À quel moment as-tu décidé de te lancer dans le freerunning ?
J’ai commencé à 9 ans et demi. J’étais un enfant très casse-cou, j’ai eu mon premier trampoline à 7 ans, donc j’ai très vite voulu apprendre à faire des saltos avant, salto arrière. Il s’avère que mon voisin pratiquait déjà le freerunning, donc il m’a appris quelques figures sur ce fameux trampoline. Il a vu que j’étais très à l’aise et que j’adorais ça. Et comme il était dans un club de parkour, il m’a proposé d’essayer : j’y suis allée un samedi, et ça a été la révélation.
Comment se professionnaliser dans une discipline très jeune ?
Après mon bac, je pensais faire une année de césure pour commencer une école de cascadeur et voir comment ça pouvait se passer… peut-être voyager aussi avant de reprendre les études pour faire STAPS (sciences techniques des activités physiques et sportives, ndlr). Il s’avère que j’ai très mal vécu le fait de ne pas faire d'études directement après le bac parce que toutes mes potes partaient en études et restaient dans cette discipline scolaire. J’ai eu beaucoup de mal à sortir de ça, j’étais livrée à moi-même, donc je me suis inscrite à la fac avec ma meilleure pote, et finalement je suis partie en décembre parce que j’avais des opportunités.
Tu as enchaîné sur un cursus cascadeur : en quoi cela consiste ?
Quand j’ai commencé à avoir pas mal d’abonnés (sur les réseaux), le boss de cette école Campus Univers Cascades m’a envoyé un message en me disant : « Connais-tu notre école ? On aimerait beaucoup que tu viennes faire une session de formation. » J’ai dit : « Carrément. » et j’ai découvert cette école de fous furieux. En me renseignant sur le métier de cascadeur, je me suis rendue compte que ça pouvait m’intéresser énormément. À ce moment-là, je ne savais pas si j’allais continuer les études ou pas, mais comme les sessions étaient pendant les vacances, ça ne posait pas de problème. Je me suis inscrite, j’ai fait ma première session en octobre 2021, et ça a été une révélation. Même si ça ne m’a pas aidé à me décider pour mes études, j’ai su que le métier de cascadeuse faisait partie de mes objectifs. Aujourd’hui, j’ai fait 7 sessions sur 10, et je commence déjà à bien taffer en cascades.
Est-ce qu’on obtient un diplôme à la fin ?
Non, il n’y a pas de diplôme malheureusement, mais au bout de tes 10 sessions, tu es prêt et tu as toutes les compétences pour travailler. Tous les contacts, tout.
Qu’est ce qu’on a comme type de cours dans une école de cascades ?
Tu as percussion de voitures, torche humaine, chute d’escaliers… Tu as beaucoup de combat aussi parce que la cascade c’est 80% de combats : boxe anglaise, muay thaï, lutte, escrime, maniement d’armes, déplacements tactiques… Il y a du parkour aussi, des acrobaties, du câblage où tu te fais tirer dans les airs avec des cordes, tu peux faire des figures en vol… Et les coachs aussi sont mondialement connus, ce sont les meilleurs.
Tu es championne du monde freerunning, comment se déroulent les compétitions ?
Un peu comme une compétition de skate. Il y a des compétitions freestyle, plus créatives, où on pratique sur des environnements urbains qui ont été modifiés ou pas. Pendant des années, c’était sur les toits à Santorin (le Red Bull Art of Motion) parce que c’est parfait pour ce genre de pratique. Ou alors, les organisations construisent des structures, mais dans tous les cas, on a un terrain de jeu, un peu comme un skatepark. En freestyle, on a entre 30 secondes et 1 minute pour créer un run avec des figures, et on est noté sur la créativité, la fluidité, la difficulté, l'exécution et la propreté.
L’autre forme de compétition, qui est plus axée parkour, tu pars d’un point A à un point B, et il faut que tu atteigne le point B le plus rapidement possible.
Comment s’est passé le processus créatif ? Les transitions sont assez folles, et c’est déjà le cas sur ton Insta/TikTok, c’est toi qui est derrière tout ça ?
Quand Maurine (sa manageuse, ndlr) m’a dit : « on aimerait faire une vidéo à Paris », j’ai imaginé un concept qui était peu ou pas vu, surtout en parkour. Et comme je suis une grande fan de transitions bien exécutées, j’ai imaginé cette idée d’une ligne interminable dans Paris où la fin de la vidéo en serait aussi le début, avec chaque changement de lieu qui serait hyper travaillé. Je l’ai proposée à Nico, qui est en charge du Red Bull Art of Motion, la compétition de parkour. Il a validé l’idée, il adorait le concept. Après, c’est toujours compliqué parce qu’on a peu de temps, et c’est une idée qui en demande beaucoup, rien que pour filmer une transition, c’est très complexe. Il faut voir avec l’équipe de prod si c’est possible, voir avec Maurine combien de temps de tournage on a avant d’ensuite réfléchir aux moves, aux lieux qu’on choisit, les spots de départ et d’arrivée… Avant de commencer à tourner, on avait un bon programme et un script plutôt carré donc on était contents. Après, comme tout tournage, ça se passe rarement exactement comme on le voudrait, mais le concept était là et on est contents de l’idée.
