Le triathlète Kristian Blummenfelt roule en vélo chez lui, à Bergen.
© Daniel Vázquez
Triathlon

Triathlon : Kristian Blummenfelt passe de l’or au fer

Médaillé d’or à Tokyo, le triathlète norvégien a ensuite tenté d’écrire l'histoire de l'Ironman. Découvrez comment il a tout simplement explosé l’ancien record du monde.
Écrit par Ian Chadband
Temps de lecture estimé : 6 minutesPublished on
Ne dites pas à Kristian Blummenfelt que quelque chose est impossible. « J'ai toujours pensé que je pouvais tout faire », déclare-t-il en haussant les épaules.
Et il semblerait qu'il n'ait pas tort, puisque le Norvégien, après son titre de champion olympique, a réussi à devenir champion du monde de triathlon. Un exploit qui n'a jamais été réalisé la même année.
Le tour de force suivant d'une carrière de plus en plus brillante qui l'a vu nager, pédaler et courir depuis les montagnes et les fjords de Norvège jusqu'à la plus haute marche du podium du triathlon à Tokyo, semblait cependant encore plus improbable.
Il a tenté de troquer l'or olympique contre le fer.
Blummenfelt cherche à devenir le roi de l’Ironman, en entrant dans l'histoire comme le meilleur de tous les temps sur l'épreuve d'endurance la plus rude au monde (tous sports confondus).
Personne n’était jamais passé sous la barre des sept heures et demi pour réaliser le triple Ironman : 3,9 km de natation, 180,2 km de vélo et 42,2 km de course à pied.
Pourtant, début 2022, M. Blummenfelt a participé à un projet spécial qui, selon lui, devait permettre de parcourir la distance en moins de sept heures trente. Tout le monde s'accordait à dire que c’était impossible, mais cela n’a pas découragé l’athlète de 27 ans à l’époque (il en a aujourd’hui 29) qui disait : « j’ose rêver ».
Le résultat ? Un triple Ironman plié en exactement 7 heures, 21 minutes et 12 secondes. Depuis, il est carrément passé sous la barre des 7 heures, terminant en 6 heures, 44 minutes et 26 secondes.
Le champion du monde de triathlon Kristian Blummenfelt court lors d'une séance de jogging.

Blummenfelt en route pour Hawaii

© Daniel Vázquez

Un triplé historique

« Un seul homme a remporté l'or et l'Ironman d'Hawaï (l'Allemand Jan Frodeno aux Jeux de Pékin en 2008 et aux championnats du monde Ironman en 2015), mais la plupart des gens disent qu'on ne peut pas gagner les deux la même année », s'étonne Blummenfelt.
« Ils disent aussi qu'on ne peut pas gagner Hawaï dès la première tentative - je n'ai fait que le demi-Ironman en compétition (70,3 miles) - et qu'il faut avoir déjà couru un Ironman au moins une fois. »
Qu'est-ce qui lui permet de croire qu'il peut faire mentir ses détracteurs ? C'est peut-être le même sentiment de certitude qui lui a permis de savoir, alors même qu'il se tenait sur le ponton pour plonger dans l’eau, qu'il serait couronné champion sur la plus grande scène sportive qui soit.
Blummenfelt avait permis à tout le monde de voir, au Japon, qu’il est parfois capable de choses qui semblent tout simplement au-dessus de ses forces.
Dans des conditions étouffantes, il s'était donné tant de mal sur le dernier kilomètre de la course de 10 km qu'il s'était retrouvé dans un état second, vomissant sur le bord de la route avant d’être évacué en fauteuil roulant.
Le triathlète Kristian Blummenfelt sort de l'eau après un d'entrainement, chez lui à Bergen.

