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kennyS, le divin sniper

© HLTV.org
Écrit par Dorian Costanzo
Sniper de l’équipe G2 Esports, kennyS est sorti renforcé de la récente période de mercato. À l’approche de 2020, dressons le portrait de ce joueur d’exception au parcours extraordinaire.
S’il existait un Mont Rushmore pour CS:GO, Kenny “kennyS” Schrub ferait sans doute partie des favoris pour y obtenir sa statue. À seulement 24 ans, il est d’ores et déjà une icône planétaire du sport électronique. Son parcours raconte l’une des ascensions les plus fulgurantes jamais observées : il est passé d’illustre inconnu à meilleur sniper du monde en l’espace d’un an. Qui dit mieux ?
Joueur européen le plus suivi sur les réseaux sociaux, kennyS est un véritable phénomène médiatique. Combien peuvent se vanter de ne pas savoir choisir une action ou une fragmovie préférée tant elles pullulent sur la toile ? Placer kennyS dans un titre de vidéo sur Youtube est un solide gage de buzz. Faites le test.
Son histoire est digne d’être racontée parce qu’elle est d’abord très documentée. Originaire de Digne-les-Bains, il a concentré l’attention de ses pairs et du public dès ses premiers pas en compétition, fin 2011. En croisant les témoignages de ses anciens coéquipiers avec son propre discours, on découvre une carrière hors du commun au sens littéral du terme où l’émotion a joué une place gigantesque, extrapolant le bonheur lors des grandes victoires mais exacerbant, à l’inverse, la déception lors des nombreux échecs.
Conter l’histoire de kennyS, c’est raconter le parcours d’un jeune homme qui a connu des périodes difficiles, certainement plus intenses que beaucoup de ses compatriotes, mais qui a toujours réussi à prendre sa revanche sur le destin. C’est pour cette personnalité hors normes face à laquelle il est dur de rester insensible qu’il est aujourd’hui l’une des plus grandes stars de CS:GO.
Portrait de kennyS, joueur professionnel français de Counter-Strike: Global Offensive, de l’artiste Monika Urbańcza.
Un portrait de kennyS par l’artiste Monika Urbańczak

Un jeune inconnu trop fort pour être vrai ?

Le parcours de kennyS fait office d’exception qui confirme la règle. À un joueur ambitieux, il sera sans doute recommandé de gravir les échelons petit à petit, de rejoindre une équipe et de s’entraîner individuellement tous les soirs en analysant des centaines de replays de grands joueurs. À 16 ans, le jeune Kenny Schrub n’avait jamais rejoint la moindre équipe. Pourtant, VeryGames, l’écurie la plus performante de l’histoire de Counter-Strike: Source, s’intéressait déjà à son profil. Une anomalie rendue possible par le manager de l’organisation, Jérome “NiaK” Sudries.
À l’époque, les joueurs de bon niveau se réunissaient sur des serveurs vocaux, créant de véritables clans très fermés et cloisonnant ainsi la communauté francophone. Il ne le sait pas encore mais quand un ami l’introduit dans un de ces cercles très fermés, il obtient par la même occasion la chance de sa vie.
Pendant près d’une année, il côtoiera certains des meilleurs joueurs hexagonaux et leur bande de potes. Comme pour les matchs de football à la récréation, il obtiendra de plus en plus souvent un dossard pour participer à ces fameux “pick-ups”, ces matchs funs organisés entre copains. Courant 2011, kennyS est un parfait inconnu du grand public mais soulève déjà des interrogations auprès de cette petite communauté. On lui reconnaît rapidement un niveau de jeu assez impressionnant pour son jeune âge et compte tenu surtout de son inexpérience.
Son cas va diviser. Certains, pour ne pas dire la grande majorité, n’y croient pas et le soupçonnent de tricherie. Il faut dire que le jeune kennyS a été banni - injustement - pour cheat sur ESL. D’autres, dont le très influent Vincent “Happy” Cervoni, anciennement EMSTQD, mais également et surtout NiaK, le manager de VeryGames, prennent sa défense assurant ainsi sa place dans les réunions amicales du soir. Des avocats à qui il restera longtemps fidèle.

