“C’est dur, très demandant, amusant, fatiguant… ça peut t’apporter de la fierté, de la tristesse, de la colère, tout est entremêlé…”
On pourrait penser qu’il s’agit d’une description de la vie d’un pilote de MotoGP™... Mais Miguel Oliveira fait en fait référence à sa récente paternité.
Autant être honnête, ce format “72 heures avec” est très différent de celui fait précédemment avec Jorge Martín. À l'époque, l’Espagnol avait remporté le GP d’Allemagne. En Autriche, celui qui totalise 5 victoires en Grands Prix n’aura pu terminer ni la course ni le sprint. Une déception, même si le Portugais n’est fautif sur aucun des deux incidents.
Oliveira a, sans aucun doute, été l'un des pilotes les plus malchanceux de la saison 2023 de MotoGP™. Pendant la première course, à la maison, il a été fauché par un concurrent alors qu’il était à la lutte pour le podium. Cette chute l’a empêché de courir la semaine suivante à cause d’une blessure au genou. Après une cinquième place aux États-Unis lors de son retour aux affaires, il s’est disloqué l’épaule sur le Grand Prix d’Espagne. Une nouvelle fois, il a été renversé par un autre pilote. Il a ensuite manqué Le Mans pour soigner ses blessures…encore.
Les différentes périodes de récupération et les soucis mécaniques de sa moto ne lui auront finalement permis de ne participer qu’à deux courses en une demi-saison.
Après la pause estivale, une once d’espoir persistait. Le numéro 88 avait réussi une remontée colossale au Royaume-Uni : partant en 16e position sur la grille de départ, il avait terminé à la 4e place. Enfin, la chance avait tourné.
Pas du tout. Au premier tour du sprint de ce samedi en Autriche, une collision impliquant plusieurs pilotes l’a forcé à l’abandon. Dimanche, c’est un problème technique qui l’a obligé à garer son Aprilia dans les stands.
Miguel Oliveira tente de penser au positif après sa chute en Autriche
© Gold & Goose/Red Bull Content Pool
Voilà comment ça se passe en MotoGP™. Heureusement, Miguel a ouvert un nouveau chapitre dans sa vie qui lui permet de se sortir l’esprit des épreuves liées à sa vie d’athlète : la paternité.
“Si on gère la paternité comme on est censé le faire, en prenant réellement soin de son enfant, en étant là pendant la nuit et en aidant sa femme pour les tâches quotidiennes, on devient un dur” dit-il alors que nous sommes installés dans l’espace d’accueil de l’équipe, avec sa femme Andreia et Alice, leur fille d’un an à la table d’à côté.
“J’ai vu en Aprilia une famille et une équipe qui pourrait m’accompagner dans ma progression à mon rythme.”
Ces dernières années, les paddocks du MotoGP™ ont connu un baby boom. Pas moins de sept athlètes sont aujourd’hui jeunes parents, dont trois d’entre eux au cours des deux saisons précédentes.
Un vieil adage estime que : “chaque enfant coûte une demi seconde par tour”. Oliveira est loin d’être d’accord, c’est aussi le cas des autres pilotes. La résilience et le recul que peuvent apporter la paternité constituent un avantage compétitif certain. C’est idéal quand un pilote fait face à une saison aussi compliquée que celle de Miguel.
Le monde de la course est sans pitié. Il grignote petit à petit la motivation des pilotes d’une myriade de façons différentes. Dans la majorité des cas, “devenir un champion du monde” représente une motivation suffisante. D’autres ont besoin de plus, d’un second ou troisième facteur pour arriver à garder la flamme. C’est le cas de Miguel Oliveira, qui est pour de nombreux analystes l'un des meilleurs pilotes du circuit à n’avoir pas encore remporté de titre majeur dans aucune des trois catégories.
Une affirmation à laquelle il s’est contenté de répondre : “Ah oui, c’est vrai.” Avant de s’esclaffer.
En 2015, il a terminé deuxième en Moto3. En 2017, il arrive troisième au classement général de Moto2. L’année suivante, il était à nouveau en seconde position, à seulement 9 points du leader. Peu de pilotes sont arrivés si proche sans remporter la couronne.
“À l’époque, ça me rendait vraiment furieux. Être si proche et si loin à la fois. J’aurais fait certaines choses différemment mais je n’ai aucun regret, j’ai fait tout ce ce que j’ai pu avec toutes les connaissances que j’avais à l’époque.”
Est-ce qu’il en garde une certaine rancœur, d’être passé à côté de ces titres ?
