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Comment Matt Jones a réalisé deux premières mondiales en VTT

Matt Jones, la star britannique du VTT slopestyle et de la série "Design & Conquer", révèle comment il s’est lancé dans le projet le plus ambitieux de sa carrière.
Écrit par Charlie Allenby
Temps de lecture estimé : 8 minutesPublished on
Alors que le VTT freestyle a longtemps vu les premières mondiales se multiplier lors des compétitions ou des tournages de vidéos, il est désormais beaucoup plus difficile pour un rider professionnel d’être l’auteur d’un "world first". Il ne suffit désormais plus seulement d’envoyer des doubles ou des triples rotations. Il faut désormais aller beaucoup plus loin, et ce à tous les niveaux. Alors, quand un pilote arrive à réaliser non pas une, mais deux premières mondiales, on applaudit. Et longtemps.
La dernière série de Matt Jones pour Red Bull TV, "Design & Conquer", réalisée en partenariat avec Ford, reflète exactement cet esprit. Elle nous permet de voir toutes les heures de préparation du rider britannique, ses échecs, sa souffrance et ses triomphes, après avoir notamment réussi le premier "running gainer" et le premier "hitching post flip to feet to front flip".
La star britannique du VTT slopestyle Matt Jones range son vélo dans son Ford Ranger Raptor.

Matt range son vélo dans son Ford Ranger Raptor

© Dave Mackison

Regardez le premier épisode de la série ci-dessus avant de lire l’interview de Matt Jones dans laquelle il revient sur les ressources mentales et physiques qu’il a dû déployer pour parvenir à réaliser ces deux figures.
Bravo pour ta nouvelle série, Matt. De quoi t’es-tu inspiré pour ce projet ?
Le rider britannique Matt Jones franchit un obstacle en VTT slopestyle pendant le tournage de la série "Design and Conquer".

Matt Jones sur le tournage de "Design and Conquer"

© Eisa Bakos

Matt voulait être le premier à réussir cette figure

Matt voulait être le premier à réussir cette figure

© Eisa Bakos

Pourquoi ne les as-tu pas essayées avant ?
Je voulais vraiment tenter de les faire dans une belle production et ne pas me contenter de diffuser les vidéos sur Instagram. Les étoiles se sont alignées et j'ai pensé que le moment était venu de m’entraîner pour ça et d’y arriver. C’est une idée que j’ai depuis longtemps et je savais que j’allais la réaliser. Mais j’étais un peu paranoïaque que quelqu'un la fasse avant moi. En fait, ce sont des figures de slopestyle que tout le monde aurait pu essayer. Et pourtant, une fois que je les ai tentées, je me suis rendu compte que c’était plus difficile que ce que j’imaginais.
Est-ce la première fois que tu as tenté une figure dans une piscine avant de la faire en réel avec ton vélo ?
Oui, ça m’a permis de m’entraîner avant de tenter réellement la figure. La piscine m’a vraiment été utile. J’ai pu me rendre compte que je pouvais envoyer mon flip en même temps que j’avançais sur la structure. Mais il fallut que je progresse pour pouvoir parvenir à mettre mes pieds sur les pédales et saisir une poignée tout en prenant en compte le poids du vélo. Ça m’a pris une éternité pour y arriver.
J’ai fait tellement d’essais pour parvenir à réussir mon "running gainer"... Et on ne les voit pas tous dans la série. J'ai pris tout le mois d'août pour filmer des vidéos YouTube et j’ai essayé la figure tous les jours. Je changeais la hauteur de la structure, je tombais sur mon airbag… Bref, j'ai tout essayé pour trouver le meilleur moyen de la replaquer. Je ne suis pourtant pas parvenu à en faire une avant de me rendre dans le Devon. J’ai pris mon airbag, je l’ai posé là-bas et j’ai réussi la figure le lendemain. Je ne la referai probablement plus jamais.
Jono et Matt en discussion avec Gee sur le Dyfi Bike Park

Jono et Matt en discussion avec Gee sur le Dyfi Bike Park

© Dave Mackison

Ton frère Jono était avec toi tout au long de tes entraînements.
C’était une aide précieuse qu’il soit là. Avec Jono, on a la même façon d’imaginer les figures. C’est bien d’avoir quelqu'un avec qui échanger et qui a la même vision que soi. Même si parfois, il a un avis différent du mien, c’est toujours intéressant de l’écouter. Il avait d’ailleurs plus de volonté que moi la plupart du temps, même si ce n’est pas lui qui a fait les tricks au final.
Kriss Kyle montre à Matt son spot préféré

Kriss Kyle montre à Matt son spot préféré

© Dave Mackison

Dans la série, on te voit également rendre visite à Gee Atherton et Kriss Kyle pour qu’ils te conseillent. Tu avais déjà roulé avec eux ?
Oui, mais je n’avais jamais vu Kriss à l’Unité 23. C'est sa deuxième maison. Il y a d’ailleurs vécu pendant quelques années. Là-bas, il est incroyable. J’ai toujours aimé accompagner les riders VTT sur leurs spots locaux. Mais voir Kriss à l’Unité 23, c’était un truc de malade.
Matt perfectionne son "body slide"

Matt perfectionne son "body slide"

© Eisa Bakos

Il t’a inspiré pour le body slide ?
Non, ça vient de moi, mais je pense qu’il pourrait peut-être tenter un trick de ce genre. C’était vraiment difficile. Ça n’a pas fonctionné comme je l’imaginais au début. Le force du contact engendré par le corps et le poids du vélo était assez dingue. Mais j’ai finalement réussi.
Gee Atherton a donné quelques précieux conseils à Matt