La précocité incarnée.

Le jeune joueur kennyS, âgé de 16 ans, supervisé par Jérome “NiaK” Sudries (derrière lui) dès sa première lan sur Counter-Strike.
kennyS, 16 ans, supervisé par NiaK (derrière lui) dès sa première lan
Fin 2011, l’équipe VeryGames menée par son capitaine emblématique, Kévin “Ex6TenZ“ Droolans monte sur la première marche du podium à la Coupe du Monde de l’ESWC. La France confirme son statut de pays numéro un sur CS:Source, bien représentée par une équipe considérée comme invincible à l’époque. La scène francophone va néanmoins être bouleversée par l’annonce surprise des départs de Richard “shox” Papillon et Edouard “SmithZz” Dubourdeaux de l’écurie championne du monde.
Deux départs qui laissent deux places vacantes au sein d’une formation mythique. La communauté est en ébullition et, en coulisses, les joueurs se pressent au portillon pour tenter d’être sélectionné lors des différentes périodes d’essai. Très vite, trois garçons se détachent du lot : Dan “apEX” Madesclaire, Michaël "mK" Zaidi et… Kenny “kennyS” Schrub. Se lier d’amitié avec le manager de l’équipe a payé et ce dernier a soufflé son nom aux trois joueurs restants de l’équipe.
kennyS n’a jamais joué dans une équipe correcte et le voilà propulsé avec la meilleure équipe du globe pour des essais. Il se fera même personnellement superviser par NiaK lors de son tout premier déplacement en compétition, à l’occasion de la PxL 32, à Arles. Il y participe avec des membres de TheWall, nom de la communauté que nous évoquions plus tôt. Jouer pour la première fois en lan est toujours un moment particulier pour un joueur. Mais combien ont joué leur place dans la meilleure équipe d’un jeu lors de leur première expérience compétitive ?
Le contraste entre son niveau de jeu affiché sur Internet et celui proposé lors de cet événement lui sera fatal. Trop de pression, trop de précipitation et un manque de maturité évident. L’heure de gloire de la jeune pépite n’est pas pour tout de suite. Les deux autres candidats lui seront finalement préférés. Une incroyable erreur que VeryGames regrettera quelques mois plus tard.
Tout n’est pas perdu pour kennyS. Être ne serait-ce que testé chez VeryGames est gage de qualité. Alors c’est l’équipe eXtensive qui saisira l’opportunité d’accueillir le jeune prodige. Quatre mois, début 2012, qui serviront d’initiation pour le sniper, bel et bien lancé dans une carrière exceptionnelle.

Une première revanche sur le destin.

