La rappeuse Eesah Yasuke pour Red Bull Spinner
© Apolline Cornuet
Musique

Rencontre avec Eesah Yasuke

Red Bull Spinner : quatre jeunes artistes vous emmènent dans leur spirale musicale.
Écrit par Genono
Temps de lecture estimé : 6 minutesPublié le
Le rap français vit une ère particulièrement riche depuis cinq ans : certifications en pagaille, stades remplis, artistes ultra-populaires… Si la concurrence est rude, le nombre d’auditeurs en constante augmentation permet aux artistes de se faire connaître. Pour pousser ces profils prometteurs à émerger, Red Bull agit comme un levier en organisant une rencontre humaine et artistique entre quatre d’entre eux : Red Bull Spinner.
Alma Mango, Eesah Yasuke, Eline et Zorba ont toutes des profils très différents mais partagent en commun l’amour de la musique et un certain talent pour se démarquer : elles font partie des 10 finalistes du concours « Rappeuses en liberté ». Réuni au Red Bull Studio, le quatuor a enregistré un titre énergique et puissant, sur une production lunatique du beatmaker Raven.
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Présentation

  • Pseudo : Eesah Yasuke
  • Explication du nom : Son véritable prénom est Isaïa. Eesah (qu’on prononce : Issa) s’en rapproche donc. À noter que dans un premier temps, elle se faisait appeler Isha, avant de découvrir le rappeur belge. Concernant le « Yasuke », il s’agit d’une référence à cet esclave déporté d’Afrique vers le Japon au XVIe siècle, devenu le premier samouraï noir et dont l’histoire l’a beaucoup inspirée
  • Âge : « J’le cache pas, mais en vrai, j’ai pas spécialement envie de le dire » : on va donc garder le mystère
  • Localisation : Roubaix (59)
Portrait de la rappeuse Eesah Yasuke au Red Bull Studio pour Red Bull Spinner.
Eesah Yasuke pour SPINNER
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Les débuts

Eesah Yasuke est le genre d’artiste dont le vécu pourrait servir de support à une dizaine d’albums autobiographiques : destinée à devenir sportive de haut niveau, elle se consacre d’abord à la pratique de l’athlétisme. Sa destinée est bouleversée à l’adolescence quand elle se retrouve placée en foyer à l’âge de 14 ans. C’est à cette période qu’elle se plonge dans l’écriture de poèmes pour sortir de son quotidien : « je chantais déjà tout le temps, même si ce n’était pas fait de manière sérieuse. Autour de moi, il y avait ce que j’appelle « mes semeurs de graines » : mes frères et sœurs de foyer, les éducateurs, les gens de mon entourage à l’école… en m’encourageant, ils ont planté quelque chose. Ça a mis du temps à germer et à éclore ».
Quelques années plus tard, Eesah revient vers l’écriture : une fois entrée en école d’éducateurs spécialisés, elle se retrouve face à des situations qui font écho à son propre vécu : « je travaillais avec des personnes qui étaient à la rue, avec des gros parcours de vie. J’ai eu besoin à nouveau d’écrire, je me suis reconnectée avec l’écriture ». On est alors en 2019 et la suite se met en place très naturellement : « j’ai eu envie d’aller plus loin dans l’expression de mes textes, j’avais besoin de les déclamer, d’en faire quelque chose. Le rap est apparu comme une évidence ». Reste à savoir pourquoi le rap s’est imposé plutôt que d’autres genres tout aussi expressifs : « je suis influencée par plein de styles musicaux mais le rap est celui qui me parle le plus tout simplement parce qu’il traite de ma condition, en tant que personne noire. Je viens de la classe populaire, plein de choses me lient au rap plus qu’à d’autres genres musicaux ».
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Ses influences

