Il arrive que les pilotes de Formule 1 retournent à leurs premières amours. Et c'est exactement ce qu'il s'est passé lors "Honda Racing Thanks Day" où Max Verstappen a fait le show au volant d'un kart électrique, le projetant probablement deux décennies plus tôt, alors qu'il se rêvait déjà champion du monde de F1.
Car si Max Verstappen est devenu une étoile du sport néerlandais introduite au Hall of Fame et suivie chaque week-end par une marée « Oranje » acquise à sa cause, c'est dans la province du Limbourg, en Belgique, que son histoire personnelle débute. Né à Hasselt dans une famille droguée à la vitesse et collectionnant les distinctions dans la plupart des catégories du sport automobile, Max « pilotait déjà des kartings ou des quads avant de savoir lire ou écrire » raconte sa mère.
C'est sur la piste de Genk, baptisée « Home of Champions » et affichant fièrement son portrait et celui de son père Jos qu'il boucle ses premiers tours derrière un volant. Avec, déjà, l'aisance qui démarque les futurs grands. « Dès ses six ans, on a su que Max avait quelque chose de plus que les autres, rembobine le photographe Frits van Eldik, qui lui a consacré une exposition. On l'a vu contre-braquer, tenir la manette des gaz. Tout cela naturellement ». Même souvenir du côté de Paul Lemmens, l'historique propriétaire du circuit : « je me souviens d'une année où, sur 60 courses, il en a remporté 59 ».
Peu emballé par les études et passant la majorité de son temps à avaler les kilomètres sur piste ou à défaut sur PlayStation, Max ne tarde pas à convaincre son père, ancien coéquipier de Michael Schumacher comptabilisant 107 départs en F1 entre 1994 et 2003, de faire de lui son élève. Son « projet de vie », même. « J'étais content qu'il manifeste ce désir mais je ne me suis vraiment investi dans sa carrière que lorsque j'ai réalisé qu'il était doué. Sinon, nous aurions juste participé à des courses nationales pour le plaisir » rappelle Jos Verstappen au site Kartmag en 2014.
Dès le milieu des années 2000, son dévouement est total. Mais pour que Max devienne une « Racing Machine », le cadre est strict et l'emploi du temps militaire. « Qu’il pleuve ou qu’il fasse -2°C, on testait des choses, se rappelle Jos. Max n’avait pas le choix, il devait rouler. Parfois, il rentrait au stand les mains glacées. Je lui disais d’aller se réchauffer quelques minutes dans la camionnette, mais il ne revenait pas. Alors, j’allais le chercher et le forçais à rouler à nouveau. Il ne pouvait plus bouger ses doigts, mais je m’en fichais. Je cherchais à améliorer les moteurs, les châssis, je voulais savoir si on avait progressé. Ce n’était pas très drôle pour lui, mais ça lui a forgé le caractère."
Le week-end, armé d'un calepin en bord de piste, le paternel note tout : trajectoires empruntées, manœuvres réussies, actes manquées. Chaque session fait l'objet d'un long débriefing, car il a conscience que l'histoire s'écrit-là, sur cette piste de karting. Que les réflexes adoptés en piste aujourd'hui seront les manœuvres victorieuses de demain. Parfois, il sabote volontairement le bolide, afin de lui rendre la tâche plus difficile et améliorer sa compréhension du matériel. « C'est comme ça que j'ai appris l'utilité des différentes pièces de la voiture, explique le pilote Red Bull Racing au site officiel de la Formule 1. « Mais il me disait aussi : 'si tu ne ressens rien, ne mens pas' ».
Du paternel, Max Verstappen a surtout acquis la science du dépassement. Cette certitude qu'il est capable de prendre l'ascendant sur un concurrent n'importe où, n'importe quand. Comment ? En définissant à l'avance des portions du circuit où il a le « droit » de dépasser, mais aussi en l'affrontant roue contre roue lors de sessions riches en enseignement. Au micro d'ESPN, le champion du monde se souvient : « Mon père disposait d'un moteur plus rapide sur son kart, et on faisait 30 ou 40 courses de cinq tours, dit-il. Après cinq tours, la course se stabilise, mais lors des cinq premiers tours, vous apprenez beaucoup de choses (…) Parfois, j'essayais de le doubler et à cause du manque d'expérience, j'allais un peu trop loin et il me reprenait à la sortie. Sinon, j'essayais de passer par l'extérieur mais il me bloquait au milieu du virage. Ces courses m'ont beaucoup appris ».
Le travail de fond porte ses fruits. Après avoir collectionné les médailles au niveau local, Max Verstappen s'invite, à l'adolescence, dans les compétitions internationales. Il passe plusieurs années à sillonner l'Europe à l'arrière du van conduit par son père. « J'ai fait environ 400 000 kilomètres dans ce van Mercedes (…) c'était du boulot mais de très bons moments » assure Jos. Sur les grilles de départ, ses rivaux s'appellent Alexander Albon, Pierre Gasly, Charles Leclerc ou Esteban Ocon. Des jeunes pilotes pétris de talent, comme lui. Mais qu'importe : sa personnalité est déjà bien affirmée et sa confiance inébranlable. « On ne s'aimait pas trop parce qu'on fini plusieurs fois dans le bac à gravier » se souvient Gasly. « Max et moi, on ne pouvait pas se blairer quand on était petit » enchérit Leclerc. Les futurs cadors de cette génération dorée, biberonnés à la PlayStation et aux exploits de Schumacher et Alonso se partagent les trophées et attisent les convoitises.
Mais en 2013, tout s'accélère pour Max. Souhaitant se racheter de l'épisode de Sarno, où son crash évitable a provoqué l'ire puis le mutisme de son mentor de père, il enchaîne les performances de haut niveau. « Après Sarno, on a tout gagné » se souvient Jos dans le podcast Talking Bull. Il remporte deux titres européens dans les catégories KZ et KF, puis conclut la campagne victorieuse en s'adjugeant le titre mondial KF à Varennes, à 15 ans seulement et face à des pilotes bien plus expérimentés.
Ce jour-là, quatre tours lui suffisent pour prendre la tête de la course et ne plus la quitter. Il termine avec plus de trois secondes d'avance sur son premier poursuivant, un monégasque du nom de Charles Leclerc. Une saison parfaite qui le propulse, dès l'année suivante, en championnat d'Europe de Formule 3, marquant le début d'une ascension éclair vers la catégorie reine. « Le karting est terminé pour moi. Je n'ai pas l'intention de revenir pour une course ou deux, commente-t-il à l'époque. Ce qui m'intéresse, c'est rouler devant, pas faire de la figuration. » De la figuration, il n'en a jamais fait.