Quelles ont été les scènes les plus compliquées à tourner ?
Certains lieux ont annulé au dernier moment, il a fallu en trouver d’autres et imaginer des idées d’enchaînements en se basant uniquement sur des photos, ce qui est très compliqué. Ça rajoute un peu de stress, mais on s'adapte, on y arrive.
En termes de mouvements, toute la séquence sur la péniche était stressante parce qu’on avait un temps chronométré pour que la péniche puisse passer. Ensuite, elle devait rester dans un périmètre avant de repasser, donc c’était serré. Il y avait beaucoup de monde… une péniche c’est difficile à manœuvrer donc on n’avait pas énormément d’essais… Là typiquement c’était un one-shot sur la séquence où je saute du quai, donc fallait vraiment pas que je me loupe.
En plus, on parle quand même d’un saut hyper impressionnant, il valait mieux ne pas se rater.
Oui, mais ça… je n’y pense pas (rires).
Combien de temps a duré le tournage ?
Là on avait 3 jours, ce qui peut paraître pas mal, mais dans les faits c’est très peu. On n’avait pas de fenêtre météo en cas de pluie, et pareil, cela ajoute du stress parce que si la pluie commence à tomber, il faut encore une fois s’adapter.
Comment ça se passe vis-à-vis des gens, notamment pour les scènes en extérieur ?
C’est toujours compliqué d’avoir des autorisations dans la rue, et pour la sécurité, mais ça s’est bien passé. On est allé dans des endroits super chouettes, les puces de Saint-Ouen c’était top, les gens étaient adorables. Montmartre, la scène sur le train, tous les touristes étaient fous, super impressionnés de voir ça donc c’est toujours des super moments.
Comment se sont passées les scènes sur les toits ? Tu as l’habitude de ce genre de choses ? J’imagine que tu n’as pas le vertige, mais quand même…
Si si, j’ai le vertige, de plus en plus…. Mais si tu prends le temps de bien faire les choses, la peur s’en va petit à petit que ton corps maîtrise. C’est hyper mental, mais une fois que tu enlèves cette peur de tomber, finalement c’est comme si tu étais au sol. Je maîtrise à 100% ce que je fais, il n‘y a aucune raison que je tombe. Certaines séquences, comme celle où je marche sur les rebords de fenêtre, m’ont tout de même demandé 30 à 40 minutes pour être maîtresse de mes moyens.
Pour préparer sa ligne et les figures, on va sur le spot pour faire des passages ou on visualise principalement ?
Il y a énormément de visualisation, je médite aussi beaucoup, ça m’aide. Il y a de la respiration aussi, et ensuite tu vas sur le spot, tu essayes de trouver des équivalents avant, si le saut fait trop peur. Il faut aussi préparer le spot : si ça glisse, on met du Red Bull par terre et on attend que ça sèche pour que le sucre colle. Il faut se mettre dans des conditions parfaites avant de sauter.
Quelles sont tes vidéos préférées ?
Le Manpower, c’est ma plus grosse réussite en termes de performance. Je pense que c’est ma plus grosse fierté parce qu’aucune femme ne l’avait fait auparavant : ça a un peu marqué l’histoire du sport.
Tu as des inspirations particulières ?
Ça peut paraître étrange, mais il n’y a pas trop de grosses inspirations auxquelles je me réfère parce que ça change tout le temps. J’ai pas vraiment une référence… Beaucoup de traceurs se réfèrent à Yamakasi, j’ai adoré, mais ce n’est pas ce qui m’a donné envie de faire du parkour. Cela peut être des films, des peintures, des personnes publiques, des comptes Instagram, de la musique…
Vu que tu as fait une école de cascades, est-ce que tu analyses à chaque fois les scènes quand tu regardes un film ?
Ouais, c’est comme quand tu apprends à lire et que tu dévores tous les livres que tu as devant toi. On profite du film, mais quand on voit qu’il y a un coup de poing qui ne passe pas ou une fausse chute, tu sors un peu du truc et forcément, tu analyses toutes les cascades. Soit tu voudrais les faire, soit tu les critiques.
Quels sont tes spots/villes préférées ?
J’ai jamais fait Londres, alors que pourtant, les spots les plus connus dans le monde sont là-bas, donc j’aimerais beaucoup. Sinon, j’aimerais trouver un spot dans le désert, c’est un petit rêve, parce que personne ne l’a fait. Ce serait plutôt créatif et artistique, ce serait assez cool.
Tu as déjà de nouveaux projets en tête ?
J’ai beaucoup de projets, je suis moins dans la compétition en ce moment, j’en ai une en novembre (les championnats du monde, ndlr) mais c’est la seule cette année. Sinon, en ce moment je suis plutôt vidéo, donc j’ai toute une liste dans mes notes à préparer et à organiser… J’aimerais bien passer ma formation de parachutiste pour ajouter ça au parkour… Il y a plein de choses encore !