BMX

Don’t Look Down : comment Kriss Kyle a ridé un bowl dans le ciel en BMX

Quand la légende Kriss Kyle revient sur la genèse de Don't Look Down, un exploit total conjuguant maîtrise technique et prouesse d'ingénierie à plus de 600 mètres d'altitude.
Écrit par Kriss Kyle et Charlie Allenby
Temps de lecture estimé : 10 minutesPublished on
Kriss Kyle sur le Burj Al Arab de Dubaï en novembre 2018

Sauter d'un hélicoptère en BMX ? C'est fait !

© Fred Murray

L'idée ? Suspendre le fameux bowl à une énorme montgolfière et y rouler à plus de 600 mètres d'altitude. Mais comme toujours, ce qui est simple sur le papier l'est beaucoup moins dans la réalité. Le documentaire disponible en haut de l'article est d'ailleurs là pour le prouver. Et si vous voulez en savoir encore plus, lisez la suite et le récit de l'exploit signé Kriss Kyle en personne.

36 minutes

Don't Look Down

Peut on rider en BMX dans le ciel ? Kriss Kyle te donne ici une petite idée de la réponse.

Français +11

01

Un rêve impossible

C'était une belle journée. Le ciel était bleu et le soleil au zénith. J'étais en train de monter l'horrible colline derrière chez moi quand une pensée m'est venue. "Qu'est-ce que ça ferait de rider un skatepark dans les airs ?"
Au début, j'ai imaginé l'accrocher à un hélicoptère Chinook. Mais je me suis souvenu qu'en sautant d'un hélico beaucoup plus petit à Dubaï, j'avais eu l'impression de bondir hors d'une tornade.
Les premiers croquis de Kriss pour Don't Look Down

Les premiers croquis de Kriss pour Don't Look Down

© Kriss Kyle

Ensuite, je me suis dit "qu'est-ce qui vole et qui ne produit pas de vent ?". Une montgolfière, évidemment. J'ai donc noté ça dans mon téléphone, et j'ai dessiné une première ébauche du projet avec un bowl suspendu à un ballon en rentrant chez moi.
Quotation
Qu'est-ce que ça ferait de rider un skatepark dans les airs ?
02

Oracle Red Bull Racing entre en scène

Ma team de construction a toute ma confiance. Je voulais au départ que le bowl contienne autant d'éléments de BMX park que possible, mais j'aime aussi rider des spots étroits et bizarres. Ils m'ont donc bâti un prototype en bois qui répondait à toutes les attentes, mais qui pesait six tonnes. Or, nous avions besoin de quelque chose d'assez léger pour être transporté par la montgolfière. Il allait donc falloir faire un peu d'ingénierie aéronautique.
C'est là qu'Oracle Red Bull Racing et sa branche commerciale Red Bull Advanced Technologies débarque dans le projet. Une fois n'est pas coutume, ils n'ont pas été chargés de fabriquer des pièces pour la F1 de Max Verstappen, mais cette structure avec le même forme mais un poids considérablement réduit.
Le bowl, version miniature

Le bowl, version miniature

© Eisa Bakos

C'était fabuleux de voir les mondes de la F1 et du BMX se rencontrer. Travailler à leurs côtés était une occasion unique, et aller à l'usine de Milton Keynes, pour voir comment ces exploits techniques sont réalisés, était assez surréaliste. Mais je me demandais comment je pourrais rouler sur de la fibre de carbone.

Quelques infos sur le bowl

Le bol a été construit à partir de 22 sections

Chaque partie ne devait pas peser plus de 150 kg afin de pouvoir être soulevée à la main.

Chaque section ne devait pas dépasser 3 mètres de large pour pouvoir franchir les barrières et permettre le montage et le démontage du bowl.

L'épaisseur du carbone a été adaptée aux différentes sections, afin de garantir un rapport résistance/poids optimal.

Le bowl et sa structure devaient peser moins de 2,9 tonnes.

Le carbone est fondamentalement le même que celui qui est utilisé pour la carrosserie de la F1 de Max Verstappen

La surface devait afficher une certaine rugosité pour le grip sans être trop abrasive pour ne pas blesser Kriss en cas de chute.

03

Comme rouler sur un trampoline

À 2,6 tonnes, le bowl était désormais suffisamment léger pour être transporté par le ballon, mais rouler dessus était effectivement bizarre. Il fléchissait tellement que la première fois que je suis monté dessus à pied, j'ai eu l'impression d'être sur un trampoline. Et ce n'est pas vraiment ce dont a envie un pilote de BMX.
Cela dit, la surface en fibre de carbone permettait d'aller plus vite que le béton ou le bois et donc d'aller plus haut que d'habitude. Mais j'ai eu du mal à m'habituer à cette sensation de rebond et au bruit que faisait le bowl. On l'a donc réglé autant que possible au sol, et l'heure est ensuite venue de passer à l'étape suivante. Mais un nouvel obstacle nous attendait.
Le bol en fibre de carbone a été recouvert de vinyle pour un meilleur grip.

