Interview avec le beatmaker Kezah raconte les coulisses de sa série Kezah Challenge enregistrée au Red Bull Studios Paris.
© Apolline Cornuet
Musique

En Studio avec Kezah

Le beatmaker nous raconte les coulisses de sa série Kezah Challenge enregistrée au Red Bull Studios Paris
Écrit par Shkyd
Temps de lecture estimé : 7 minutesPublished on
Originaire du 91, Kezah est un beatmaker dont la versatilité parle d’elle-même : il suffit de jeter un oeil sur sa page Genius pour le constater. Quand il produit pour des rappeurs, c’est avec goût : un single sur l’album « JVLIVS » de SCH (« Pharmacie »), l’un des plus gros succès de 13 Block (« Petit Coeur »). Quand il produit pour des YouTubeurs, c’est avec éclat : il s’était lancé dans un challenge de réaliser le meilleur tube de l’été avec Joyca, Squeezie et Freddy Gladieux en 2019, un pari nommé « Mirador », qui s’est transformé en 43 millions de vues et une foule en liesse aux Solidays. Pas étonnant donc qu’il soit derrière les mariages de ces deux mondes : à la production du « Pirelli » qui réunit JuL & Mister V, et sur le single « Guépard », qui associe Nemir à Squeezie. Rencontre avec un challenger qui aime être challengé.
Parmi les choses qui t’ont inspiré à te lancer dans le beatmaking, il y le format vidéo où Stromae décryptait la composition de ses beats en 2014, c'est bien ça ?
Oui, je trouvais ça chanmé de pouvoir faire une musique que tu peux ré-écouter après. Pouvoir me dire après avoir fait les sons « ça c’est moi ! ». Et puis apprendre ce que c’est, la musique derrière les voix.
Quand on se lance dans la musique, on peut spontanément se dire qu’on a envie de chanter, d’être la star. Pourquoi tu t’es plutôt dit que tu allais essayer l’autre côté, un peu moins mis en avant, et être beatmaker ?
Je pense que ça dépend beaucoup des gens. Encore aujourd’hui, avec ce qu’il s’est passé l’été dernier avec les hits, si j’avais voulu j’aurais pu prendre le train du mec qui se met en avant de fou, et développer à fond mon côté YouTube… J’avais vraiment le meilleur panneau publicitaire pour devenir connu. J’ai préféré un entre-deux, me faire un peu plus rare. J’ai travaillé sur un album toute l’année donc ça m’a pris beaucoup de jus. En vrai, je préfère être en scred, c’est plus naturel pour moi.
Est-ce que tu as suivi une formation musicale en particulier ?
J’ai suivi une formation, mais elle ne m’a servi à rien. J’ai fait la SAE. J’avais déjà sorti « Poupées Russes », mais je voulais me renforcer, apprendre des arrangements. Mais en vrai, le formateur, j’avais un niveau 10 fois meilleur que lui !
Raconte-nous comment s'est mis en place le Kezah Challenge ?
On a tourné le premier épisode avec Caballero, puis Dinos ensuite mais qui est sorti en premier. Je sais pas si c’est l’épisode que je kiffe le plus, mais en tout cas j’ai l’impression que c’est celui sur lequel on a les meilleurs retours sur le son. On m'a proposé les artistes, parce que je préférais que le choix ne vienne pas de moi. Mais par contre, j'ai choisi ce qu’on allait faire avec eux, sur quels styles j'allais les emmener.
Vous vous êtes mis d’accord Infinit et toi pour partir sur une couleur G-Funk ?
Et Hologram LO ! J’étais très content de bosser avec eux, ça m’a permis de faire une belle collab'. Il m’a proposé le son, et il était un peu sec, il manquait deux, trois éléments pour le rendre vraiment G-Funk, vraiment West Coast. Du coup, j’ai rajouté le synthé, le Rhodes, le triangle… C’était une belle expérience ! Le son il tue, il l’a sorti sur son projet.
C’est le seul à l’avoir fait ?
Oui, pour l’instant. Dinos aurait pu aussi sortir le sien, je lui avais conseillé de le mettre sur sa ré-édition !
Parmi tous les styles de musique auxquels tu as pu t’essayer en tant que beatmaker, est-ce qu’il y en a un que tu as trouvé plus fun que les autres ?
En vérité, c’est le rap. Par exemple, quand j’ai bossé avec Diddi Trix, y’avait une vraie liberté à base de « vas-y, je fais n’importe quoi, si on a une vibe et qu’on trouve un truc cool, on va au bout ». Et le gars au final a posé sur une instru... En France, 90% des rappeurs n’y vont pas. Donc je me suis bien éclaté avec Diddi. Avec Zola aussi. Donc le rap, parce qu’il y a tellement de couleurs différentes.
Être en studio directement avec l’artiste ça permet de mieux faire capter les intentions derrière les prods ? Tu sens une différence par rapport aux échanges qui se font exclusivement par email ?
C’est systématique. T’as des artistes en studio qui savent où ils veulent aller. Je trouve, de toutes les expériences que j’ai eues, qu’à chaque fois ils sont ouverts aux propositions quand on est en studio. Il y a plus de « pourquoi pas » et d’essais. Quand t’envoies tes instrus par email, si un artiste te demander de changer des choses par exemple, ça prend un temps différent.
Le plus jeune des artistes qui a été convié dans le challenge est Tsew the Kid pour un morceau trap. Comment s’est passé cette connexion ?
Le morceau avec Tsew il n'est pas exactement trap, ça tape juste un peu plus que d’habitude. Il y a de l’autotune, c’est plus l’esprit électronique.... Tsew, c’est un mec que je connais depuis très longtemps puisqu’il était au collège avec moi ! Donc c’était vraiment un délire entre potes. Il travaille bien, il est très fort et très doué. Ça a été très vite.
Pour le morceau avec Hornet la Frappe, vous êtes réellement partis à contrepied de son style de base en partant sur une ambiance plus boom-bap.
Les codes du boom-bap, c’est instru à l’ancienne, boîte à rythmes et sample. Et la session s’est hyper bien passée. Hornet est un bon gars, grave dans le délire très chill, j’étais très surpris de ce qu’il a réussi à faire. C’était un bel épisode, son label Rec 118 était très content, le public a été aussi surpris je pense.
C’est quoi la suite pour toi ?
J’ai fait un peu tous les domaines dans le rap français, maintenant j’ai plutôt envie de réaliser des projets. Toute l’année, j’étais sur la réalisation d’un album là, c’est chanmé. On a fait mixer ça par des ingés fat, un master fat… J’ai compris que c’était ça que je kiffais, avoir une vision, la partager, et faire briller les autres.
Tu penses que c’est possible aujourd’hui d’être juste beatmaker ou il faut forcément être un peu plus que ça ?
T’es obligé. L’avantage d’être beatmaker, c’est que t’as plusieurs rôles. Sur ce projet d’album, j’ai fait de la réal, de la DA, chef de projet, c’est moi qui envoyait les mix, les masters. J’ai été aux réunions avec les maisons de disque, fait un peu de stratégie… Là c’est quand tu es beaucoup impliqué dans le projet. Mais quand tu es en studio avec l’artiste, tu dépasses la fonction de beatmaker, parce que tu fais toujours un peu de réal avec le mec. Forcément à un moment tu vas dire « ce passage là je le verrai plus de le pré-refrain, parce que »... Je pense que c’est bien d’avoir plusieurs casquettes !