Vacances en Bretagne : « si je me loupe, je me mange le château ! »
Tu peux nous parler de ce projet ? D’où est venue l’idée ?
L’année dernière, on se posait la question. Des projets en winch (du wakeboard en étant tracté par un treuil), il commence à en sortir pas mal. On réfléchissait à un projet, on se demandait ce qu’on pourrait faire pour se démarquer de tout ce qui s’est déjà fait. Et à un moment, on s’est dit que le mois d’août approchait, pourquoi pas simplement faire un projet à la plage avec toutes les activités possibles (plongée, château de sable, parcs à huîtres, ports de plaisance...) mais en mode wakeboard. Bon nombre de Français vont à la plage en été, c'est quelque chose qui parle à tout le monde, ça peut être rigolo de travailler dessus. Après, c’était un peu engagé aussi parce qu’à la plage, en termes de spots, c’est pas forcément le plus simple.
En quoi c’est compliqué de tourner à la plage ?
Quand l’idée de faire ça à la plage est venue, déjà on s’est demandé où est-ce qu’on pouvait le faire. Trouver des lieux en France où tu peux avoir des vagues, la marée qui monte et qui descend en fonction de ce que tu veux rider, des ports, de l’eau bleue transparente, tout ça… On avait pensé à la Méditerranée au début, mais il n’y a pas de marées, pas de parcs à huîtres. Et après, on s’était dit : « pourquoi pas la Bretagne ? » même si c’est un peu complexe au niveau de la météo. On est parti là-dessus, et on s’est rendu compte que c’était top comme ça pouvait aussi être la galère, mais on a bien rigolé.
Sur chaque spot, c’est très compliqué dès qu’on ne connaît pas. Par exemple, les parcs à huîtres, l’eau est à bonne hauteur (pour rider, ndlr) que pendant 10 minutes. En fonction des coefficients de marée, l’eau va descendre, et on ne peut faire des ollies que pendant quelques minutes, donc c’était vraiment un gros challenge. Et c’était pareil pour plein d’autres spots.
On a besoin de combien de profondeur pour faire du wakeboard ?
Ça dépend pour quoi, mais au minimum, il faut au moins 20-30 centimètres. Sinon, l’arrière de ma planche peut toucher le fond quand je replaque et ça va me stopper net. Je me suis mis quelques bonnes boites d'ailleurs (rires) mais rien de grave !
Comment s’est déroulé le tournage ?
On a fait le tournage sur deux semaines à peu près. Comme dans tous les projets, il y a des moments où ça déroule de dingue et c’est super, et d’autres où d’un coup on peut avoir 10 000 galères… mais en général, je suis super content. Encore une fois, avec tous les paramètres à prendre en compte : les marées, les autorisations… franchement, je suis content du résultat.
Vous avez été logé sur place pendant deux semaines ?
On est restés chez des amis qui ont un spot qui s’apelle la Ferme de Boiséon, à Port-Blanc. Ce sont des amis de longue date qui sont maraîchers et ont une baraque qu’ils louent. C’était top parce qu’ils sont à 20 minutes de tous les spots qu’on voulait utiliser. Ils ont été super accueillants, on a mangé chez eux régulièrement, ça faisait vraiment colonie de vacances (rires).
Du coup, comment étais-tu tracté, c’est un secret ? Ça dépendait des différents spots ?
C’est pas du tout un secret, non (rires). Justement, c’est ça qui est rigolo. On est tracté par un winch, un treuil électrique. C’est une petite boite qui peut rentrer sous un siège de voiture (ou presque). Ça doit faire 25 kilos maximum, et dedans il y a une bobine de cordes. Moi, la mienne fait 200 mètres, et dans laquelle il y a un moteur auquel tu branches quatre batteries. On accroche la boîte où on veut, je déroule la corde à pied, et après il y a un pilote qui appuie sur un bouton pour rembobiner. Bien sûr, on peut régler la vitesse (moi je vais à entre 30 et 32 km/heures en fonction des spots).
Le treuil était statique ? Ou est-ce que vous l’avez mis en mouvement pour certains plans ?
Ça, ça fait vraiment partie des problématiques du winch : trouver le bon endroit pour le positionner en fonction de ce que je veux faire. Dans l’idéal, il faut que la tension soit la plus haute possible. Donc le winch, la plupart du temps, on l’accroche à des poteaux. Après, pour être sûr d’avoir le bon angle et la bonne tension, j’ai des petites poulies de renvoi que je peux accrocher dans les arbres, sur les cailloux etc. Et en faisant passer la corde, ça me donne le bon axe.