Counter Strike: Global Offensive - Le Français kennyS avec eXtensive surveillé de près par Ex6TenZ de VeryGames.
kennyS avec eXtensive surveillé de près par Ex6TenZ de VeryGames
Dans une équipe évoluant entre le top 3 et le top 4 français, kennyS va pouvoir prendre réellement ses marques en lan sans cette gigantesque pression. Bien que lui et ses premiers coéquipiers officiels termineront leur aventure ensemble sur une mauvaise note à la Gamers Assembly 2012, le sniper sort définitivement du lot.
Alors quand, en parallèle, VeryGames vient de connaître les heures les plus sombres de son histoire en marge de la Copenhagen Games 2012, le nom de Schrub revient sur toutes les bouches. Dans la capitale danoise où le plus grand événement de l’histoire de CS:Source a lieu en ce mois d’avril, Michaël “mK” Zaidi a commis l’irréparable en volant un ordinateur portable laissé sans surveillance par un joueur. Une fois le larcin dénoncé, un scandale sans précédent a logiquement éclaté et le fautif fut exclu directement de l’écurie et envoyé en retraite anticipée.
Voilà comment kennyS s’est retrouvé dans une seconde session d’essais chez VeryGames en l’espace de cinq mois. Cette fois-ci, l’équipe ne s’y trompera pas et signera bel et bien l’étoile montante. Cinq mois après ses débuts compétitifs, le jeune homme qui habite toujours chez sa mère à Digne-les-Bains rejoint le club, très restreint à l’époque, des joueurs payés pour assouvir leur passion.
Une ascension éclair qui va se concrétiser dès la semaine suivant l’officialisation, avec une première lan internationale remportée à l’occasion de l’i45, à Telford, près de Birmingham en Angleterre.
Les joueurs professionnels de Counter-Strike NBK, SmithZz, Ex6TenZ, RpK et kennyS sont des habitués aux deuxièmes places.
NBK, SmithZz, Ex6TenZ, RpK et kennyS, malheureux habitués des 2èmes places
2012, c’est également l’année de transition entre les vieux opus et la dernière version de Counter-Strike, la bien nommée “Global-Offensive”. Un changement progressif vers un jeu n’est jamais chose anodine d’autant plus pour un habitué du sniper. Pour autant, c’est bien lui qui effectuera la première action de légende du jeu en finale de la DreamHack Valencia, le premier rendez-vous international de l’histoire de CS:GO, un mois seulement après la sortie officielle du jeu.
kennyS sera l’un des acteurs majeurs de la rivalité franco-suédoise à sens unique entre VeryGames et Ninjas in Pyjamas. Elle va rythmer la scène compétitive lors des premiers mois. Entre septembre 2012 et mai 2013, les deux écuries vont s’affronter pas moins de sept fois, dont quatre fois en grande finale d’événements importants. Les Franco-Belges ne parviendront jamais à accrocher la moindre carte.
Une véritable malédiction qui sera fatale pour kennyS. Un an jour pour jour après son arrivée triomphale chez VeryGames, le voilà mis de côté dans les larmes et la tristesse. La raison évoquée est un manque de maturité. Derrière un talent sans doute inégalé se cache en effet une personne timide et encore fascinée par les joueurs qu’il côtoie au quotidien. Ex6TenZ et sa bande lui préféreront Richard “shox” Papillon, un joueur fort d’une carrière déjà bien remplie, et réputé pour sa force de proposition. Un élément alors totalement absent de la palette du Dignois.
Ce changement provoque la stupeur au sein de la communauté : kennyS a ses défauts mais a été impeccable du point de vue statistique. Sa réputation reste donc intacte aux yeux du monde et le récompensera par un joli parachute doré dans l’équipe Team LDLC, qui n’a pas hésité à remercier son sniper attitré pour faire de la place à l’ex-VeryGames. Et seulement deux jours après son éviction !

Plongée en eaux troubles.

