Musique
Comment s’est passé ce temps de création au Studio Red Bull ?
C’est ma première fois ici et honnêtement, c’est un rêve qui se réalise. J’ai découvert l’existence de cet endroit en 2017, avec la vidéo d’une jam session de folie de Masego et French Kiwi Juice, avec des musiciens incroyables. Le studio m’avait tapé dans l’œil, je me suis dit :”“Moi aussi je veux vivre ce genre d’expériences ! » Je pensais au départ qu’il se trouvait aux États-Unis… Quand j’ai su que c’était en France, ça m’a motivé encore plus ! Par chance, mes équipes et celles du studio se sont connectées et j’ai été invité.
J’ai profité de cette session pour tester de nouvelles choses, je suis parti sur un son pop-rock. Avoir la chance d’être ici, avec du matériel de qualité et dans une atmosphère confortable, ça me stimule et me donne envie d’être à la hauteur des conditions de travail : je ne peux pas proposer un truc banal, il faut que je surprenne, que j’innove. À la manière des artistes qui m’influencent, comme Drake ou PartyNextDoor, et qui emmènent toujours leur public dans des territoires nouveaux.
Sur ce premier album, « Voulez-vous coucher avec moi ? », as-tu réussi à proposer la recette musicale que tu souhaites mettre en place ?
Par le passé, je me suis bien pris la tête avec la technique, j’avais envie de montrer davantage de moi humainement. Pour que les gens sachent qui ils écoutent précisément et ressentent un truc authentique. J’ai donc un peu arrêté l’egotrip pour raconter des choses dans lesquelles les gens pouvaient se reconnaître. Avec le champ lexical et la façon dont je construis les histoires, j’essaye de faire en sorte que ça parle au plus grand nombre. Et surtout, j’aime aller droit au but sur la forme : chaque son c’est une intro rapide, un refrain, un couplet, un refrain, un couplet. 2 minutes 45, format radio. Tu t’ambiances, ça va vite et à la fin, comme c’est court, tu n’en as pas eu assez, donc tu remets le morceau ! C’est ça ma recette. Mais pour continuer la métaphore, disons qu’aujourd’hui, avec ma recette, j’ai créé ma boulangerie, c’est un bon début, il s’agit maintenant de bien la vendre. Je ne veux pas que ça reste simplement une boulangerie au coin de la rue mais que ça devienne une franchise qu’on trouve partout.
Comment tu comptes t’y prendre ? Comment trouver l’équilibre entre fidéliser un public et le surprendre ?
Avec cet album, j’ai réussi à attirer l’attention des gens, mais l’attention c’est très facile à perdre. Donc je vais rester sur mon chemin musical pour l’imposer, creuser mon sillon et le faire évoluer dès que je tournerai en rond. En fait, mon objectif est que mon identité musicale soit bien identifiée, mais éviter qu’elle soit trop étiquetée. Et pour cela, il faut que je dépasse le strict cadre de ma musique, que je devienne un personnage, une icône comme Tyler the Creator par exemple. Et ce n’est pas de la prétention vaine : c’est un moteur pour moi de me dire que je souhaite créer un style propre, qui inspirera d’autres artistes, et que le public suivra, indépendamment même des couleurs artistiques que je vais peindre. Le but est que les gens kiffent MadeInParis pour toute la liberté créatrice que ça représente. Je ne veux pas être un représentant parmi d’autres d’un style mais, au contraire, incarner mon propre univers.
Tu as été ingénieur du son, compositeur, tu as acquis plein de compétences dans la musique avant de te retrouver sur le devant de la scène. Que t’apporte cette polyvalence dans ta création ?
Beaucoup de sérénité. Peu importe où je me trouve, peu importe le studio, je ne suis jamais perdu. Je peux exprimer mes visions en détail aux ingénieurs du son parce qu’on parle un langage commun. Je sais comment parler aux équipes, comment déléguer. On gagne du temps et en efficacité. J’ai tout appris en étant jeune pour gagner du temps maintenant, c’est précieux.
Comment tu bosses en studio ? Comment se passe ton processus de création ?
Pour commencer, je laisse les beatmakers créer à partir de mes envies. Je bosse ensuite les toplines, comme s’il y avait déjà les paroles. J’ai besoin de structurer toutes les parties du morceau avant de penser aux paroles. Souvent je prends la place de l’ingé son, je découpe des bouts, je les déplace, je fais ma sauce, je me pose sur tous les détails. Et ensuite, c’est parti pour trois ou quatre mois d’écriture des paroles (rires) ! L’inspiration met du temps à arriver, il faut que je m’imprègne à fond du son pour trouver mes lyrics. Et je travaille beaucoup de sons en parallèle. Voilà pourquoi ça me prend du temps. Le son « Champagne » avec Captaine Roshi, j’ai mis six mois à l’écrire, alors que Roshi a sorti son couplet en trente minutes !
Il paraît que tu composes en anglais dans ta tête avant de transposer en français ?
J’ai commencé comme ça et c’est toujours le cas ! La langue française est trop riche et technique pour être utilisée dans des toplines. L’anglais m’apparaît plus souple pour trouver mes vibes. Par contre, après c’est une vraie prise de tête pour traduire (rires). J’ai conscience que du coup mes lyrics sont parfois trop basiques, mais c’est un challenge pour moi à l’avenir d’essayer de complexifier ça. Le titre du projet « Voulez-vous coucher avec moi ? » est un clin d'œil à mon rapport aux deux langues : c’est la phrase française par excellence, une phrase clichée que tous les Américains connaissent. Ce n’est pas très élaboré mais c’est efficace (rires).
Quel a été ton meilleur moment en studio jusqu’à présent ?
Quand j’ai posé « Chanel » en 2020 avec Draco le beatmaker et ingénieur du son, qui a d’ailleurs mixé tout le projet, c’était la première fois que je bossais avec quelqu’un d’autre, que quelqu’un m’enregistrait. J’étais super stressé de passer de l’autre côté de la cabine. J’ai pas mal bu pour me décontracter, j’étais complètement déchiré (rires) ! Je me suis en mode artiste et Draco m’a compris à 100 %, il a capté toutes mes idées, c’était comme un double, ça m’a donné une force incroyable ! En revanche, il faut être honnête, j’ai compris avec le temps qu’être bourré ne m’aidait pas en général pour créer du son (rires).
As-tu besoin d’être dans des vibes particulières pour composer ?
Je parle beaucoup de fumette et de drogues dans mes sons, mais quand je suis chez moi et que je bosse, je suis super sobre. J’aime être concentré pendant le taf, parce que mine de rien, ma musique est super précise. Je me prends énormément la tête pour donner l’impression que c’est simple.
Avec qui tu rêverais de partager un moment en studio ?
PartyNextDoor, pour capter leurs cheatcodes ! Je sens qu’ils ont compris beaucoup de choses à la création artistique et je rêverais d’être en studio à leurs côtés, même pas pour un featuring, simplement pour les étudier. J’adore apprendre et développer mes capacités. C’est ce que je vais faire pour la suite de mon développement, histoire de ne pas tourner en rond. C’est le plus important.