Gee Atherton a donné quelques précieux conseils à Matt

© Dave Mackison

Quels conseils Gee t’a-t-il donné sur le plan mental ?
C’est peut-être un cliché, mais savoir que vous avez déjà surmonté votre peur et vos doutes à un moment de votre vie signifie que vous pouvez le faire à nouveau. C’est comme ça que Gee fonctionne pour remporter des courses, et c’était super intéresser de parler avec lui.
J'avais beaucoup de doutes car je n’avais jamais tenté ces figures autrement que sur un airbag. Il a fallu que je crois à la possibilité d’y arriver. Je devais visualiser mes tricks dans ma tête. Tout cela m’a demandé plus d’engagement que je ne l’imaginais. Par ailleurs, il y a d’ailleurs beaucoup de tricks que l’on ne voit pas dans cet épisode de la série. Il faudra les mettre dans une prochaine vidéo. Mais je suis quand même ravi d’avoir réussi deux premières mondiales très créatives dans cet épisode.
Matt Jones sur le tournage de "Design and Conquer"

Matt Jones sur le tournage de "Design and Conquer"

© Eias Bakos

Était-ce plus difficile mentalement et physiquement que ton premier tournage pour "Frames of Mind" ?
Oui, car c’est moins un projet vidéo que le désir de montrer tout le processus nécessaire pour réussir ces figures. Filmer les coulisses de mes entraînements m’a mis plus de pression, car on me voit affirmer que je vais faire tel ou tel trick. J’étais donc obligé d’aller jusqu’au bout. Je devais tenir ma promesse.
"Faire un double flip au petit matin n'est pas un problème"

"Faire un double flip au petit matin n'est pas un problème"

© Eisa Bakos

Tu as également dû puiser dans ta force physique pour cet épisode. Comment te prépares-tu à ce genre de défi ?
Je me suis souvenu de "Frames of Mind". On peut anticiper au maximum, on ne sera jamais certain que les choses se passeront comme on l’imagine. En tout cas, rarement du premier coup. J’ai dû être patient, j’ai pris des claques, des coups. C’est dur d’accepter ça et de ne pas laisser la frustration vous envahir. J’ai voulu tout arrêter à plusieurs reprises. Je me demandais quand ça allait enfin passer. Chaque fois, il y avait un petit détail qui m’empêchait d’aller jusqu’au bout. Mais je devais me dire que la prochaine serait la bonne.
Cette figure est extrêmement technique. Je n’ai pas de problème à me dire le matin que je vais faire un double flip car je sais que je maîtrise ce trick. Mais là, c’est autre chose. Le "hitching post" consiste un peu à avoir la concentration d’un funambule et en même temps, l’engagement d’un base jumper. C’est comme jouer à la roulette russe. On ne sait pas si on va trouver le bon tempo. C’est une figure qui m’a demandé énormément pour trouver le bon équilibre entre engagement et concentration.
Et quand ça passe, ça a l’air fluide. Mais malgré tout mon investissement, le résultat était très aléatoire. J’essayais juste de faire un front flip que je ne pouvais pas poser. C’était difficile à appréhender. J’ai dû faire 350 tentatives quand la caméra tournait. Et j’ai dû en faire une centaine d’essais de mon côté. Je n’ai jamais travaillé aussi dur sur pour quoi que ce soit.
Matt a roulé à travers une bonne partie du Royaume-Uni pour cet épisode

Matt a roulé à travers une bonne partie du Royaume-Uni pour cet épisode

© Dave Mackison

Il t’a fallu deux trips pour poser enfin ton "hitching post". Avais-tu une pression supplémentaire lors de ton deuxième trip dans le Devon ?
Je savais que j’allais y arriver. Mais honnêtement, je pensais qu’on allait manquer de temps par rapport à toutes les tentatives dont j’avais besoin avant de réussir ma figure. Comme le tournage a eu lieu en hiver, le nombre d’essais possibles chaque jour était réduit. La terre boueuse m’obligeait également à nettoyer mon vélo, mes chaussures et mes pneus à chaque tentative. Je pouvais perdre de la confiance mais je n’ai jamais abandonné. Je savais que je réussirais.
Lors de ce voyage, j'ai même pensé que cela pourrait se poursuivre jusqu'en 2021. Et finalement, tout s’est mis en place d’une manière étrange. En règle générale, je tente un ou deux front flips sur une journée de tournage. Et là, j’en ai réussi six de suite. Quelque chose s’est débloqué. C’était bizarre. Je pense que je ne le referai plus jamais.
Penses-tu pouvoir refaire cette figure pour un autre projet vidéo ou une compétition ?
J’adorerais faire le gainer sur un run de compétition. C'est une sensation tellement forte de parvenir à monter sur le vélo en backflip sans les mains ni les pieds...
Et il y aussi un trick qui n’est pas passé, le 720 no hander to barspin. Il est toujours sur la table ?
C’est aussi un truc assez complexe, mais c’est une figure qu’un autre rider de slopestyle pourrait poser. Et je veux être le premier à le faire. Pour ça, il faut passer beaucoup de temps en l’air et la structure dans le Devon le permet. J'ai manqué de temps pour le 720 no hander to barspin, mais j’ai dit que je le ferai donc j’irai jusqu’au bout.

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Matt Jones

Matt Jones a émergé sur la scène VTT slopestyle en Grande-Bretagne alors qu'il était encore sur les bancs de l'école, avant d'exploser au niveau mondial en 2013 à 18 ans.

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