Un an après son arrivée triomphale chez VeryGames, le joueur CS:GO kennyS est mis de côté dans les larmes et la tristesse.
L’été 2013, une période de doutes pour kennyS
Chez Team-LDLC, kennyS retrouve Happy, le même qui l'avait déjà pris sous son aile alors qu’il n’était qu’un illustre inconnu. Un retour d’ascenseur qui va se matérialiser par un premier exploit : la première victoire française contre Ninjas in Pyjamas. Alors oui, il ne s’agissait alors “que” d’un match en ligne - tout de même une finale - mais le fait que les LDLC soient en bootcamp avec une webcam braquée sur eux, a fait de ce moment triomphal, un souvenir impérissable dans la tête de ceux l’ayant vécu. Et puis, quand même, l’histoire est belle pour kennyS qui en a profité pour faire un joli pied de nez à son ancienne écurie, toujours maudite face aux légendaires Suédois.
Cette équipe Team-LDLC restera dans les mémoires comme un immense gâchis. Surpris par Epsilon (qui servira de base aux fnatic, premiers victorieux du Major cinq mois plus tard) en demi-finale d’une DreamHack Summer où les Français semblaient capables de l’emporter, l’ambiance au sein de l’effectif va se dégrader jusqu’à l’implosion. La faute en partie au sniper et dernier arrivé dans la formation : il admet lui-même avoir connu une chute de motivation suite à ce résultat frustrant.
Celui qui est déjà une figure internationale de la compétition CS:GO suscite les convoitises. Néanmoins, il reste un jeune joueur et ses yeux s’illuminent encore au moment d’évoquer les grandes légendes. Considéré comme l’un des plus grands joueurs de l’histoire, le Polonais Filip “Neo” Kubski lui fera du pied durant l’été 2013 pour rejoindre son nouveau projet. Dans le même temps, Danylo “Zeus” Teslenkole, capitaine emblématique des Ukrainiens de Natus Vincere, s’intéresse à son profil et s’entretiendra même avec lui pour un potentiel recrutement. Deux opportunités pour le moins exotiques qui n’aboutiront pas, faute notamment à un anglais encore très approximatif.
Le joueur professionnel de CS:GO kennyS, avec une veste au style douteux, pose à côté de la légende polonaise, Neo.
kennyS, avec une veste au style douteux, à côté de la légende polonaise Neo
Cette fin 2013 est marquée par l’annonce du premier Major de l’histoire programmé à la DreamHack Winter. Et, l’un des meilleurs snipers du jeu risque de rater le rendez-vous puisque toujours sans équipe depuis de longues semaines. C’est donc avec l’objectif d’y participer qu’il retrouve encore une fois Happy dans un projet un peu bancal, mais sponsorisé à la dernière minute par une organisation finlandaise inconnue (et qui ne marquera jamais les esprits par ailleurs) du nom de Recursive.
En terres suédoises, là où tout le gratin s’est donné rendez-vous pour s’adjuger le titre de champion du monde, les Français de Recursive accèdent aux quarts de finale à la surprise générale. Notamment après une remontée fantastique face aux Polonais qui avaient tenté de récupérer le sniper quelques mois auparavant. Ils parviendront même à donner un coup de chaud aux futurs vainqueurs de chez fnatic avant de s’incliner.
kennyS va se retrouver une fois de plus sous le feu des projecteurs quelques jours plus tard. Alors qu’il pensait être de la partie dans la renaissance de l’équipe Team-LDLC, il n’est finalement pas retenu dans la formation. Une annonce vécue comme une trahison de la part de son grand ami et ancien coéquipier, Dan “apEX” Madesclaire qu’il ne manquera pas d’égratigner dans une série de déclarations. Une réaction à chaud qui illustre, certes, un manque de maturité mais surtout l’importance qu’il accorde à la fidélité en tant que valeur. Il aura l’occasion de le montrer plusieurs fois par la suite.

Le regret éternel.