Le bol en fibre de carbone a été recouvert de vinyle pour un meilleur grip.

© Eisa Bakos

Un bowl particulièrement bruyant

Un bowl particulièrement bruyant

© Eisa Bakos

04

Un vrai poids sur les épaules

L'équipe m'a dit que j'allais avoir besoin d'un parachute d'urgence, parce qu'une chute de 610 mètres, c'est compliqué sans. Et j'étais d'ailleurs tout à fait d'accord pour le porter... jusqu'à ce qu'il arrive. Il était si lourd (plus de 20% de mon propre poids) que j'avais l'impression de porter deux caisses de Red Bull.
Autant dire que rouler avec n'était pas facile. Il fallait faire de gros efforts. Il faut dire que le poids n'était pas bien réparti. Il reposait uniquement sur mon dos. Lorsque je faisais des flairs, des flips et des rotations, je devais pédaler hyper-dur juste pour me déplacer.
Kyle s'habitue à rouler avec un parachute

Kyle s'habitue à rouler avec un parachute

© Eisa Bakos

Je me suis entraîné à rouler avec au skatepark Unit 23 et dans le bowl, mais ça n'a pas rendu la tâche plus facile. J'ai même demandé à mon manager si je devais vraiment rider avec, parce que j'avais peur que ça gâche mes atterrissages. Mais j'ai dû l'accepter, parce qu'il était temps de lancer le projet.

Le Red Bull Original

Red Bull Energy Drink

Red Bull Energy Drink
05

Un gros contretemps

La première fois que nous avons que nous avons suspendu le bowl, il bougeait dans tous les sens et tournait en rond. Il fallait apprendre à composer avec ces mouvements.
À la fin de ce premier jour, j'étais épuisé mentalement et ces fameux mouvements me rendaient malade. Je me suis demandé si ça allait être faisable à 600 mètres d'altitude. Mais après avoir passé un peu plus de temps dedans, j'ai commencé à m'y habituer.
Kyle s'est un temps demandé si le projet était vraiment réalisable

Kyle s'est un temps demandé si le projet était vraiment réalisable

© Eisa Bakos

Bref, on voyait la lumière au bout du tunnel et il était temps de suspendre le bowl à la montgolfière.
06

Décollage (ou presque)

Nous avons donc commencé par accrocher le bowl sous le ballon dans un hangar et injecter de l'azote dans les réservoirs parce qu'il ne montait pas assez vite avec de l'air normal. On ne pouvait le faire décoller que d'un mètre cinquante, mais c'était déjà super.
Le bowl bougeait toujours, mais autant que sous la grue. Ça m'a rassuré et j'ai demandé si on pouvait décoller directement.
Séance de tests avec le ballon

Séance de tests avec le ballon

© Eisa Bakos

Tout ce que nous avions à faire désormais, c'était attendre la bonne fenêtre météo. Et bien sûr, elle ne s'est pas ouverte avant un certain temps.

Quelques infos sur la montgolfière

33,5 m - diamètre maximal

16 990 m3 - volume

4 626 kg - masse maximale du système (ballon, nacelle, brûleur, cuvette, carburant et passagers) dans des conditions météo typiques du Royaume-Uni.

La plus grande montgolfière jamais vue en Grande-Bretagne

Il a fallu deux heures pour sortir le ballon de la remorque et le faire décoller avec le bowl

Le ballon embarquait une quantité suffisante de carburant pour un vol de deux heures

L'enveloppe du ballon est fabriquée en nylon.

Les exigences météo étaient strictes : pas de pluie, et la vitesse maximale du vent devait être de 3 nœuds pour le décollage et de 5 nœuds pour l'atterrissage.

07

Un rêve concrétisé

Après 11 mois d'attente et de multiples tentatives annulées, le jour J est enfin arrivé.
Au boulot

