelle : "On a l'impression qu'il y a cette volonté primitive de faire quelque chose de très cool." Pour lui, ce n'est pas la célébrité qui compte, mais la création d'un héritage. Et il marche lentement vers cela, une slackline à la fois. Sans aucun doute, l'avenir lui réserve encore de grandes choses.
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Jaan Roose

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Jaan Roose: Life on the Line

Le slackliner Jaan Roose réfléchit à la vie alors qu'il prépare un record du monde de funambulisme à travers le Détroit de Messine.

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