La rappeuse Lora Yéniche pour Red Bull Spinner
© Apolline Cornuet
Musique

Rencontre avec Lora Yéniche

Red Bull Spinner : quatre jeunes artistes vous emmènent dans leur spirale musicale.
Écrit par Ismaël Mereghetti
Temps de lecture estimé : 5 minutesPublié le
Le rap français vit une ère particulièrement riche depuis cinq ans : certifications en pagaille, stades remplis, artistes ultra-populaires… Si la concurrence est rude, le nombre d’auditeurs en constante augmentation permet aux artistes de se faire connaître. Pour pousser ces profils prometteurs à émerger, Red Bull agit comme un levier en organisant une rencontre humaine et artistique entre quatre d’entre eux : Red Bull Spinner.
BEN plg, TKN, Yun Poq et Lora Yéniche ont tous des profils très différents, mais partagent en commun l’amour de la musique et un certain talent pour se démarquer. Réuni au Red Bull Studio, le quatuor a enregistré un titre énergique et puissant, sur une production des beatmakers Mitch & Doubtless.

Présentation

  • Pseudo : Lora Yéniche
  • Explication du nom : Lora a voulu rendre hommage à sa communauté, les Yéniches, appelés les « Gitans blonds », un groupe ethnique originaire d’Allemagne, d’Autriche et de Suisse, nomades au départ et qui se sont sédentarisés. Les grands-parents de Lora se sont installés en France après la Seconde Guerre mondiale, en faisant profil bas : « Dans ma communauté, les gens ont souvent peur de dire qu’ils sont Yéniches à cause des clichés sur les Roms, sur les gens du voyage, sur les Gitans… Au contraire, je veux porter haut et fier mes origines pour les faire connaître au public et donner de la force aux miens »
  • Âge : 28 ans
  • Localisation : Yutz, près de Metz (57)
Portrait de la rappeuse Lora Yéniche pour Red Bull Spinner.
Lora Yéniche pour Red Bull Spinner

Les débuts

Lora entre très jeune dans le hip-hop via la danse. Vers 11-12 ans, elle se met à écrire des petits textes, des poèmes et développe un amour des mots. Puis c’est sa grande sœur, de six ans son aînée, qui l’initie au rap puisqu’elle en écoute toute la journée. Un jour, sur un instru trouvé sur YouTube, Lora part en impro et clashe sa sœur, pour rigoler. Mais celle-ci est frappée par son talent et la motive à se lancer : « J’ai commencé à freestyler dans ma voiture et à poster les vidéos sur Facebook. Je voyais que les gens kiffaient, je me suis chauffée ! ». Grâce à ses vidéos, Lora décroche des premiers contacts dans la musique à Paris et se fait accompagner par une première équipe pendant trois ans et demi.
Jusqu’au moment où une amie commune la met sur la route de Cälbo, l’un des membres du légendaire duo Ärsenik. Cälbo la prend sous son aile et la coache dans l’ombre : écriture, préparation physique pour la scène, préparation mentale pour faire face au public… Il lui transmet son expérience pendant plus de deux ans. Lora est désormais prête à entrer dans le game.

Ses influences

De par l’influence de sa grande sœur, c’est le rap des années 1990-2000 qui a marqué Lora. Et elle continue d’en écouter massivement. Parmi ses références : IAM, Diam’s, Scred Connexion, Rohff, Mister You… De la nouvelle école, elle apprécie également Dinos ou Doria : « Je suis sensible aux artistes qui me parlent de leurs histoires de vie, de leurs parcours. C’est pour ça qu’au-delà du rap, j’écoute aussi Édith Piaf ou Charles Aznavour. Ou même que j’aime des personnalités comme Mohamed Ali ou Nelson Mandela. Les combats menés pour faire reconnaître des identités m’inspirent, dans la musique et en dehors ».

Son morceau-phare

« Nés comme ça », single sorti en juillet 2021, est certainement la meilleure carte de visite pour le moment. Avec un flow ciselé et déterminé, Lora raconte sa rage de vaincre, son envie de réussir avec sincérité, à l’image du clip : « J’ai fait apparaître toute ma famille, mes amis dans la vidéo. Je montre d’où je viens, mes racines. Puis je me mets en scène en train de quitter mes terres, solo, pour tenter de construire ma carrière. Ça reflète bien mon état d’esprit ! ».
La rappeuse Lora Yéniche en plein freestyle pendant le tournage de Red Bull Spinner au Red Bull Studio.
Lora Yéniche en pleine performance au Red Bull Studio

Le freestyle

Des seize mesures sans refrain, Lora en gratte très souvent. Comme un amusement, une soupape de liberté face aux contraintes formelles d’un son « officiel ». La prod de Mitch & Doubtless lui a parlé sans difficulté et c’est le personnage de Lagertha, épouse du Viking Ragnar Lodbrok, symbole de femme forte, combattive, qui l’a inspirée pour le texte. Une façon de voir le cypher comme un affrontement ? « Non, ce n’est que du partage, c’est hip-hop ! Et puis avec les années, j’ai appris à relativiser la pression qu’on peut se mettre dans ce genre de moments. On ne fait que de la musique, il faut kiffer ! ».

La suite

De nouveaux sons vont sortir prochainement pour poursuivre la présentation de sa personnalité et de son univers. Avec en ligne de mire un premier projet courant 2022 avec son équipe Kwaf Prod, sans pour autant s’imposer la moindre deadline : « J’ai longtemps été très impatiente. Quitte à me précipiter. En mûrissant et grâce aux conseils de Cälbo, j’ai saisi que prendre son temps permettait d’avoir les idées claires. Ma philosophie désormais ce n’est pas d’avancer pour avancer mais au contraire, de tracer ma route en sachant exactement ce que je veux, fidèle à mes valeurs ».