Nous avons décidé de découper son parcours en six afin d'avoir une vue d'ensemble des exploits de ce pilote hors du commun.
Sa 50e course – GP d'Europe 1994 : Circuit de Jerez de la Frontera
La longue carrière de Schumacher a souvent été encensée d'un parfum de controverse mais c'est sans aucun doute lors de la saison 1994, l'année de son premier titre F1, que cette odeur a été la plus caustique. Après les disparitions d'Ayrton Senna et de Roland Ratzenberger, le pilote allemand se fait remarquer en tant que nouveau grand talent de la F1. Il remporte six victoires sur les sept premières du championnat mais attise les doutes dans les paddocks et son équipe, Benetton est rapidement accusée d'utiliser un antipatinage non réglementaire.
Schumacher fait son retour au Grand Prix d'Europe, où il reprend rapidement là où il s'était arrêté
Cette impression que son équipe se joue des règles est aiguisée par Schumacher lui-même, lorsqu'il est pénalisé pour un dépassement non réglementaire sur la pole position Damon Hill, lors du tour de chauffe du Grand Prix de Grande-Bretagne. Schumacher n'étant pas retourné aux stands pour subir sa pénalité, il fait se lever le drapeau noir, qu'il ignorera aussi. Son équipe arrondira les angles avec les commissaires de course, en argumentant que le signal de la pénalité n'avait pas été donné clairement.
Quelques semaines plus tard, les choses prennent de l'ampleur lorsque Schumacher se voit interdire deux courses, à savoir le Grand Prix d'Italie et le Grand Prix du Portugal, en plus de ses disqualifications aux Grands Prix de Grande-Bretagne et de Belgique, à cause d'un plancher trop endommagé.
Schumacher fait son retour au Grand Prix d'Europe, où il reprend rapidement là où il s'était arrêté, c'est à dire avec une pole position au volant de sa Benetton. Il est dépassé par Damon Hill dès le départ mais il reprend vite son avantage après son premier arrêt. Un avantage qu'il creuse lorsqu'on se rend compte que Williams a sous alimenté la monoplace de Hill en carburant. Le pilote anglais sera vite obligé de faire un deuxième arrêt, laissant Schumacher filer confortablement vers la 10e victoire de sa carrière.
Vidéo :Le Grand Prix d'Europe 1994.
Sa 100e course – GP du Luxembourg 1997 : Nurburgring
À nouvelle saison, nouvelles frasques pour le feuilleton Schumacher qui termine sur un écart de conduite au sens propre, lorsque le pilote allemand tente de pousser Jacques Villeneuve hors de la piste à Jerez, pour l'empêcher de remporter le titre. À la suite de quoi, Schumacher sera banni du classement de la saison.
Ce geste désespéré est le résultat d'une bataille becs et ongles contre Villeneuve tout au long de la saison. Au départ du curieux Grand Prix du Luxembourg (une exception au calendrier F1 lors des saisons 1997 et 1998), Schumacher avait un avantage d'un point sur Villeneuve, tandis qu'il ne restait que trois Grands Prix à courir.
Les choses avaient commencé à tourner au vinaigre pour Michael lors des qualifications quand le pilote allemand n'a pu se placer que cinquième sur la grille, en admettant qu'il avait tout de même tiré le maximum de sa voiture. Villeneuve, quant à lui, était en première ligne, juste derrière la pole position tenue par Mika Hakkinen.
C'est dommage que je me sois accroché avec mon frère
Si les qualifications avaient des airs de tragédies, la course aura été grotesque. Incapable de tenir à tête à Hakkinen, Villeneuve laisse le Finlandais profiter de sa première position et prendre la tête. David Coulthard réalise un bon départ, au volant de sa McLaren et passe deuxième, devant Villeneuve.
Derrière eux, Giancarlo Fisichella (chez Jordan, à l'époque) réalise un mauvais départ et se retrouve sur la trajectoire de Schumacher. La Ferrari et la Jordan se lancent alors dans un coude-à-coude acharné sans se rendre compte que la deuxième Jordan, pilotée par le frère du champion allemand, Ralf Schumacher, se rapproche à grande vitesse. Michael tente de se sortir de l'étau Jordan qui se resserre jusqu'à la collision, sur le Virage 1. Dans l'accident, Ralf percute son frère, qui continue malgré tout, mais qui devra abandonner la course un tour plus tard, à cause des problèmes de suspensions causés par cet accrochage.
« C'est dommage que je me sois accroché avec mon frère mais ce n'est la faute de personne en particulier. Ce n'était pas fait exprès, ce sont les aléas des sports automobiles, » déclare un Micheal Schumacher magnanime, après la course. Une bonté d'esprit que n'est en fait, qu'un masque.
Sur la piste, Villeneuve remporte une victoire chanceuse et creuse l'écart au classement, après un abandon des deux McLaren. Face à la supériorité de Williams, Schumacher voit ses chances de titre anéanties.
Sa 150e Course – Le Grand Prix d'Espagne 2001 : Circuit de Catalogne
Tous les pilotes qui ont une pléiade de titres à leur actif en doivent au moins un ou deux à la chance. Dans le cas de Schumacher, on peut dire que son titre de 2001 reste le plus chanceux. Sur le Circuit de Catalogne, le pilote allemand enregistre le meileur chrono de la deuxième séance d'essais ainsi qu'en qualifications. Il semble alors imbattable lorsqu'il s'élance depuis la pole, rapidement à quatre secondes devant Hakkinen.
