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Loïc Bruni : « J’ai un mois pour être à 100% »

© Bartek Wolinski/Red Bull Content Pool
Quatrième de la Coupe de France à Métabief, Loïc Bruni a vécu un week-end mitigé dans le Haut-Doubs. Entre deux averses, on s’est posé avec le champion du monde pour évoquer cette saison particulière.
Écrit par Vincent GirardPublié le
Quelques minutes auparavant, le maillot était blanc et cerclé des couleurs de l’arc-en-ciel. Mais dans l’aire d’arrivée de la finale de la Coupe de France, le quadruple champion du monde Loïc Bruni peine à se distinguer des 256 concurrents qui viennent d’en terminer avec la descente de Métabief, troisième manche nationale dont la finale se disputait ce dimanche 30 août. Malgré la boue qui recouvre la tenue et le vélo du rider du team Specialized Gravity, ce dernier ne passe pourtant pas inaperçu. La foule s’agglutine autour de la tête d’affiche d’une des rares épreuves de VTT descente encore maintenue en Europe. Masque sur le visage, Loïc Bruni prend la pause pour les nombreux fans venus demander une photo ou un autographe à celui qui vient de terminer quatrième d’une finale remportée par son pote Loris Vergier.
Le Niçois de 26 ans n’a jamais été un adepte des conditions humides et des pistes détrempées. Plus globalement, il cherche encore ses marques dans une saison chamboulée par l’épidémie de coronavirus et par plusieurs blessures contractées cet été. À Métabief, Loïc pointe à presque 10 secondes de la tête ("je me suis fait dégommer"). Mais celui qui a fait le doublé Coupe du Monde/mondiaux en 2019 sait qu’il faudra surtout être là dans un peu plus d’un mois, à l’attaque d’une saison internationale réduite à trois dates pour les descendeurs.
Les championnats du monde se disputeront du 5 au 11 octobre à Leogang en Autriche avant d’enchaîner sur deux double étapes de Coupe du Monde à Maribor (Slovénie) du 15 au 18 octobre et à Lousa (Portugal) du 31 octobre au 1er novembre. Un programme ultra condensé que Loïc Bruni et son team n’ont appris que début juillet, quand l’UCI a annoncé l’annulation de la Coupe du Monde des Gets. Depuis, rien n’a bougé sur ce calendrier réduit mais les organisateurs marchent sur des œufs et la situation sanitaire fluctuante peut obliger l’un ou l’autre pays à annuler ses épreuves sportives à tout moment.
Le rider français Loïc Bruni se prépare avant de prendre le départ de la Coupe du monde de VTT descente aux Gets en 2019.
Loïc Bruni à quelques minutes de prendre le départ aux Gets en 2019
Au pied des remontées mécaniques de la station du Haut-Doubs, Loïc Bruni a ramené son vélo sous la tente de son team. Sous le karcher des mécaniciens, la couleur bordeaux du DH du champion du monde en titre apparaît de nouveau. Finalement, seul le superbe casque Red Bull semble ne pas avoir trop souffert de la boue. Après un rapide débriefing avec son team manager Laurent Delorme, Loïc ressort pour poursuivre sa séance d’autographes. Il a un mot pour tout le monde, raconte les conditions difficiles à un spectateur curieux de connaître ses sensations et explique avec des gestes de la main, ces trajectoires qu’il aurait voulu mieux prendre pour éviter un écart pareil avec le vainqueur du jour.
En face de la tente du team Specialized Gravity, Loris Vergier ressort justement de l’énorme structure du Santa Cruz Syndicate, venu en force à Métabief (outre Vergier, Luca Shaw, Greg Minnaar et même Steve Peat ont pris le départ de cette Coupe de France). Après une longue accolade, les deux amis de toujours profitent de se revoir pour entamer la discussion, bientôt rejoints par le père de Loïc, Jean-Pierre. Lui aussi pourrait arborer un maillot arc-en-ciel car le patriarche de la famille Bruni compte plusieurs titres de Champion du Monde DH Master à son actif. Alors que les différentes catégories défilent sur le podium, on profite d’une accalmie pour évoquer avec Loïc cette manche difficile pour lui, sa préparation, le calendrier et ses objectifs à venir pour cette saison qui restera quoi qu’il arrive dans l’histoire.

Métabief : De la boue et une valise

Il y avait longtemps que je n’avais pas roulé dans ces conditions et j’ai toujours du mal à me motiver dans ce cas-là, surtout quand ce n’est pas une Coupe du Monde. C’est mon défaut, je suis un peu une princesse (rires). Mais ce n’est pas une excuse pour ma quatrième place et les dix secondes d’écart avec Loris. On pratique un sport dans lequel il faut savoir s’adapter aux conditions, c’est la même chose pour tout le monde. Autant hier, je roulais propre, je me sentais bien. Mais aujourd’hui, je me suis fait dégommer. Je suis désagréablement surpris. La boue n’est pas mon point fort je le sais, mais avoir autant de retard… Les deux riders devant moi (Greg Minnaar et Benoit Coulanges) ne sont pas si loin mais Loris me met une valise. Je me demande un peu comment il a fait. Chapeau à lui en tout cas.