“Je pense qu’un titre aujourd’hui viendrait valider ce que je pense et l’opinion qu’ont les autres de moi (sic. qu’il est le meilleur pilote à n’avoir jamais remporté de titre majeur).”
S’il est aussi confiant, c’est qu’il a déjà prouvé qu’il en avait les capacités.
Sa première victoire en Autriche en 2020 s’est décidée lors d’un dernier tour haletant, en dépassant à l’arrachée Jack Miller et Pol Espargaro.
Pour se hisser une seconde fois sur la plus haute marche du podium, il a dû faire face à une pression maximale, chez lui, au Portugal.
“Je me souviens qu’à l’époque c’était une opportunité énorme de pouvoir gagner chez moi, d’autant qu’il n'était pas sûr qu’il y aurait une course au Portugal la saison suivante.”
“Donc quand vous avez cette chance, vous vous dites : je vais la saisir."
"Le titre ne m’intéresse pas, je vais mettre toute mon énergie dans la course et fumer tout le monde. Et c’est plus ou moins ce qui s’est passé.”
Un pôle position, un départ parfait, il n’a pas raté un seul point de corde de tout le circuit : une victoire de rêve. Seul hic, aucun fan n’était présent (pandémie oblige), Miguel a tout de même fait la une de tous les médias du pays le lendemain.
Pression incroyable, intégrée et recrachée pour produire les meilleures courses. Les autres, les meilleurs de ce sport, n’en sont parfois pas capables, comment est-ce possible ?
“Je suis une personne qui aime tout garder sous contrôle. Une fois que je suis lancé, il est très rare que je sorte de piste ou que je fasse une erreur parce que je sais ce que je fais, vous voyez ce que je veux dire ?”
Il a effectué des performances similaires à Barcelone l’année suivante, en Indonésie, en Thaïlande, parfois dans des conditions difficiles avec une degré d’humidité élevé. Chaque fois, il "les as fumé."
Ce n’est pas suffisant pour Miguel. Gagner un Grand Prix de MotoGP™ est une chose, c’en est une autre d’ajouter son nom à la Tour des Champions en fin de saison. Ces différentes courses prouvent que le Portuguais a les qualités, mais jusqu’ici, il lui a manqué quelques pièces, comme la capacité d’être un peu moins en contrôle et de déléguer.
“Ça peut parfois se retourner contre moi et ça m’empêche de montrer tout ce que j’ai. Je travaille dessus, j’essaye de changer un petit peu.”
Avoir de meilleurs résultats durant les qualifications pourrait avoir un gros impact, puisque les positions sur la grille de départ se répercutent grandement sur le classement final.
“Un des trucs c’est que les tours vont si vite aujourd’hui. Ce n’est pas comme si j’avais deux secondes de retard.. Aujourd’hui, on est sur 2 ou 3 dixièmes d’écart. Ce sont des petits gains qu'on peut obtenir ici et là. C’est une question de mentalité, rien de technique que je ne sois pas capable de faire. C’est l’obstacle principal que je dois essayer de surmonter.”
Une fois sur la piste, les choses ne se passent pas toujours comme prévu
© Gold & Goose/Red Bull Content Pool
La moto et l’équipe peuvent aussi, involontairement, faire partie des points à améliorer. On l’a vu avec Acosta, Martin ou Arbolino. Après avoir perdu son siège chez KTM pour la saison, il est parti chez RNF sur une Aprilia.
“J’ai vu en Aprilia une famille et une équipe qui pourrait m’accompagner dans ma progression à mon rythme.”
“Je ne suis pas du genre à viser des places en fonction du salaire. Si je pensais que la moto n’était pas compétitive, je n’aurais pas signé. Si je trouve une moto compétitive dans une équipe secondaire, quel que soit le salaire, je signe. C’est pour ça que je suis là.”
Avec l’infortune qui a caractérisé le weekend de l’équipe en Autriche, ladite ambiance familiale s'est faite évidente. Chaque membre essayant de soutenir les autres.
Un seul visage, dans le box de l’équipe, semblait ne pas comprendre les luttes et les doutes qui transparaissaient sur les regards des membres d’Aprilia. Après une journée de travail difficile, Miguel devait s’atteler à son deuxième emploi : être le père d’Alice.
Les chances de titre sont oubliées pour cette année, mais ce n’est pas un problème.
Sans aucun doute, la paternité permet de mettre au second plan les difficultés rencontrées sur la piste. De là à estomper le feu intérieur et le désir de remporter le titre mondial ? Aucune chance.
“Ce sport est trop court pour les regrets, je pense avoir la bonne approche donc, tôt ou tard, ça finira par payer.”