Shapes : Pierre Vaultier au top des formes

© Tristan Shu
Écrit par Red Bull France
Le snowboardeur français Pierre Vaultier a réinventé le boardercross en imaginant un pumptrack de neige d'un nouveau genre. Découvrez les images folles du projet Shapes et le récit de ses créateurs.
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Le making-of du pumptrack de Pierre Vaultier
Six globes de cristal, deux médailles olympiques, un titre mondial : Pierre Vaultier est d’ores et déjà un taulier du boardercross de compétition. En juillet dernier, le rider de Serre Chevalier a donc décidé de se lancer un nouveau défi : construire le pumptrack de ses rêves, et inventer le boardercross 2.0. Le nom du projet : "Shapes".
Depuis, le parcours est sorti de neige, et il est encore plus fou que sur le papier. On a donc rencontré Pierre Vaultier et Xavier Marcou, en charge de la construction, pour qu’ils nous racontent la création de ces modules insensés.
Pierre Vaultier a fait le parcours plus de cent fois pendant le tournage de la vidéo Shapes.
L'homme qui en valait 9

La genèse

« Ça faisait un moment que je pensais à faire un parcours aérien » explique Pierre. « Il y a quelques temps, j’étais avec l’Équipe de France aux Etats-Unis, et on avait fait quelque chose de ce genre-là, mais avec nos moyens quoi. On avait dégondé des portes pour faire des panneaux de coffrage, rempli d’eau des grandes poubelles plastiques pour faire geler la neige et utilisé des pelles d’avalanche pour shaper le tout. On voulait que ce soit cool à rider, mais aussi que ça ait de la gueule. Ce projet, c’est un peu le même esprit, mais dans des proportions beaucoup plus grandes. C’est un truc qui ne s’est jamais fait avant. »
« Je suis très pragmatique. Pour moi, les shapes de ce pumptrack sont complètement logiques. » ajoute-t-il. « Je ne voulais que du vide sous mes pieds pendant les parties aériennes, mais aussi des phases de glisse et d’impulsions qui soient les plus courtes possibles. Et pour ça, il faut tout couper au cordeau, avec des angles à 90°. »

Découvrez le projet Shapes :

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Shapes

La recherche du spot parfait

« On avait le choix entre deux spots différents à Serre Chevalier, et on a opté pour le plus chaleureux. Il est accessible pour les machines, et offre un panorama magnifique vers le sud. En plus, il y a une petite descente au départ qui m’a aidée à prendre de la vitesse. Bref, c’est l’endroit idéal. »

La construction

Pierre Vaultier lors de la construction de son parcours de boardercross à Serre Chevalier.
Balayer loin de sa porte
« Il faut savoir que ce projet, c’est 20 jours de travail, deux pelles mécaniques, une dameuse, 9 shapers pro impliqués et plusieurs mois de conception. Mais il a grandi au fur et à mesure. Au départ, j’imaginais un parcours de 100 à 150 mètres de long, et une dernière tour à 3m50 de hauteur. Là, il fait 250 mètres, et la tour est à 5m50. »
« Initialement, je voulais construire le track avec 3 amis shapers de Serre Che, qui créent des pistes de vélo. Un seul d’entre eux avaient déjà travaillé la neige. Mais la terre, à priori, c’est plus compliqué. Sauf qu’en fait, j’ai rapidement été dans le dur niveau organisation. Red Bull m’a donc présenté Xavier Marcou, de chez Ho5, et on s’est tout de suite parlé comme si on se connaissait depuis 20 ans. Il est devenu le chef de projet, et ça m’a libéré. Sans ces shapers et lui, on aurait sorti un truc cool, mais pas de cette qualité. »
« Pierre avait les idées, et j'ai apporté les moyens de les réaliser. J'ai foncé parce qu'en tant que shaper, quand on te propose ce genre de choses, tu dois tout donner. » précise Xavier Marcou. « Et bien sûr, le projet présentait un paquet de difficultés. Par exemple, pour que le parcours soit ridé, il fallait qu'il soit absolument parfait. Et sur le papier, quand je faisais mes plans en 3D, ça l'était. Mais tant que Pierre n'était pas dessus, je ne savais pas si ça allait marcher. Il est grand, sa planche est dure, et il fallait tenir compte de tout ça pour créer les modules. »
« Niveau construction, on a donc tout fait progressivement. » poursuit Pierre. « L’idée de base, c’était de créer les modules un par un, et de les tester pour ajuster les distances, les hauteurs, les longueurs et les angles des courbes. Pour avoir la vitesse parfaite au bon endroit, mieux vaut ne pas faire le parcours de A à Z. »
« Pierre a passé le premier module avec une facilité dingue. » ajoute Xavier Marcou. « Quand j'ai vu la vitesse qu'il avait à la sortie, je me suis dit qu'il n'y avait quasiment pas de limites en fait. Ça m'a énormément rassuré. Derrière, chaque module est sorti assez vite. Parce que c'est rare, dans nos métiers, d'avoir les riders avec nous pour pouvoir tout régler rapidement. »