Les joueurs pro de Counter Strike: Global Offensivel, kennyS, ScreaM et Ex6TenZ, stars de l'équipe Titan eSports.
kennyS, ScreaM et Ex6TenZ, les trois stars de Titan
Après avoir effectué une pige chez Clan-Mystik, histoire de rester actif et performant, kennyS reçoit une proposition de la part de Titan, les numéros uns francophones et surtout ses anciens coéquipiers chez VeryGames. Un an après lui avoir préféré shox, l’équipe est contrainte de lui faire appel de nouveau suite au départ de ce dernier. Les avis au sein de la formation étaient partagés mais une seconde chance est finalement laissée au sniper.
En ce mois d’avril 2014, c’est le début d’une nouvelle et tumultueuse aventure pour kennyS qui doit quitter le domicile familial pour aller vivre en gaminghouse en Belgique. Un nouveau mode de vie qui lui ira comme un gant, à sa propre surprise d’ailleurs, lui qui luttait alors contre un long et douloureux chagrin d’amour. Les experts sont unanimes et citent l’année 2014 comme son apogée sur le plan individuel. D’un point de vue collectif cependant, le rêve s’apprête à tourner au cauchemar.
Les résultats sont plutôt encourageants jusqu’au Major de l’ESL One de Cologne où Titan chute à nouveau dès la phase de poules. Suite à cet événement, un grand remaniement va s’opérer entre les meilleures équipes de l’Hexagone. Nathan “NBK” Schmitt, membre de Titan, et Richard “shox” Papillon décident de s’allier pour monter leur propre équipe. Kenny, certainement le meilleur joueur français à l’époque, est invité à les rejoindre pour former une véritable “dreamteam”.
Il déclinera poliment, préférant rester aux côtés d’Ex6TenZ et NiaK, ses deux amis et mentors auxquels il se sentait redevable de lui avoir accordé une nouvelle fois leur confiance en avril dernier. Les débats font rage sur la toile concernant les forces et faiblesses de chacune des deux équipes issues de ce mercato express. Sur le papier, Mercenary, qui sera rapidement intégré chez Team-LDLC, semble plus prometteur que Titan. Et il est vrai que les performances à venir donneront raison à ce pronostic.
Cela étant dit, c’est proches de leur pic de forme que les joueurs de chez Titan appréhendent la DreamHack Winter 2014, le prochain Major du calendrier. Un événement dont ils ne fouleront en fait jamais le sol.
Le 20 novembre 2014, le joueur CS:GO Hovik "KQLY" Tovmassian, coéquipier de kennyS chez Titan eSports, est banni par le Valve Anti-Cheat. Il avoue tout et un réseau entier de tricherie est découvert.
Les Titan, trahis par l’un des leurs
Nous sommes le 20 novembre 2014 et le monde de CS:GO est à quelques minutes de vivre son plus gros scandale. Hovik "KQLY" Tovmassian, coéquipier de kennyS chez Titan, est banni par le Valve Anti-Cheat en pleine séance d’entraînement au sein de la gaminghouse. Dans la proche banlieue bruxelloise, la stupeur générale laisse place à l’incompréhension puis rapidement à la colère. Le fautif avoue tout. Il est banni à vie de tous les Majors. Dans son sillage, l’équipe entière est disqualifiée de la DreamHack Winter. Des heures sombres attendent Titan. L’affaire est gigantesque et un réseau entier de tricherie est découvert, lançant une impressionnante chasse aux sorcières au sein de la communauté. L’image de marque de l’organisation en prend un coup et elle ne s’en relèvera jamais, perdant sponsor sur sponsor.
Pour ne rien arranger, Valve se décidera à réduire la puissance de l’AWP dans une mise à jour surprise, début 2015. Il y aura désormais un avant et un après pour tous les snipers, et en particulier le Français. On ne saura jamais qu’est-ce un kennyS au pic de sa forme aurait pu donner dans la plus prestigieuse des compétitions. Un regret éternel pour un joueur qui sera tout de même élu 6ème meilleur joueur de la planète en fin d’année 2014 alors qu’il n’a vu aucun play-offs de Major cette même année. Preuve d’un gâchis monumental.

Enfin la consécration.