Mais le Filandais reprend son dû lors que Schumi est aux stands et rebelote quand Hakkinen stoppe sa McLaren. L'issue de la course semble alors jouée d'avance.
Cependant, les choses ne sont pas si évidentes sur un circuit F1... La légende allemande s'arrête une deuxième fois et laisse son adversaire finlandais passer. Stimulé par cette avance et son équipe qui lui ordonne de pousser à fond, Hakkinen laisse Schumi dans les choux.
Lorsque la Ferrari de Rubens Barrichello montre des signes de faiblesse et flanche, la Scuderia avertit Schumacher qu'il va devoir être prudent. La victoire semble prendre le large tandis qu'Hakkinen continue de mettre les voiles.
Mais la course prend un tournant inattendu sur les deux derniers tours. La McLaren est à des lieues en tête et tout le monde met déjà le champagne au frais pour ce qui semble être la 19e victoire de Hakkinen, mais lorsque que le Finlandais passe la ligne de son dernier tour, sa monoplace refuse de répondre et s'arrête net. C'est avec un moteur fichu que Hakkinen est forcé d'abandonner, à quelques virages du titre et forcé de voir Schumacher s'emparer de son 47e trophée en F1.
Le pilote allemand admettra tout de même qu'il remporte une victoire peu glorieuse et ira témoigner de toute sa sympathie à Hakkinen. « Je suis allé le voir parce que ce n'est pas une façon de remporter un titre, » expliquait-il. « Mais ces choses-là arrivent en course automobile, ça m'est déjà arrivé, aujourd'hui c'était au tour de Mika. »
Sa 200e Course – Grand Prix d'Espagne 2004 : Circuit de Catalogne
À moins que vous ne soyez Michael Schumacher ou un des membres de la Scuderia Ferrari, la saison F1 2004 est certainement un de vos souvenirs les plus fades. Schumacher et Ferrari avaient remporté les quatre titres précédents, chez les pilotes comme chez les constructeurs, et tout le championnat espérait que quelqu'un empêche Schumi de remporter son septième titre. Ce quelqu'un ne s'est jamais présenté.
Tout le monde a su qu'on verrait rouge (un rouge Ferrari) pendant toute la saison dès les premiers essais d'Australie, lorsque Schumacher creuse un écart de deux secondes sur son premier rival hors de son équipe. Un avantage impressionnant lorsque l'on sait que la Scuderia était en train d'essayer différents programmes.
La saison F1 2004 est certainement un de vos souvenirs les plus fades
Après avoir remporté les quatre courses de la saison avec une aisance déroutante, Schumacher arrive en Espagne toujours insatiable. Il n'est déjà pas rare que le Circuit de Catalogne impose des courses soporifiques, mais cette course de 2004 s'avère être un modèle du genre. Du moins pour les spectateurs dans les gradins ou sur leurs canapés.
Schumi révèlera le contraire par la suite en expliquant qu'à cause d'un trou dans son échappement sur la majeure partie de la course, sa 75e victoire aura été un défi « très difficile mentalement ». Au vu de cette révélation, les spectateurs, à moitié endormis, se sont tous demandé si la Scuderia n'avait pas fait exprès de percer l'échappement de la monoplace Ferrari pour rendre les choses un peu plus palpitantes pour leur pilote phare.
Sa 250e course – Grand Prix du Brésil 2006 : Interlagos
Comme pour finir sur un chiffre rond, la 250e course de Schumacher aura aussi été celle de sa retraite, enfin de sa première retraite. En début de saison, le pilote allemand avait été pris dans une bataille pour la tête du classement avec Fernando Alonso (chez Renault) mais la saison touchant à sa fin, l'Espagnol commence à lâcher prise, et suite à un Grand Prix du Japon lors duquel Schumacher devra abandonner pour cause de panne moteur, Alonso lui concèdera une avance de 10 points.
Ce ne fût pas dramatique, sachant que pour que pour bouleverser les choses, Alonso devait ne pas gagner au brésil et Schumacher, au contraire, l'emporter. Sur le Circuit d'Interlagos, les espoirs maigres de Schumacher seront détruits lorsqu'un problème technique le cloue sur la 10e place de la grille. Alonso, lui, part quatrième.
Le pilote Renault réalise une course brésilienne sans faute, évitant tous les dangers du départ pour finir deuxième. Schumi laisse filer son huitième titre, en réalisant tout de même sur une superbe course d'adieu.
Au départ, le géant allemand prend l'intérieur et se fixe sur les talons des BMW de Robert Kubica et Nick Heidfeld, qu'il dépasse aisément avant de s'offrir la septième place. Même une crevaison et une sortie de la voiture de sécurité n'empêcheront pas la progression d'un Schumacher presque à la retraite.
C'est avec un réservoir plein et sur un nouveau jeu de pneus que le pilote allemand se lance vers une percée du peloton, agressive mais toute en contrôle. Sa F2004 traverse l'arrière du peloton, passe Kubica une nouvelle fois, puis Giancarlo Fisichella. Schumacher se retrouve cinquième, sur les talons de Kimi Raikkonen. Son adversaire McLaren repousse les assauts avec courtoisie mais à bord de son Cheval Cambré, Schumacher s'engouffre dans une faille et désarçonne la McLaren.
Le septuple Champion du Monde se retire sur une course impressionnante, démontrant ses plus grandes vertus, à savoir le rythme, la ténacité, l'agressivité et la rage de vaincre. Et lorsque l'on croyait voir ses dignes héritiers sortir de l'ombre, le grand Schumi est revenu.
Vidéo :Grand Prix du Brésil 2006