F1

F1 : les oubliés de Magny-Cours

© Lorenzo Bellanca/LAT Photographic
Écrit par Antoine Grenapin
Pendant deux décennies, le circuit de la Nièvre était le rendez-vous français de la F1. Désormais, le Grand Prix de France a lieu au Castellet et Magny-Cours a dû se réinventer, loin des spotlights.
Ce week-end, il n’y aura pas foule au circuit de Magny-Cours. L’événement qui passionne les fans français de sport mécanique a lieu à 610 km plus au sud, au circuit du Castellet. C’est là que les meilleurs pilotes du monde vont s’affronter. C’est là que des dizaines de milliers de passionnés de monoplaces vont se retrouver. C’est là que s’écrit désormais l’histoire du GP de France. Dans la Nièvre, il est loin le temps où le monde de la F1 avait ses habitudes. Cela a duré jusqu’en 2008, soit un peu moins de deux décennies. C’était il y a 11 ans. Une éternité en F1.

« Les exigences financières n’étaient pas tenables »

Pourtant, des voitures continuent de tourner sur le circuit de Magny-Cours ! Championnats de France en tout genre, épreuves de moto… Au total, 21 épreuves s’y déroulent - un record pour un circuit de l’Hexagone - et la piste est utilisée 300 jours par an. Ces chiffres, c’est Jean-Louis Balleret, vice-président du Conseil départemental de la Nièvre en charge du sport, qui nous les donne. L’homme, président du conseil de surveillance du circuit et auteur de deux livres sur le circuit, explique : « nous avons à cœur de développer de nombreuses activités et courses tout au long de l’année ». Ce n’est pas seulement une affaire de volonté mais aussi de moyens financiers. Le circuit est embelli régulièrement et bénéficie de l’homologation de la FIA (la Fédération internationale automobile). « On reste prêts pour accueillir la F1 » sourit Jean-Louis Balleret.
David Coulthard pilote sa F1 Red Bull Racing sur le circuit de à Magny Cours lors du Grand Prix de France de Formule 1 2008.
Le dernier Grand Prix de France de F1 à Magny Cours en 2008
Si c’est techniquement le cas, les responsables du circuit semblent avoir fait une croix sur la discipline reine du sport automobile. Pourtant, l’histoire commune entre la F1 et le circuit avait été belle. En 18 éditions, des pilotes comme Nigel Mansell, Alain Prost et Michael Schumacher et Fernando Alonso y ont brillé. Le temps d’un week-end, la Nièvre était le centre du monde mécanique. Mais les organisateurs peinent, année après année, à répondre aux exigences financières toujours plus élevées de Bernie Ecclestone. Le Britannique dirigeait alors la discipline d’une main de fer et s’évertuait à rentabiliser chaque aspect pouvant l’être, transformant la F1 en incroyable machine à cash. « Les exigances financières étaient de moins en moins tenables, surtout pour un département rural comme le nôtre », abonde Jean-Louis Balleret.

« On nous a accusé d’être dans un no man’s land ! »

Et tant pis si à l’époque, d’autres arguments étaient avancés. Bernie Ecclestone avait critiqué ce circuit trop éloigné de Paris, lui qui rêvait d’un Grand Prix dans la capitale française. Certains pointaient du doigt la faible capacité hôtelière. D’autres rappelaient que l’autoroute qui devait remplacer la mythique Nationale 7 avait longtemps tardé à sortir de terre. « Mais ce n’était pas le vrai problème ! Tout était une affaire financière et on ne pouvait pas garder la F1 à tout prix ! », souligne Jean-Louis Balleret. Il reconnaît avoir « ressenti une injustice » comme tous les employés, élus, bénévoles qui s’étaient investis. « On nous a accusé d’être dans un no man’s land, poursuit l’élu. Mais dans la foulée, la F1 s’est rendue sur des circuits, notamment au Moyen-Orient, en plein milieu du désert ! » Et il poursuit : « la F1 a perdu son charme d’antan et d’ailleurs c’est devenu beaucoup moins populaire qu’avant. »
Le pilote de F1 Force India, Jules Bianchi, en pleine action sur le circuit de Magny-Cours.
Jules Bianchi en pleine action sur le circuit de Magny-Cours

« Nous n’avons pas les mêmes moyens que le Var ! »

Après la colère, il a fallu se ressaisir. « Soit on laissait tomber, soit on se réinventait », explique l’élu. Dans la réflexion, il n’y a pas seulement l’aspect sportif. Il y a l’emploi aussi. Autour du circuit, 400 personnes sont employées au Technopole qui réunit des entreprises du secteur automobile et aéronautique. Ligier, Oreca ou encore Mygale (qui conçoit les Formule 4) y disposent de locaux. « Pour pérenniser ces emplois, c’était capital d’entretenir la piste et de garder les installations au niveau. »
L’an dernier, la F1 est revenue en France, mais du côté du Castellet. Pour Jean-Louis Balleret, il n’y a pas d’amertume : « la Nièvre n’est pas le Var et la Bourgogne n’est pas la région PACA. Nous n’avons pas les mêmes moyens ! » Néanmoins, dans les bureaux du circuit de Magny-Cours ces derniers jours, c’est l’effervescence. Tous préparent un événement voué à accueillir des milliers des personnes : le Grand Prix de France historique qui se tiendra la semaine prochaine et réunira des monoplaces qui ont marqué la discipline. Une semaine après le GP de France, Magny-Cours s’offrira donc un grand bain de nostalgie et un petit air de F1, onze ans après l’avoir quitté.