Pajón en action à Bogotá
© Maximiliano Blanco/Red Bull Content Pool
BMX

Mais qui est Mariana Pajón, la reine du BMX ?

La rideuse Mariana Pajón a accompli tout ce qu'il était possible d'accomplir en BMX. Pourtant, la Colombienne a décidé de ne pas s'arrêter là. Portrait.
Écrit par Moisés T. de la Peña
Temps de lecture estimé : 6 minutesPublié le
Il est virtuellement impossible de s'intéresser un tant soit peu au BMX Race et de ne pas savoir qui est Mariana Pajón. À 31 ans, la Colombienne est double-championne olympique, 18 fois championne du monde et double championne du classement général de la Coupe du Monde. Bref, on ne l'appelle pas la reine du BMX pour rien.
Mais palmarès légendaire ou non, la rideuse de Medellín n'a pas encore dit son dernier mot. Son prochain grand objectif ? Les jeux de Paris 2024. Alors, en attendant un éventuel troisième titre dans un an et demi, on rembobine la carrière d'une femme dont le chemin vers la gloire n'a évidemment pas été une balade de santé.
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Les débuts

Née en 1991, Pajón a donc grandi à Medellín, ville à l'histoire secouée par la violence née du crime organisé. Le meilleur moyen d'échapper, tant que possible, à cette triste réalité ? S'immerger dans le sport. Sa mère, Claudia, était ainsi une bonne cavalière et nageuse, tandis que son père Carlos participait à des compétitions de sports mécaniques en amateur. Autant dire que Mariana est une enfant de la balle.
"J'ai toujours voulu être comme mon père, je le voyais faire des courses de voitures, de BMX et de VTT. Il était très bon, il gagnait tout le temps, tout comme mon frère aîné" se souvient Mariana. "Ma mère était aussi une athlète et elle a toujours su que je voulais en être une également. Mes parents étaient mes modèles."
L'immense Mariana Pajón

L'immense Mariana Pajón

© Maximiliano Blanco/Red Bull Content Pool

Pajón a donné ses premiers coups de pédale à 3 ans et découvert rapidement la compétition en BMX. Mais faute de catégorie féminine, la fillette affrontait alors des garçons de cinq ou six ans avec l'abnégation qu'on imagine. Tout en faisant, en parallèle, de la gym.
Gymnaste un jour, gymnaste toujours

Gymnaste un jour, gymnaste toujours

© Camilo Rozo/Red Bull Content Pool

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BMX ou médecine ?

Après avoir remporté quelques titres nationaux chez les jeunes, Mariana a également décroché son tout premier championnat du monde à 9 ans (mais toujours chez les jeunes, hein). Mais si sa mère la soutenait volontiers sur le terrain sportif, elle tenait également à ce que sa fille aligne les bonnes notes à l'école. Ce que Mariana faisait, donc.
Seulement, le moment est venu, à la fin de l'adolescence, de choisir entre une vie de pilote pro et une carrière de médecin. Un métier pour lequel la jeune fille se sentait des aptitudes naturelles. Et après tout, ses résultats aux examens ne disaient pas le contraire.
Mariana Pajón en 2021

Mariana Pajón en 2021

© Maximiliano Blanco/Red Bull Content Pool

Vous vous en doutez, Mariana a donc fini par choisir la voie de la pédale. Une décision si difficile à prendre qu'à l'époque, la rideuse en herbe a exploré la possibilité de continuer à étudier à l'université tout en enchaînant les compèts.
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Toujours plus haut

Succès réguliers sur les pistes oblige, il a pourtant bien fallu que Pajón range, un jour, ses cahiers. En 2007, à 16 ans, le météore de Medellín remporte les Championnats du Monde UCI en catégorie Cruiser (du BMX race avec des roues de 24 pouces) à Taiyuan, en Chine. Un an plus tard, elle conserve son titre en Australie, et remporte le Championnat du Monde junior (en catégorie 20 pouces).
Son premier titre senior, lui, tombe en 2011 à Copenhague. La médaille d'or aux Jeux de Londres, prévus un an plus tard, lui fait déjà de l'oeil.
Mariana en action à Londres en 2011

Mariana en action à Londres en 2011

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Un trésor national à Londres

Très logiquement adulée en Colombie, Mariana est tout simplement le porte-drapeau de son pays lors de la cérémonie d'ouverture des Jeux britanniques en 2012. Mais elle est, aussi, diminuée par une série de blessures. Ce qui n'empêche pas la jeune pousse de se montrer à la hauteur des attentes placées en elle et de décrocher la médaille d'or. La deuxième, seulement, de l'histoire colombienne aux Jeux. Une superstar est née.
Pajón, impératrice du vélo colombien