Blummenfelt possède une confiance en lui à toute épreuve

© Emil Kjos Sollie

Nous osons dire que nous voulons tout gagner
Kristian Blummenfelt

La haine de la défaite

D'où lui vient cette extraordinaire motivation ? « Je pense que c'est en grande partie dû au fait que je déteste vraiment perdre », explique-t-il.
« Je sais que si j'arrive à la ligne d'arrivée sans avoir donné tout ce que j'avais et que je finis deuxième ou troisième, ce sera quelque chose qui restera dans mon esprit non seulement pendant des jours ou des semaines, mais peut-être même pendant trois ans, jusqu'à Paris. »
« La défaite sera encore plus douloureuse que la course en elle-même. »
L'évidente confiance en soi de Blummenfelt est frappante, et elle est partagée par ses deux coéquipiers, Gustav Iden et Casper Stornes. Comme lui, ils ont affiné leur talent à Bergen, connue comme la porte d'entrée vers les fjords, mais aussi comme un foyer de triathlètes de classe mondiale.
Blummenfelt a commencé le sport en tant que gardien de but, ce qui, selon lui, était du gâchis étant donné ses capacités de nageur. C'est à ce moment-là qu'il a répondu à l'appel d'un entraîneur à la recherche des prochains talents du triathlon norvégien.
« Beaucoup de gens pensent que l'équipe norvégienne est arrogante parce qu'elle dit qu'elle veut gagner toutes les courses. Je pense que c'est un peu la mentalité de notre groupe : nous osons rêver et nous osons dire que nous voulons tout gagner », déclare Blummenfelt.
« Nous nous préparons pour cela, mais si nous ne gagnons pas, ce n'est pas un échec. C'était juste une bonne course… »
« Vous ne gagnerez pas toutes les courses, alors il est important d'essayer d'apprécier le processus, même si ça ne se passe pas toujours très bien. » Ce qui le distingue, pense-t-il, c'est peut-être son plaisir absolu à s'entraîner et son amour du défi.
Kristian Blummenfelt à vélo.

C'est le moment de s'hydrater

© Daniel Vázquez

Et justement, il avait rendez-vous le 21 août suivant à Edmonton, au Canada, pour tenter de remporter le championnat du monde de triathlon avant de se rendre à Hawaï pour ses débuts en Ironman. En termes de défi, c’est plutôt pas mal. Il n'excluait d’ailleurs pas à l’époque de réaliser un incroyable triplé : une médaille d'or et deux titres mondiaux. Et évidemment, il a remporté ce troisième titre tant convoité.

L’entraînement, encore et toujours

Même si rentrer chez lui, à Bergen, médailles autour du cou, lui procure un sentiment incroyable, il n'a passé que 40 jours à la maison au cours des 13 derniers mois, courant après son rêve de remporter l'or dans le monde entier, et il est déjà de retour à l’entraînement, accompagné par des scientifiques qui cherchent à savoir comment il peut encore s'améliorer.
« Aujourd'hui, j'étais dans le laboratoire d'essai pour faire ce test de vélo où je suis sur le turbo pour mesurer mon seuil d’anaérobie, d’aérobie et mon VO2 max. Et il y avait cinq ou six professeurs présents pour voir ce qu'ils pouvaient mesurer, comprendre ce qu'ils pouvaient faire pour que le corps humain aille plus vite. »
Kristian Blummenfelt nage en lors d'un entraînement, à Bergen, en Norvège.

Blummenfelt court après tous les records

© Daniel Vázquez

Tout comme Alistair Brownlee, champion à Londres en 2012 et à Rio quatre ans plus tard, Blummenfelt bénéficie de l'aide spéciale de dix scientifiques qu'il a choisi pour utiliser tous les avantages technologiques possibles et aller toujours plus loin, toujours plus vite.
« Je pense que les longues distances me conviennent mieux que les courtes. Je rêve de gagner toutes les courses », déclare Blummenfelt.
N'en déplaise à cet athlète des plus motivés. « Je suis souvent un gars qui croit que je peux faire plus que ce que je peux faire en réalité », dit-il en riant.
Et ce qu'il y a de bien avec Kristian, c’est qu’il va même jusqu'à dépasser ses rêves. Le rendez-vous est donc pris avec l’athlète dans la capitale française.