Le ride

Le rider français Pierre Vaultier s'envole en snowboard sur le parcours qu'il a conçu dans Shapes
Pierre Vaultier s'envole dans Shapes
« C’est un pumptrack qu’on ne peut pas faire en dilettante. À chaque drop, il fallait que je sois totalement concentré pour retrouver à chaque fois la même vitesse, les mêmes impulsions et le même timing et avoir le bon rendu. Ça m’a demandé beaucoup d’énergie. Comme jamais auparavant. J’ai dû faire 110 drops, moins de la moitié des runs étaient vraiment bien faits et ne je suis allé que 6 fois sur la dernière tour. Bon, mais c’est aussi parce pour en descendre, c’était un peu le bordel. Et même si je me suis pris deux boites, j’ai pris beaucoup de plaisir. Vous n’imaginez pas à quel point. »

L’impact

Le double champion olympique Pierre Vaultier ride son pumptrack de boardercross à Serre Chevalier.
L'homme qui ride plus haut que son ombre
« La vidéo « volée » du parcours avait fait déjà plusieurs millions de vues alors qu’on n’avait pas encore fini le shooting. Au point qu’on a dû mettre la piste hors service après, pour éviter que des gens viennent la rider et se blessent. Donc oui, il s’est passé quelque chose. Les gens ont trouvé ça cool et innovant. »
« Sinon, sur la Coupe du Monde de boardercross, les mecs étaient à bloc. Parce qu’on est à un moment charnière pour la discipline, et les choses ne vont pas du côté. Les grandes instances ont peur des blessures, et imposent des règles de sécurité impossible. Mais ça ne ressemble plus à rien. On va faire d’un sport extrême un sport tranquille. Moi je fais du snow, depuis que j’ai 4 ans, pour prendre des risques. Mon projet va totalement à l’encontre de ces mesures. Il montre à quoi pourrait ressembler les prochains parcours. »
« Franchement, des projets pareils peuvent vraiment changer la donne » ajoute Xavier Marcou. « Aujourd'hui, les parcours de boardercross sont assez rapides et aériens, mais on pourrait se tourner vers des choses plus fines et plus techniques. Tournées vers la glisse. »

La suite

Pierre Vaultier ride les blocs de neige de son parcours à Serre Chevalier sur le tournage de Shapes.
Comment terminer un ride en 15 étapes
« Dans l’immédiat, je vais interrompre ma saison, parce que j’ai pris une belle boîte aux Mondiaux. Je vais donc faire du freeride à Serre Che, pour moi. Mais à moyen terme, j’ai 1000 idées. Ce projet, de la conception au ride, m’a permis de m’éclater. Alors que j’ai du mal à me faire plaisir en ce moment, avec tout ce qui se passe autour du boardercross. Je ne vais donc pas m’arrêter là. »
« Ce qui est fort dans ce projet, c’est que les gens se disent qu’ils pourraient le faire. Que ce n’est pas si difficile. Alors que si, ça l’est, mais ce n’est pas comme un quadruple cork. Il y a une certaine proximité. C’est ça que j’aime donner aux gens : l’envie de rider, de tenter des choses, de s’identifier. Je veux capitaliser sur ce projet pour continuer à faire rêver, et pas seulement les snowboardeurs. C’est un parcours qui est beau, qui est cool, c’est de la pureté. »