Il faut énormément anticiper, non ?
C’est la plus grosse mission du winch. On prend deux bonnes heures d’installation au minimum pour 5/6 essais au maximum. Et un essai, moi en temps de ride, j’en ai pour 3/4 secondes. Après, c’est le temps de rembobiner la corde et tout. Mais le taff de préparation, c’est monter le kicker (tremplin portable, ndlr) si besoin. On l’a fait à 2/3 endroits. Puis installer le winch, sortir les équipements, se mettre en place etc.
Il y avait beaucoup de monde pour la réalisation, prise de vue etc ?
Il y avait trois cadreurs, une personne au drône… on était une dizaine au total avec aussi quelqu’un pour la sécurité. Parce qu’à un moment, on était au large. Au final, y'avait une bonne ambiance et une sacrée équipe. On a débarqué avec Kanar (pilote de winch) et Camille (son frère, ndlr) et on a rencontré toute l'équipe de tournage. À la fin des 10 jours de tournage, on avait vraiment le sentiment que c'était la fin de la colo, c'était drôle comme sensation. Un peu nostalgique des vacances finalement...
Comment ça se passe le wakeboard sous l’eau ? D’où est venue une idée pareille ?
L’idée, c’est vraiment random. Quand on s’est tous assis pour faire un projet à la plage, on a pensé à plein de trucs comme slalomer entre les gens sur leurs serviettes… l’objectif, c’était de trouver vraiment le truc qui puisse le plus donner le smile possible. Et à un moment on s’est dit : « Rider sous l’eau, ça ne s’est jamais fait ». C’est complexe, parce qu’on s’était imaginé 10 000 scénarios de comment ça pourrait agir sous l’eau. Moi, avant, Avec Kanar et Cam, on est allé chez des amis à Leucate, au Wesh Center Crew pour faire des essais avec des board cassées. Parce qu’en fait, le problème, c’est la portance et la résistance de l’eau qui fait qu’à une certaine vitesse, tu pousses beaucoup trop d’eau. Et surtout, la forme de ma planche me fait remonter.
On a testé plein de trucs, et au final, on s'est rendu compte que le plus simple, c’était d’avoir une planche normale, et tout se jouait sur ma position. On a juste ralenti un peu le winch au moment où je coule, avec la bonne position, en plantant le nose le plus possible tout en restant en arrière, ça a marché (rires). Bien sûr, j’étais lesté aussi. Mais en termes d’orga, c’était très drôle : y avait le pilote sur la digue, on a fait passer la corde dans une poulie de renvoi dans un corps-mort (objet lourd positionné en profondeur, ndlr) tout au fond de l’eau. Et ensuite, on déroulait cette corde avec le jet-ski, et un plongeur était venu spécialement ce jour-là pour m’apprendre. Moi, c’était la première fois de ma vie que je faisais de la plongée. En fait, on me larguait du jet-ski avec la corde, je coulais avec des poids accrochés à ma board et autour de moi, et dès que le plongeur me faisait signe, on pouvait envoyer et ça partait.
Quel passage a été le plus compliqué à tourner ? À quel endroit as-tu préféré passer ?
C’est sûr que ça (la partie sous l’eau, ndlr) faisait partie des plus galères, mais il n’y a pas eu que ça. Le château de sable aussi, c’était un bon coup de stress. Je ne sais pas pourquoi, mais être 3/4 mètres sous l’eau, lesté avec une bouteille de plongée, ça ne me stressait pas trop. Mais le château de sable, il n’y a pas un jump à côté, on essaye et on voit si le kicker marche. Il y a un mur de 3m50 devant moi, je pars du sable, j’ai 15 mètres pour prendre mon élan et si je me loupe, je me mange le château (rires). C’était vraiment le truc le plus chiant, surtout que derrière, comme c’était marée basse et que l’eau n’est jamais montée jusqu’au château, on a dû creuser un petit peu et on avait 20 centimètres d’eau à la replaque.
Pour les spots que j’ai aimé, je dirais soit les parcs à huîtres parce qu’on était chez un pote qui a un endroit magnifique et c’était assez cool, soit Dinan, c’était super… le petit port est vraiment trop mignon, et le spot avec la barrière qui se plie, j’ai adoré.
Je sais que c’est tout frais tout ça, mais est-ce que tu as d’autres projets en tête ?
Alors d’autres projets comme ça, j’en ai plein (rires). Après, pour l’instant, qui vont sortir, non, je n’ai rien de sûr, je ne peux rien dire (rires).
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