Quand on parcourt les différentes interviews données par Eesah Yasuke depuis deux ans, on a très peu de chances de saisir les influences majeures sur lesquelles s’appuie sa production artistique actuelle : elle cite un nombre incalculable de chanteurs avec des profils aussi variés que Papa Wemba, Linkin’ Park ou Frenetik. « J’ai la chance d’avoir un panorama d’influences très diversifié », résume l’artiste avant de rappeler que durant son enfance, elle n’avait « pas trop le choix, écoutant par défaut ce qui passait à la maison : les trucs du pays ».
En creusant un peu, deux types d’influences se dégagent de son travail récent. Sur l’EP « Cadavre exquis », sa démarche se rapproche de celle de rappeurs français comme Isha, Disiz ou Nekfeu, avec des textes plutôt denses, beaucoup de fond et d’introspection, et une forme plus rappée. Eesah confirme : « c’est vrai, Isha m’a beaucoup influencée ». Des changements s’amorcent en revanche dans sa production plus récente : « actuellement, je me rends compte que mes autres influences commencent à se ressentir dans ce que je fais. Le rock, la rumba congolaise, ce sont des sonorités qui commencent à ressortir de manière plus claire ».
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Son morceau-phare

L’univers artistique d’Eesah est si large qu’il est difficile, pour ne pas dire réducteur, de choisir un seul titre pour la représenter. « Cadavre exquis » résume plutôt bien sa personnalité et sa démarche : le ton est pesant malgré l’ambiance vaporeuse, le propos est très personnel. « C’était un poème que j’ai transformé en chanson », explique la rappeuse. Confrontée à la difficulté de devoir trancher entre ce titre et son dernier single en date, « Mon ciel », elle penche d’un côté, puis de l’autre, avec d’évoquer « un choix cornélien » et donc de laisser au public la possibilité de se faire son propre avis. Avec son visuel ambitieux, son rythme énergique et sa part d’egotrip, « Mon ciel » est le reflet d’une autre facette de la personnalité d’Eesah. Ce titre lui a d’ailleurs permis de participer à l’émission Culture Box chez FranceTV, signe que la carrière de la rappeuse va de l’avant, avec une médiatisation croissante.
La rappeuse Eesah Yasuke en plein freestyle au Red Bull Studio pour Red Bull Spinner.
Eesah Yasuke en pleine performance au Red Bull Studio
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Le freestyle

Contrairement aux autres épisodes de Red Bull Spinner, le freestyle de cette semaine réunit des rappeuses qui ont pris l’habitude de travailler ensemble : « on a un bon rapport, on s’tire pas dessus parce qu’on est dans un concours. Il y a de la bienveillance entre nous ». L’aspect purement compétitif inhérent au format freestyle est donc remplacé par une volonté commune de performer, avec une proposition artistique très différente pour chacune des participantes : « aucune des rappeuses ne se ressemble, chacune m’a fait vibrer pour une raison qui lui est propre : le texte, l’émotion, la présence... ».
Le beatmaker du jour, Raven, propose un instrumental assez inhabituel, avec un format évolutif : d’abord très énergique, avant de devenir plus contemplatif. Si certaines ont eu du mal à l’aborder, s’adaptant tant bien que mal, Eesah Yasuke se montre très enthousiaste : « la prod, j’ai kiffé ! elle a quelque chose de rock’n’roll, de métallique. Ça m’a emballée directement, ce qui n’est pas toujours le cas ».
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La suite

En pleine période de travail et de réflexion sur la suite de ses projets, Eesah Yazuke prépare actuellement un triptyque. Sans pouvoir préciser s’il s’agira d’une suite d’albums ou d’un format plus court, elle est concentrée sur la création de ce projet en trois parties : « c’est en process, plein de choses sont en train de se faire ». Reste à savoir s’il s’agit d’une œuvre pensée comme un tout ou d’une simple série en trois chapitres écrits l’un après l’autre : « la réponse est dans la question ». Eesah précise : « le fait que ce soit un triptyque, forcément… je ne peux pas trop m’avancer, mais dans tous les cas, il y aura du lien ».