Du positif quand même

Au moins, cette étape de Coupe de France m’a permis de rouler à nouveau dans ces conditions, même si c’est une boue particulière, très physique. Ça me permet également de bien me jauger par rapport à la concurrence et je sais où j’en suis sur une piste détrempée. Il y avait quelques gros teams comme celui de Loris même si certains ont tout de même fait l’impasse à cause du Covid pour éviter tout risque. Mais c’est top de retrouver une densité aussi importante sur une Coupe de France.

Sa deuxième place aux Championnats de France

La semaine dernière aux Menuires, je me sentais bien mais j’ai manqué un peu d’intensité pour aller chercher Benoit (Coulanges) qui a été impressionnant. Physiquement, je ne suis pas à fond. J’aurais voulu avoir ce maillot tricolore, mais je suis tout simplement tombé sur plus fort que moi.

Ses blessures de l’été

Je n’ai pas roulé tant que ça ces derniers mois car je me suis déchiré le vaste externe en juin et j’ai dû laisser le vélo de côté pendant cinq semaines. J’ai ensuite rattaqué en Autriche, mais je me suis fait mal à nouveau. Ça a été un peu laborieux pour arriver jusqu’ici. Il faut que je retrouve encore le rythme, ce que certains n’ont pas eu de mal à faire après la coupure. J’ai besoin de plus de temps de mon côté. Je sens que je fais des erreurs, que je me bloque dans des endroits où les autres ne le font pas. Accumulés sur une descente, ce sont plusieurs dixièmes qui partent sur le chrono et ça fait la différence en bas.

Son passage au Red Bull Athlete Performance Centre (APC)

Je suis allé au Red Bull APC en Autriche après m’être blessé à la cuisse en juin. Ça m’a permis de reprendre tranquillement car je voulais être certain que la cicatrisation se fasse bien. Les installations sont vraiment à la pointe et ça me permet de voir ce qu’ils ont fait comme nouvelles avancées pour aider toujours plus les athlètes. J’y vais parfois même si c’est un peu loin pour moi. Mais l’essentiel de mon travail, je le fais avec mon entraîneur perso.

Un été sans Coupe du Monde

Oui, c’est particulier de ne toujours pas avoir disputé de Coupe du Monde alors qu’on est fin août. Mais les team managers ont eu de nombreuses discussions avec l’UCI pour essayer de préserver les quelques dates qui restaient au calendrier. Chaque pays a ses propres règles pour lutter contre le coronavirus donc il a fallu s’adapter en fonction de la spécificité de chacun. On a réussi à maintenir une petite saison. C’est déjà mieux que rien et en parallèle aux compétitions internationales, on se rabat sur des Coupes de France pour préparer tout ça. Au final, je pense que l’on s’en sort bien quand on voit les circonstances auxquelles on fait face. J’ai notamment hâte d’aller courir à Lousa au Portugal pour la première fois. J’ai déjà fait des testings là-bas avec le team. C’est un spot que j’aime bien avec une belle montagne et beaucoup de terre. Il faudra juste voir comment les conditions vont évoluer en octobre car je n’ai pas roulé la piste à cette époque de l’année.

Un mois d’octobre de folie

C’est certain que ça va s’enchaîner à une vitesse folle en octobre entre les mondiaux à Leogang et les Coupes du monde de Maribor et Lousa. Ce sera comme un sprint. Pour le moment, on priorise sur les mondiaux qui arrivent en première épreuve internationale de l’année. Il faudra aussi s’acclimater car on va rouler en octobre et il fera plus froid. Ça va nous changer par rapport à nos habitudes. Les meilleurs seront ceux qui sauront bien s’adapter à ces nouvelles conditions.

Un travail dans la continuité avec le team

Avec toutes ces courses annulées à cause de l’épidémie, on pourrait penser qu’on a eu plus de temps pour bosser avec l’équipe, mais on n'en a pas profité plus que ça. On a eu du mal à se retrouver tous ensemble. Les Etats-Unis ont été fermés pendant longtemps et c’est d’ailleurs toujours la galère pour s’y rendre. Comme on est une marque américaine (Specialized), ça ne nous a pas facilité les choses. De toute façon, on ne voulait pas tout chambouler non plus niveau matos car on savait qu’on avait une bonne base étant donné nos résultats de l’année dernière. On a fignolé mais il n’y a pas eu de révolution.

Amaury out

Ça a été difficile la semaine dernière aux Championnats de France quand on a vu l’hélicoptère intervenir. On savait que c’était pour Amaury (Pierron, victime d’un gros crash et hors course pour le reste de la saison). Au final, il s’en sort bien, mais je perds un compétiteur et surtout un pote pour toutes les compétitions qui arrivent. Mais il reviendra encore plus fort j’en suis persuadé.
Les pilotes français Loïc Bruni et Amaury Pierron à la Coupe du monde UCI de VTT descente 2019 à Mont Sainte-Anne au Canada.
Loïc Bruni et Amaury Pierron à Mont Sainte-Anne

Ses objectifs

C’est difficile d’anticiper avec cette saison tellement particulière. Aller chercher au moins un titre, ce serait déjà un beau résultat. Mais j’ai tellement de mal à me projeter et à me fixer des objectifs concrets. On va déjà se concentrer sur les mondiaux. Si on est bons là-bas, on sait qu’on devrait l’être aussi ensuite sur la Coupe du Monde. Mais avant tout, je me concentre sur moi pour l’instant afin d’arriver sur les mondiaux à mon meilleur niveau, ce qui n’est pas encore le cas à l’heure actuelle.
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