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Sacré parcours pour Laure Valée, connue sous le pseudonyme de "Bulii". Cette rédactrice devenue présentatrice grimpe les échelons de l’eSportentertainment tout naturellement, de son bureau, seule avec son clavier, au plateau de Canal +, en passant par plusieurs grandes scènes devant un public endiablé. Aujourd’hui, elle dirige 4 rédacteurs pour Riot et anime les compétitions League of Legends à côté d’une aventure télévisuelle. Nous sommes allés à sa rencontre pour vous présenter un personnage étonnant, humble, passionné, à la tête bien pleine.
Les amoureux de League of Legends ne peuvent plus la rater aujourd’hui, mais rien ne destinait Bulii à être sous les projecteurs. Tout commence dans le monde précaire mais passionné de la rédaction eSport, fin 2013. « J’ai commencé à rédiger en bénévole pour Millenium. Il faut bien débuter quelque part et c’était très cool et formateur. Puis sont arrivés les Worlds 2014 avec un projet que tu gérais, un mini-site pour jeuxvideo.com sur les Worlds, ma première expérience dans une rédaction pro. De ces deux expériences, je garde beaucoup de bons moments et des rencontres avec des gens très cools. C’est là que débutait mon aventure avec O’Gaming. Après une discussion très animée avec Zaboutine, où nous n’étions pas d’accord, il a proposé de m’accueillir en bénévole dans la rédaction d’OG. Quelques mois plus tard, je me suis retrouvée rédactrice freelance pour Riot, une expérience toute nouvelle avec des contraintes, notamment dans mon style rédactionnel, ce qui m’a cadré et m’a permis d’apprendre encore beaucoup de choses sur le jeu. Je voulais travailler dans la presse écrite. Cette activité de rédactrice était donc particulièrement formatrice et en adéquation avec mes projets. »
Si nombre de rédacteurs eSport n’ont jamais le droit aux clameurs du public, ce n’est pas le cas de Bulii. Pour les Worlds 2015, elle franchit une nouvelle étape en réalisant les interviews des joueurs en backstage. « C’était une première expérience incroyable. J’ai réussi à obtenir Faker, l’immense Faker, alors qu’il était très demandé et quasiment inaccessible. À force de persévérance, j’ai pu lui poser des questions. Ces Worlds ont été un déclic, ils m’ont donné l’impulsion de faire ça de manière professionnelle, sans pour autant arrêter mes études et sauter sans parachute. J’ai alors commencé à investir énormément de mon temps, sans rentrée d’argent, tout en étudiant. C’était une période très difficile mais j’avais conscience, et je l’ai toujours, d’avoir énormément de chance. »
La suite est un enchainement d’heureux imprévus, l’amenant à devenir host, de travailler avec Canal +, de faire face à la caméra, à la reconnaissance et au public. Lors des Worlds 2016, elle effectue l’analyse desk, ce qu’elle fait de nouveau avec O’Gaming sur les grandes compétitions. Aujourd’hui, elle travaille toujours avec cette fine équipe sur les Worlds actuellement en cours (au moment où cet article est rédigé, ndlr). Forcément, Bulii doit composer avec un nouveau compagnon, le stress. « J’ai souvent une grosse appréhension avec un live ou une scène. J’avais une énorme pression à Bercy, devant 12000 personnes. » L’arrivée de la TV dans la danse de l’eSport profite naturellement à Bulii, voix féminine française sur League of Legends et surtout douée dans cet exercice. « Le Canal eSport Club est arrivé juste après les Worlds 2016. J’ai été contacté par beIN également. Aujourd’hui, Canal, c’est fini pour moi, mais j’ai d’autres projets sur la table, peut-être avec cette chaîne. Je vais également travailler davantage avec Riot. »
Nous sommes en pleine starification des acteurs de l’eSport.
Le plus surprenant avec Laure Valée, c’est sa prise de recul et ses choix pleins de lucidité. Beaucoup sont ceux qui abandonne tout pour se lancer dans le sport électronique. La chute peut s’avérer diablement douloureuse. Afin de l’éviter, elle a donc terminé ses études et peut se vanter aujourd’hui d’avoir un master en presse écrite. « C’était l’enfer de faire les deux, de jongler entre tout ça. Mes parents ne m’auraient pas laissé abandonner les études, à juste titre. On ne sait jamais quand ça va s’arrêter. Il fallait donc un diplôme et garder la tête froide. L’eSport ne sera pas forcément toujours là dans ma vie. Mes parents ont été d’une grande aide, notamment dans les moments difficiles. Mon école aussi. Mon emploi du temps a été aménagé pour me permettre de tenir sur tous les fronts. »
Elle doit aujourd’hui composer avec la notoriété, chose peu évidente. « On me reconnait de plus en plus, bien plus pour mon travail avec O’Gaming que pour celui avec Canal +. Cela peut être déstabilisant, je n’ai pas l’habitude mais c’est aussi marrant. Bien évidemment, je m’attendais à une certaine notoriété car nous sommes en pleine starification des acteurs de l’eSport, que l’on présente ou que l’on joue. Il y a beaucoup de mise en scène et une mise en avant des têtes visibles. »
La notoriété s’accompagne aussi malheureusement d’abus et dérives, comme le harcèlement que peuvent subir certaines figures féminines de l’eSport et des jeux vidéo plus généralement, Kayane étant un bien triste exemple. « J’ai aussi vécu des moments curieux, comme une demande en mariage à la Gamers Assembly. Le malaise total, mais ça s’est terminé avec des rires, même si j’étais écarlate. Mais je n’ai jamais eu de problèmes comme certaines plus connues. Je ne sais pas comment je réagirais et j’espère ne jamais le savoir. ».
Forcément, son succès s’accompagne parfois de discours sexistes. « J’en ai été souvent victime. On me parle de mon physique. Quand on lit ça sur un tchat, on s’en moque, ça ne doit pas t’atteindre. La haine, le manque de respect, le mensonge y sont gratuits. Quand c’est dans le cadre du travail ou la sphère privée, là ça ne doit pas passer. Les femmes doivent être plus présentes dans ce milieu, mais par le biais de l’investissement. Il faut néanmoins éviter de grosses dérives, comme utiliser une femme pour parler eSport, pour séduire le geek. C’est une erreur. On doit être là pour nos capacités, notre travail, parce qu’on est qualifiée, pas pour une jolie plastique. Sur Canal +, j’étais une présence féminine pertinente, et ce dernier terme est tout sauf anecdotique. C’est pourquoi je l’ai fait. »
Comme pour toute l’équipe O’Gaming LoL, l’actualité tourne autour des Worlds. Le mot de la fin ? Ses pronostics sur le terme du tournoi majeur, alors qu’il ne reste que quatre équipes : RNG, World Elite, Samsung Galaxy et SK Telecom T1. « C’est vraiment bien de voir deux équipes chinoises dans le Top 4. Elles savent jouer à la coréenne et ça tombe bien. On pourrait revivre néanmoins une finale 100% coréenne. À ce petit jeu, SKT reste la favorite même si elle est bien en dessous des années passées. Personnellement, je rêve d’une victoire de RNG, ça serait la belle histoire, notamment pour Uzi, l’éternel second. »