Pajón, impératrice du vélo colombien

© Maximiliano Blanco/Red Bull Content Pool

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La reine des fourmis

Si le surnom mainstream de Pajón est bien "la reine du BMX", elle porte également le sobriquet de "fourmi atomique" dans le milieu du BMX. Un surnom donné par Sarah Walker, abasourdie par la vitesse et les skills de la micro-colombienne de 11 ans lors d'une course hollandaise en 2003. Et, après tout, la Mariana adulte ne fait qu'1m57.
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Un titre mondial à la maison et une deuxième médaille d'or

Dans la foulée de son titre londonien, Mariana poursuit sa moisson de titres. Elle décroche ainsi quatre victoires mondiales (deux contre-la-montre et deux courses), dont l'une sur ses propres terres à Medellín, en 2016. Sur une piste qui porte son nom, qui plus est.
Puis, viennent les Jeux de 2016. Soutenue à Rio par un public majoritairement colombien (proximité géographique oblige), elle prend la tête de la course dès le premier virage et ne la lâche plus pour mieux devenir double championne olympique. Prends ça, la pression.
Pajón lors des Championnats du Monde de Rotterdam en 2014

Pajón lors des Championnats du Monde de Rotterdam en 2014

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Mariana Pajón, championne du monde chez elle en 2016

Mariana Pajón, championne du monde chez elle en 2016

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Mariana la superstitieuse

Comme bon nombre d'athlètes, Mariana a besoin de s'appuyer sur des croyances irrationnelles pour performer. Peut-être parce que son palmarès est surnaturel. Elle veille ainsi à toujours porter des chaussettes et des gants de deux couleurs différentes.
"Un jour, je me suis trompée en mettant mes chaussettes et je suis devenue championne du monde" explique-t-elle. "Je me suis donc dit que c'était peut être grâce à ça !"
Deux gants, deux couleurs

Deux gants, deux couleurs

© Maximiliano Blanco/Red Bull Content Pool

Un exemple ? En 2012, elle a décroché sa première médaille d'or en portant un gant noir, un gant blanc, une chaussette noire et une chaussette violette. La victoire, certes, mais avec du style.
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Le poids des blessures

18 fractures, neuf vis et deux plaques dans le poignet gauche : malgré ses succès, Pajón n'a pas toujours eu la vie facile sur le circuit. Saluer son talent ne suffit donc pas. Il faut aussi applaudir sa résilience.
Mariana, toujours à 100%

Mariana, toujours à 100%

© Mathew Valbuena/Red Bull Content Pool

Après s'être déchiré les ligaments du genou en 2018 lors d'une course de Coupe du monde aux Pays-Bas, elle a ainsi dû arrêter la compétition pendant neuf mois, mettant sa participation aux Jeux olympiques de 2020 en péril. Elle est malgré tout revenue à la compétition en 2019 avant de défendre ses deux titres à Tokyo en 2021, profitant (entre 17 guillemets) de l'année de pause pandémique.
"Je faisais partie des athlètes qui voulaient vraiment que les Jeux soient repoussés, parce que ça m'a donné le temps de me remettre" confirme-t-elle.
La fourmi atomique, plus explosive que jamais

La fourmi atomique, plus explosive que jamais

© Maximiliano Blanco/Red Bull Content Pool

Mariana sur sa propre piste à Medellín

Mariana sur sa propre piste à Medellín

© Gustavo Cherro/Red Bull Content Pool

Malheureusement, le triplé olympique n'est pas au rendez-vous à Tokyo pour Pajón, qui décroche cependant l'argent derrière la Britannique Bethany Shriever. Un très beau lot de consolation, donc.
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Plus qu'une pilote

Le secret de Mariana ? Celui de tous les grand(e)s athlètes du globe : du travail, de l'engagement et de la discipline. Le tout assaisonné de quelques aventures.
Ainsi, lorsqu'elle ne s'entraîne pas ni ne participe à une compèt, Mariana voyage aux quatre coins du monde avec son rider BMX de mari Vincent Pelluard et pratique le plongeon, le surf ou encore le ski.
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Le futur

À 31 ans, Mariana continue de travailler. Sa motivation ? Continuer à gagner et surtout décrocher une troisième médaille d'or. "Le futur appartient à celles et ceux qui croient en leurs rêves" a-t-elle dit un jour.
Mêlant travail en salle, focus technique sur les courses de BMX mais également cyclisme sur piste, Pajón a peut-être changé son approche de l'entraînement, mais l'essentiel demeure : elle gagne. Un exemple ? Sa 13ème victoire en Coupe du Monde à Bogotá en octobre 2022. Paris 2024 n'a qu'à bien se tenir.

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Mariana Pajón

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