MotoGP

De l’importance de la préparation physique en MotoGP

© Gold & Goose/Red Bull Content Pool
Si la performance de la machine est primordiale en MotoGP, la condition physique du pilote l’est tout autant. On vous explique comment se préparent ces athlètes en compagnie du coach de Johann Zarco.
Écrit par Michel TurcoPublié le
Avec l’accroissement des performances des motos et l’augmentation du nombre de Grands Prix, le MotoGP est devenue une compétition particulièrement exigeante pour les pilotes. Les organismes y sont soumis à rude épreuve. « Aujourd’hui, un championnat, ce sont vingt week-ends de course, détaille Romain Guillot, le préparateur physique de Johann Zarco. Cette année, du fait du Covid, on est descendu à quatorze, mais avec une intensité accrue. Rien que sur la dernière partie de la saison, on se retrouve avec neuf Grands Prix en onze semaines. Il faut encaisser le rythme, anticiper les risques de blessures… »

Un cardio de feu

Sur un week-end de compétition, les pilotes participent à quatre séances d’essais libres de pratiquement 45 minutes chacune, plus les qualifications, le warm up et la course. « Sur la moto, le rythme cardiaque oscille entre 160 et 170 battements par minute, souligne Romain. Cela peut aller plus haut si le pilote n’est pas à l’aise, ou plus bas s’il est en pleine maîtrise. Pour rester lucide en fin de course, mieux vaut garder de la marge et ne pas monter trop haut en régime. » D’où l’importance de travailler la résistance et l’endurance fondamentale. « Il faut avoir une puissance aérobie importante pour être capable de monter haut dans les tours quand le besoin va se faire sentir. »
Johann Zarco en action
Johann Zarco en action

En force, mais aussi en souplesse

Si le cardio est essentiel, la préparation musculaire ne doit pas être laissée de côté. « Il faut de la force sur le plan isométrique pour tenir la moto avec les jambes et le tronc, note l’entraîneur du pilote Ducati. Une MotoGP, c’est une moto de 160 kg pour 280 chevaux qu’il faut emmener d’un virage à l’autre en faisant des mouvements intenses et fréquents. »
La souplesse doit, elle aussi, être travaillée pour optimiser la position du pilote sur la moto et limiter les risques de blessure en cas de chute. « C’est l’une des grandes forces de Marc Marquez, assure Romain Guillot. Malgré un nombre de chutes très élevé, son hyperlaxité lui a souvent permis d’éviter la casse. »

Vélo, apnée et gymnastique

Résistance, endurance, force isométrique, souplesse… Comment optimiser tout cela ? « Il n’est pas facile de mettre en place un programme d’entraînement quand la saison est lancée. Au rythme où les courses s’enchaînent, on ne peut faire que de l’entretien. En revanche, la préparation hivernale est importante. Avec Johann on fait beaucoup de vélo car c’est une activité sportive qui permet de travailler le cardio à des fréquences variées. On peut faire une sortie longue sur du plat sur un rythme faible pour travailler l’endurance ou aller grimper un col pour travailler sur des fréquences plus élevées. La course à pieds est aussi une activité intéressante. Un Grand Prix, c’est quarante-cinq minutes. Une sortie de 10 km à fond permet de se rapprocher de l’effort cardiaque qui est demandé sur la moto. Pendant la saison, on adaptera tous ces exercices au ressenti du pilote et aux besoins du moment. »
Pour ce qui est du travail musculaire, il existe de nombreux chemins pour atteindre le même objectif. Johann Zarco qui, du temps du Moto2, avait pour habitude de fêter ses victoires avec un salto arrière exécuté sur le bord du circuit, a toujours privilégié l’entraînement de type gymnaste ou “street workout”. « On utilise beaucoup les barres asymétriques pour le gainage, explique Romain. On fait beaucoup d’exercices à poids de corps qui nécessitent un recrutement maximal des fibres musculaires. C’est également intéressant de travailler avec des prises qui se rapprochent de ce que peut être un guidon. C’est à la fois ludique et très spécifique. »
Depuis deux ans, Johann Zarco a ajouté à son entraînement la pratique de l’apnée. En compagnie de Stéphane Mifsud, recordman du monde en apnée statique, le double champion du monde Moto2 a découvert les vertus d’une pratique qui lui permet d’habituer son corps à travailler sans oxygène. « Sur la moto, on a pas mal de phases de pilotage durant lesquelles on arrête de respirer, explique-t-il. Ce manque d’oxygène crée une fatigue musculaire qui peut se traduire notamment par des problèmes aux avant-bras. S’y préparer est très intéressant. » Au-delà de toute cette préparation physique, les pilotes MotoGP s’évertuent à travailler comme ils le peuvent le cognitif afin de pouvoir accélérer leurs prises de décision sur la moto. « On essaie de développer la vision périphérique, confie Romain Guillot. Ça peut se travailler avec des ordinateurs, ou des activités plus ludiques telles que le squash. »
Finalement, le plus compliqué pour un pilote, c’est de ne pas pouvoir pratiquer sa propre discipline aussi souvent qu’il l’aimerait. « Les séances d’essais sont limitées, on ne peut pas s’entraîner avec notre moto de course, regrette Zarco. Alors on essaie de compenser le déficit de roulage avec d’autres disciplines, telles que le Supermotard, le Flat-track ou le motocross. De mon côté, j’évite le tout-terrain pour limiter les risques de blessures. » Pour Romain Guillot, il est important de s’adapter aux besoins et aux envies de son pilote. « Il n’y a pas de méthode idéale, conclut le préparateur physique. Un tennisman ou un footballeur peut s’entraîner quotidiennement avec une raquette, une balle, un ballon… S’occuper d’un pilote MotoGP, c’est beaucoup moins conventionnel. »