La légende de kennyS n’est plus à faire mais sa vitrine à trophées ne représente pas encore son talent hors du commun. Deux petits titres internationaux à son actif, loin derrière les huit d’un NBK à la même époque. Une anomalie qui va prendre fin au début de l’été 2015. Les Français d’EnVyUs, champions du Major sous le nom de Team-LDLC, connaissent des problèmes en interne et décident d’écarter le binôme shox - SmithZz, en plein ESWC à Montréal.
Au Canada se trouvent également les Titan, toujours pas complètement remis de leur fin d’année catastrophique. Les EnVyUs approchent alors le duo apEX - kennyS (s’étant rabiboché depuis) pour compléter l’effectif. Une opportunité unique de retrouver les sommets face à laquelle les deux joueurs n’hésiteront pas une seule seconde pour accepter.
En 2015, le joueur professionnel Kenny Schrub monte sur toit du monde avec l'équipe Team EnVyUs en remportant la DreamHack Cluj-Napoca sur Counter-Strike: Global Offensive.
Au sommet
Sur Counter-Strike, et particulièrement en France, il existe un phénomène baptisé “honeymoon” (voyage de noces en Français) qui consiste en une période de quelques semaines suivant des changements de joueurs où la nouvelle équipe va, en fait, y vivre son apogée. EnVyUs 2.0 en est un cas d’école.
En l’espace de trois mois, kennyS va accomplir plus de succès que dans l’intégralité de son parcours jusqu’alors : quatre titres dont un Major et une finale amèrement perdue à l’ESL One Cologne face aux redoutables fnatic. EnVyUs montera sur le toit du monde lors de la DreamHack Cluj-Napoca. Un triomphe qui aurait bien failli tomber à l’eau au stade des demi-finales. Les Français ont dû s’employer et sauver plusieurs rounds de matchs face aux G2 eSports de l’époque, ancêtres lointains des FaZe d’aujourd’hui. La grande finale face à Natus Vincere ne sera, elle, qu’une formalité.
kennyS remporte le plus beau trophée de sa carrière quand trois de ses coéquipiers entrent dans le club très fermé des double vainqueurs de Majors. Un fait toujours d’actualité. Kenny, lui, n’a remporté qu’un seul Major mais peut se consoler en regardant sa médaille de meilleur joueur du tournoi et ça, pas grand monde peut se targuer d’en avoir une sur son bureau.
Comme pour tous les voyages de noces, le retour à la réalité fait mal au moral. D’autant plus quand les problèmes du quotidien nous rattrapent. Cette victoire au Major cache en fait une équipe en difficulté ayant presque tout arrêté quelques jours avant son départ à Cluj-Napoca. La cause n’est autre qu’une ambiance moribonde et une cohésion fissurée.
Pour tenter de redresser la barre et d’assurer son rang de championne du monde, l’équipe EnVyUs fera appel à un joueur montant et ambitieux du nom de Timothée “DEVIL” Démolon pour remplacer celui qui est alors désigné comme “The Problem”, Fabien “kioShiMa” Fiey. Un transfert qui va marquer le début de la descente aux enfers pour EnVyUs. Durant plus de six mois, les fans de l’écurie n’auront qu’un modeste tournoi de second rang à se mettre sous la dent. Pire encore, les tenants du titre du dernier Major se verront éliminés dès les poules des deux Majors de 2016. L’arrivée de Christopher “SIXER” Xia ne changera rien à cette tendance négative, hormis quand même une victoire aux WESG 2016, en Chine. L’écurie va y rentabiliser son année en un seul tournoi puisqu’elle remportera les 800 000 $ de prize money, un record historique dans l’histoire de Counter-Strike, notamment après un match incroyable face aux Space Soldiers. Une consolation financière qui ne suffira pas à surmonter les trop nombreux problèmes.

L’alliance ultime ?

