WRC

Michèle Mouton, à jamais une exception

© Getty Images
Écrit par Ruben Curiel
En 1981, Michèle Mouton remporte le Rallye Sanremo. Encore aujourd’hui, elle est la seule femme à avoir remporté un rallye WRC. Portrait d’une légende.
Portrait de la pilote française Michèle Mouton vice-championne du monde des rallyes en 1982.
Michèle Mouton, légende du rallye
Parfois, les destins tracés sont faits pour être totalement chamboulés. Née à Grasse en 1951, Michèle Mouton rêve de travailler dans le social, aux côtés des jeunes en difficulté. Mais un père passionné d’automobile et une 2 chevaux vont tout changer. C’est dans le baquet d’une voiture de course que Michèle Mouton va écrire l’histoire. Une après-midi de 1981, la française va devenir la première femme à remporter un rallye. Retour sur le parcours d’une légende.

Une 2 chevaux et une Audi

Comme pas mal d’adolescents, Michèle Mouton apprend à conduire avec l’aide de son père. À 14 ans, il lui laisse les manettes de sa 2 chevaux qu’il chérit tant. Elle raconte, dans les colonnes du Monde : « J'ai commencé à conduire dès mes 14 ans, car mes parents avaient des cultures de rose et de jasmin dans le sud de la France, où il y avait beaucoup de petits chemins ». Rapidement, elle prend goût à la conduite, y voyant une forme de liberté : « J’ai toujours aimé les voitures. Pour moi, ça représente l’indépendance et la liberté. Il faut savoir que je n’ai jamais voulu devenir pilote de rallye. Mais jamais ». Comment en arrive-t-on la ? « Mon père trouvait que j’avais du talent, et il a décidé de m’acheter ma propre voiture, une Renault Alpine A110. En même temps, un ami faisait du rallye à un niveau amateur. Je suis allé le voir en Corse. Il ne s’entendait pas bien avec son co-pilote donc il m’a proposé de prendre sa place ». Le père se rend vite compte que sa fille a du talent. Et lui pose un ultimatum : « Il m’a dit : ‘Je sais que tu aimes conduire. Je suis prêt à t’acheter une voiture de course et payer pour une saison. Si tu es assez talentueuse, tu devrais vite obtenir des résultats’ ». Un coup de pression efficace puisqu’au volant de sa nouvelle Fiat, Michèle Mouton enchaine les sacres dès l’année 1974, avec notamment les titres de championne de France des critériums en GT série 1974, celui de championne de France en groupe 3 la même année, et trois titres de championne de France féminine. Puis un coup de téléphone venu d’Allemagne va tout changer.
La championne de rallye Michèle Mouton vainqueur de la course Pikes Peak en 1985.
Michèle Mouton a affronté les graviers

Sanremo, la consécration

À l’autre bout du fil, un responsable d’Audi. Avec une proposition claire : rejoindre la team allemande pour disputer les Championnats du Monde de rallye. Evidemment, Michèle Mouton n’hésite pas une seconde. Dans sa Quattro, avec Fabrizia Pons en tant que co-pilote, la native de Grasse va révolutionner la discipline en devenant la première femme pilote en WRC. « Je comprends pourquoi j’étais une attraction, étant la première femme dans les championnats. Mais je détestais quand un journaliste me demandait de sourire pour la photo à la fin d’un rallye. Je leur répondais : Ok, va chercher Blomqvist ou Mikkola, demande-leur de sourire aussi, et reviens vers moi ». Oui, un caractère bien trempé.
Michèle Mouton, première femme pilote en rallye WRC, en Audi Quattro S1 à Pikes Peak en 1985
L'Audi Quattro S1 Groupe B de Michèle Mouton
Son rendez-vous avec l’histoire commence en Italie. Lors du rallye Sanremo 1981, Michèle Mouton termine première devant Henri Toivonen et Ari Vatanen. « C’est ma première victoire en championnat du monde, à un tel niveau. Quand tu gagnes pour la première fois, tu gagnes en confiance » se souvient-elle. Un an plus tard, Michèle Mouton remporte trois rallyes (Portugal, Acropole et Brésil) et lutte pour le titre final en WRC. Une ascension incroyable, stoppée par un drame. Avant le rallye de Côte-D’ivoire, elle apprend le décès de son père. Elle participe tout de même à la course, mais finit à 14 points du classement général de la saison, derrière Walter Röhrl. Après plusieurs saisons et quelques passages aux 24 heures du Mans et au Pikes Peak, Michèle Mouton prend finalement sa retraite en 1987, après le décès de son ami et pilote, Henri Toivonen.
Celle qui est surnommée « le beau volcan noir » par la presse – pour son caractère difficile et ses longs cheveux noirs, selon elle – n’a jamais abandonné le monde de l’automobile. Michèle Mouton, icône du rallye mondial refuse aussi d’insister sur le caractère exceptionnel de sa carrière. Elle affirme n’avoir eu aucun problème dans un sport où peu de femmes se sont imposées. Plus de vingt ans après son exploit, elle reste cependant une pionnière, une exception. Aujourd’hui, elle se consacre à la sécurité des rallyes, en tant que manager général du WRC. C’est toujours difficile de lâcher le volant.
Michèle Mouton dans sa voiture Audi Quattro au Rallye de Monte-Carlo WRC en 1983.
Michèle Mouton dans sa Quattro en 1983
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