Au boulot

© Sam Dugon

À 610 mètres d'altitude, tout est calme. Je me souviens avoir regardé autour de moi et m'être dit "C'est grâce à ce petit vélo que je suis arrivé jusqu'ici." Mais une fois de plus, le pilotage a été atroce. Il faisait - 12 degrés, la cuvette bougeait comme jamais auparavant et le parachute me vidait de mon énergie.
Mais maintenant que j'étais là-haut, j'avais un job à faire. Et je ne voulais qu'il s'agisse d'une simple petite session. J'avais une liste de tricks à rentrer, notamment un fakie front flip and kick off to ice pick sur le rail. Sauf que ce qui est déjà difficile au sol devient quasiment impossible en altitude.
Le soleil était assez mal placé à un moment donné, surtout quand j'ai fait le front flip. La paroi de vert était à l'ombre et je ne le voyais pas bien. C'est un peu comme si je devais faire un 180 dans le noir.
Le pilote de mon drone m'a dit "je ne sais pas comment tu fais pour rider ça, parce que ça d'1m50 de haut en bas". On ne le voit pas sur la vidéo, mais ça bouge en effet énormément. C'est fou, mais mon rêve de rider à 600 mètres était devenu réalité.
L'attente de 11 mois a fait de ce projet le plus difficile de ma vie. J'ai raté beaucoup de trips, ma vie tournait entièrement autour de lui.
Quotation
C'est fou, mais mon rêve de rider à 600 mètres était devenu réalité.
Et maintenant, on vous en dit plus sur l'intervention de Red Bull Racing ci-dessous.
08

L'histoire derrière la construction du bowl

Kriss a contacté RBAT pour la première fois en février 2021. Armé d'une maquette du bowl qu'il avait créée en collaboration avec George Eccleston, constructeur de rampes de longue date. Son besoin ? Trouver le moyen de fabriquer un structure praticable mais suffisamment légère pour être soulevée par un ballon.
Kriss Kyle chez Red Bull Advanced Technologies

Kriss Kyle chez Red Bull Advanced Technologies

© Eisa Bakos

"La réduction du poids a été un défi compliqué à relever" explique Rob Gray, Directeur Technique de Red Bull Advanced Technologies. La structure en bois et en acier pesait huit tonnes et devait en faire moins de 2,9 au final.
Kriss, Rob et Andy en plein travail

Kriss, Rob et Andy en plein travail

© Eisa Bakos

Mais ce n'est pas tout : le sol du bowl devait être assez solide pour que Kriss ne passe pas au travers, mais également comporter des garde-corps pour la sécurité et, accessoirement, pouvoir atterrir sans se briser en mille morceaux.
Une technologie mise au point en F1 a été employée pour créer le bowl

Une technologie mise au point en F1 a été employée pour créer le bowl

© Eisa Bakos

Afin de répondre aux besoins uniques du projet, l'équipe RBAT a utilisé de la fibre de carbone pour concevoir une structure faite de multiples sections pensées pour assurer la solidité de l'ensemble tout en maintenant le poids au minimum.
Le résultat : un bowl de 1,5 tonne pour une structure globale 300 kg en dessous de la limite.

Assembler les pièces du puzzle

Comme si les exigences initiales n'étaient pas assez restrictives, le projet a posé un autre défi à RBAT : chaque partie du bowl devait être suffisamment étroite pour pouvoir passer par le portail d'une ferme (oui). Tout simplement parce qu'on ne sait pas toujours où va atterrir un ballon.
Le bowl devait pouvoir être monté et démonté facilement

Le bowl devait pouvoir être monté et démonté facilement

© Eisa Bakos

"Sa largeur ne devait donc pas dépasser trois mètres", explique Andy Damerum, membre du bureau de développement commercial de RBAT.
Concrètement, le bowl devait donc être divisé en plusieurs parties, liées entre elle par du matériel supplémentaire qui ajoutait au poids total (sachant que chaque pièce devait faire un poids maximal de 150 kg). Un équilibre délicat, donc. "Et il fallait pouvoir également transporter ces fameuses pièces (soit un puzzle de 22 sections de fibre de carbone) et les assembler dans un champ" ajoute Andy.
Un puzzle de 22 pièces

Un puzzle de 22 pièces

© Eisa Bakos

Un travail de fourmi

Un travail de fourmi

© Eisa Bakos

World Championship-winning carbon fibre

"Fondamentalement, la fibre de carbone est la même [que celle qui est utilisée sur les F1]", explique M. Gray. "La F1 utilise différents types de carbone. Par exemple, les suspensions ont des brins de fibre de carbone sur toute leur longueur et très peu sur le pourtour, ce qui permet d'avoir une jonction très solide en tension et en compression. La carrosserie, elle, est une sorte de tissu de fibres de carbone - elle est conçue avec des pièces qui se chevauchent, ce qui lui confère une belle résistance. La grande majorité du bowl est en fibre de carbone mate, assez générique."
La surface du bowl, elle, affiche un revêtement en vinyle. "Il fallait assez de grip pour que le vélo adhère, mais pas trop pour que Kriss ne s'écorche pas en cas de chute" ajoute Gray.

Fait partie de cet article

Kriss Kyle

Véritable prodige du BMX, l'Écossais Kriss Kyle est tout simplement l'un des riders les plus excitants du globe.

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