esport : kennyS est bien plus qu’un simple joueur de Counter-Strike: Global Offensive. Il est une inspiration
kennyS est bien plus qu’un simple joueur. Il est une inspiration.
Alors que l’ELEAGUE Major d’Atlanta bat son plein en ce début d’année 2017, les rumeurs sur la création d’une “équipe de rêve” francophone vont bon train. Et en effet, cela fait plusieurs mois qu’un projet se construit en sous-marin. Nom de code “Superteam FR”. À l’instar du mercato d’août 2014, plusieurs joueurs des deux meilleures équipes hexagonales G2 Esports et EnVyUs, se contactent en privé et évoquent la possibilité de se réunir sous le même fanion.
L’argument mis en évidence est la collaboration inédite entre kennyS et shox, les deux plus grands joueurs de France, toujours rivaux jusqu’alors. Autour de ce nouveau binôme de choc, attendu comme le remède aux maux de tout un pays, se greffent NBK, apEX et le jeune bodyy. La composition de cette nouvelle formation n’est qu’un secret de Polichinelle lorsqu’elle est officialisée, début 2017, sous les couleurs de l’organisation G2 Esports ayant remporté les enchères contre sa concurrente EnVyUs.
La personnalité attachante de kennyS lui a permis de lier des relations fortes dans chacune des équipes qu’il a pu traverser. Chez EnVyUs, c’est en SIXER qu’il a trouvé un véritable ami. Si bien qu’au moment de leur séparation, et cela peut paraître dérisoire écrit comme cela, il lui lèguera le skin légendaire de son AWP baptisée “Magic Stick” avec lequel il a alimenté tant d’incroyables fragmovies. Alors que 2020 pointe le bout de son nez, SIXER le garde toujours précieusement.
2017 doit donc voir la France retrouver ses lettres de noblesse au plus haut niveau. Bien que la performance au PGL Major ait été très décevante avec une nouvelle élimination dès les poules, il faut admettre que la dreamteam francophone est remontée dans le haut du panier, en particulier à l’aube de la période estivale.
La dreamteam francophone composée des joueurs français de CS:GO apEX, shox, kennyS, bodyy et NBK.
apEX, shox, kennyS, bodyy et NBK : la superteam francophone
La bonne série de résultats commence à domicile, plus précisément à Tours où se tient une étape de la DreamHack Open. Kenny et ses coéquipiers vont ainsi y remporter leur premier tournoi international en terres françaises. Leur réaction de joie après la victoire contre HellRaisers en grande finale illustrera à quel point un tel succès était attendu depuis des lustres. Cinq ans auparavant, le timide kennyS déclinait les interviews. Désormais, il se jette dans le public telle une rockstar.
D’un point de vue sportif, les triomphes à l’ESL Pro League Season 5 et à la DreamHack Masters Malmö resteront comme les deux faits d’armes principaux réalisés par cette équipe. Ils constituent également les deux lignes les plus importantes du palmarès de kennyS en dehors, bien sûr, du Major. Néanmoins, ils ne contre-balancent finalement qu’assez peu la longue chute que va connaître cette formation durant près d’un an et demi.

Du sommet au pied du mur.

Septembre 2017, G2 Esports est classée numéro deux mondiale derrière les Brésiliens de SK Gaming. Quatre mois plus tard, l’équipe a glissé au septième rang. Seul un podium à l’EPICENTER est venu donner un peu de gaieté à un parcours plutôt tristounet. La dreamteam ne mettra plus jamais un pied en demi-finales de tournois et le duo kennyS - shox n’y survivra pas, enterrant un peu plus les espoirs de tout un peuple. La France vivra, en 2018, la pire année de son histoire sur CS:GO.
En 2018, la dreamteam G2 Esports ne mettra plus jamais un pied en demi-finales de tournois et le duo kennyS - shox n’y survivra pas. La France vivra la pire année de son histoire sur CS:GO.
Pour apprécier les victoires, il faut savoir perdre
L’écurie G2 réalisera divers changements en espérant trouver la bonne combinaison. Une guerre fratricide entre NBK et shox divisera la communauté : les deux ont proposé une équipe à Carlos “ocelote” Rodriguez, directeur de G2. Ce dernier préfèrera d’abord le projet de NBK, avant de changer d’avis et accorder une nouvelle fois sa confiance à shox. Le point commun entre les deux ? kennyS.
Ces nombreux changements ne donneront jamais les résultats escomptés. Le bilan comptable est tout simplement désastreux : 2018 restera une année vide de titres pour kennyS. Une première depuis ses débuts qui s'accompagnera d’une longue période de doutes où la déprime ne sera jamais bien loin.
Si le sniper s’est imposé comme le pilier inamovible de G2 Esports, les yeux des fans se tournent de plus en plus vers la nouvelle sensation tricolore : Mathieu “ZywOo” Herbaut. Depuis son ascension éclair en 2012, kennyS n’a jamais réellement connu de concurrence à son poste. Ses six VaKarM Awards de meilleur sniper francophone consécutifs témoignent d’un talent au fusil vert inégalé depuis tant d’années. L’arrivée de ZywOo chez Vitality a changé la donne. Pour la première fois de sa carrière, kennyS évolue dans l’ombre d’un jeune prodige. Une rivalité qui s’annonce explosive pour les mois et années à venir.
Les résultats catastrophiques ont poussé le management de G2 Esports, équipe de KennyS, à prendre les rênes concernant les décisions sportives, auparavant largement laissées aux joueurs eux-mêmes.
Une longue transition
Les résultats catastrophiques ont poussé le management de G2 Esports à prendre les rênes concernant les décisions sportives, auparavant largement laissées aux joueurs eux-mêmes. Pour 2019, la tendance est au renouvellement. Trois joueurs issus du subtop français obtiendront leur chance : Lucas “Lucky” Chastang, François “AmaNEk” Delauney et Audric “JaCkz” Jug. Un long processus d’adaptation semble attendre les cinq nouveaux compères. À plusieurs reprises, ils auront la possibilité de remporter un titre mais seront barrés par des outsiders dans les derniers tours décisifs. Ainsi, G2 quittera les WESG 2018 et la DreamHack Tours 2019 dès les demi-finales, battu respectivement par Windigo et Valiance, deux adversaires a priori plus faibles sur le papier.
Alors que l’horizon semblait enfin se découvrir avec une belle deuxième place en finales de l’ESL Pro League Saison 9, une jolie victoire à la Good Game League 2019 et une qualification à l’ESL One New York dans la poche, un nouveau mauvais résultat lors du dernier Major en date, à Berlin, a lourdement renvoyé l’équipe dans ses cordes. Après avoir misé sur la jeunesse en début d’année, le staff encadrant souhaite désormais s’internationaliser. Selon coachs et dirigeants, le réservoir de joueurs francophones en devenir est asséché. Dorénavant, la langue de Molière laissera place à celle de Shakespeare.

