La veste à patches est un élément fondateur du look metal.
© Melchior Tersen
Musique

Metal : On vous dit tout sur la veste à patches

Ce que vous avez toujours voulu savoir sur la veste à patches sans jamais pouvoir le demander (le volume était trop fort).
Écrit par Lelo Jimmy Batista
Temps de lecture estimé : 6 minutesPublié le
Le Hellfest, ce n’est pas seulement, comme on a pu le voir dans Open The Doors : Hellfest, un line-up surréaliste, des concerts insensés, un cadre mirifique, une ambiance fraternelle et une absence totale de discussions sur Arno Schmidt, c’est aussi du style. Du style tout le temps, du style partout, du style pour moi, du style pour vous - principalement sous une forme immuable, inoxydable et inaltérable : la veste à patches.
Métal : La veste à patches parfaite.
La veste à patches parfaite
Élément fondateur du look metal, la veste à patches est plus qu’une simple pièce vestimentaire: c’est une armure, un talisman, un signe de ralliement, une torche dans la nuit. Directement inspirée par les gilets et les vestes des gangs de bikers nord-américains (introduits dès les années 30 par les Outlaws et les Hell’s Angels et popularisés à la fin des années 1960 par des bandes comme les Pagans, les Sons of Silence, les Warlocks ou les Bandidos), elle verra le jour dans les années 1970. Il faudra cependant attendre le début des années 1980 et l’explosion de la scène thrash aux États-Unis (qui, à l’instar du punk, a imposé une musique mais aussi une attitude et un look plus directs, naturels et spontanés) pour la voir régner sans partage sur la sphère metal. Traditionnellement composée sur un jean noir ou délavé (le cuir est également une option, même s’il est davantage usité dans les milieux punk), la veste à patches (également appelée «Battle Jacket», «Battle vest», «Cut Off» ou plus généralement «Kutte» - terme allemand désignant le froc des moines chrétiens) est à la fois le symbole d’appartenance à une famille et une formidable déclaration d’amour. Quoi de mieux en effet pour prouver son lien indéfectible avec une musique traditionnellement méprisée, discréditée et pointée du doigt, que de brandir ses couleurs fièrement, au nez et à la barbe de ses détracteurs ? Quoi de mieux pour faire acte de loyauté envers les siens, envers tous ceux qui ont traversé les mêmes épreuves que vous et qui partagent la même passion entière et absolue pour cette musique, que cette veste, assemblée au prix de nombreux et douloureux efforts ? Rien du tout, en vérité.
Une photo d'une veste à patches de qualité.
Veste à patches
Mais attention, si la veste à patches est le produit d’une fièvre et d’une exaltation pures et inaltérées, elle ne se fait pas non plus n’importe comment. Il y a certaines règles implicites à respecter. Ne pas mettre sur sa veste de patches d’un groupe dont on ne possède aucun disque ou qu’on a jamais vu en concert - ça semble évident. Éviter les mélanges de genre un peu trop cavaliers - Slayer et Queen ça se tient, Slayer et Green Day ça commence à piquer. Ne jamais vendre sa veste - une veste est une oeuvre strictement personnelle et vous ne pouvez en aucun cas porter la veste de quelqu’un d’autre. Seule exception : si elle vous a été légué par un membre direct de votre famille, dans quel cas vous devez continuer à la recouvrir de patches pour y apposer votre marque. Très important : vous devez coudre vos patches vous-même. Vous ne devez en aucun cas demander à quelqu’un d’autre de le faire pour vous. Enfin dernière chose, règle absolument cruciale : une veste à patches ne se répare pas - jamais. Un accroc ? Une déchirure ? Une manche qui part en lambeaux ? Peu importe. Continuez à la porter - le terme « Battle Jacket » n’est pas utilisé en vain.
Marque d’adoration et d’engagement, signe d’appartenance à une communauté et symbole d’individualité, la veste à patches a, comme à peu près tout ce qui est authentique, porteur de sens et vieux de plus de 5 ans, été récupérée et mise à sac par la mode. Et on doit l’exemple le plus funeste, mais aussi le plus drôle, de cette appropriation, comme souvent, à H&M. Après avoir vulgarisé et uniformisé la mode, ouvert des portes de communication directe avec l'enfer aux quatre coins de la planète et recyclé la pop culture au point de faire des T-shirts Ramones, Motörhead ou Slayer des items encore plus férocement ordinaires que les Stan Smith, la marque suédoise a franchi un nouveau palier vers le grand carnaval des enfants-lune en commercialisant au printemps 2015 une série de T-shirts et des patches (pré-cousus sur des bombers ET des jeans - double faute) à l’effigie de groupes totalement fictifs. C’était toutefois sans compter sur la réactivité et l’ingéniosité des (vrais) fans de metal : Henri Sorvali, clavier des groupes Finntroll et Moonsorrow, s’est en effet amusé, quelques jours après le lancement de a collection, à répandre sur internet les (faux) enregistrements et (fausses) biographies des (faux) groupes figurant sur les articles H&M, allant jusqu’à transformer l’un d’entre eux en groupe de NSBM (National Socialist Black Metal), causant une panique totale chez les chargés de communication de la marque. Un gigantesque trollage à travers lequel Sorvali a « voulu montrer qu’il était impossible de vendre une contre-culture, surtout quand on n'y connaît rien, (…) mais surtout montrer que la culture metal n’est pas seulement un truc cool, jetable, qu'il y a énormément de choses derrière, des choses plus profondes, qui signifient beaucoup pour des tas de gens et qui vont au-delà des gimmicks que les marques comme H&M essayent de récupérer. »
Musique : Un magnifique mur de patches.
Mur de patches
Une solution nettement moins insultante et bien plus efficace existe cependant pour les novices qui souhaiteraient se frotter à la kutte culture sans s’esquinter les doigts : Killing Technology, seul et unique ouvrage paru à ce jour sur le sujet et signée du jeune photographe parisien Melchior Tersen. 
La couverture du livre Killing Technology, de Melchior Tersen.
Killing Technology
Ni pose, ni voyeurisme dans ce pavé de 500 pages regroupant 7 ans de photos prises en concerts et festivals (principalement au Hellfest, d’ailleurs) et dans lequel vous ne trouverez ni historique, ni anecdotes - juste un court paragraphe signé Iggor Cavalera (ex-batteur de Sepultura et producteur electro sous le nom de Mixhell) qui résume en quelques lignes tout ce qu’il faut connaître sur le sujet : « Un jour dans les années 80, mon frère Max et moi avons été sauvés par nos vestes et nos patchs. C'était dans un quartier louche de Sao Paulo, après un concert de hardcore (…) On a été repérés par une bande de metalleux et de punks. Ils étaient sur le point de nous sauter dessus, quand l'un d'eux a dit: « attends, ces mecs portent des super vestes » (…) Ce qui compte ce n'est pas forcément la famille où on est né, mais la tribu dont on devient membre. Affichez vos couleurs... Portez-les avec fierté ! »