Nice to meet you.

Comme à son habitude, Carlos “ocelote” Rodriguez, propriétaire de G2 Esports au caractère très impulsif, ne va pas faire dans la dentelle. L’Espagnol et son équipe se sépareront de Lucky mais surtout du capitaine du navire, shox. Une décision impopulaire et assumée. Après plusieurs jours de tractation, ils signeront deux Serbes, Nemanja “huNter” Kovac et Nemanja “nexa” Isakovic, sans conteste parmi les révélations de l’année. Ces deux joueurs évoluaient jusqu’à alors chez Valiance, une formation qui a su progresser tout au long de l’année jusqu’à atteindre le New Legends Stage du dernier Major.
C’est ainsi que débute un nouveau chapitre dans la carrière de Kenny “kennyS” Schrub, plus que jamais conforté à son poste. Il fêtera bientôt ses trois ans au sein de l’écurie G2 Esports. Une fidélité rare qui illustre également la confiance qui lui est accordée. Aujourd'hui âgé de 24 ans, il fait partie des rares joueurs ayant connu toutes les évolutions de CS:GO au plus haut niveau. Une expérience qu’il se doit désormais de mettre à profit pour relever l’un de ses plus gros challenges : remporter un second Major. Si 2018 a été désastreux, 2019 a servi de transition pour préparer une année 2020 où les attentes pèseront lourd sur les épaules de la légende du fusil vert. C’est désormais à son tour de donner l’exemple.
De joueur immature écarté ici et là à pilier central de G2 Esports, KennyS est une légende de Counter-Strike: Global Offensive.
Rendez-vous en 2020
De parfait inconnu à star incontournable en quelques mois, de la frustration ultime d’être disqualifié d’un Major au pic de sa forme au précieux sentiment de plénitude après un sacre mondial, de joueur immature écarté ici et là à pilier central de G2 Esports, KennyS est une légende. Difficile de trouver un autre personnage ayant vécu un parcours aussi sinueux, avec des hauts si élevés et des bas si profonds. Une histoire qui a façonné un homme n’ayant jamais eu peur de montrer ses émotions, toujours proportionnelles aux incroyables moments qu’il a traversés. Nous avons tous grandi avec Counter-Strike, certains, néanmoins, plus que d’autres.
Et si, mesdames et messieurs, l’histoire de kennyS ne faisait que commencer ?