Jari-Matti Latvala sur ses terres au Rallye de Finlande
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WRC

Pourquoi les Finlandais sont-ils si forts en rallye ?

Petite et dépeuplée, la Finlande a toujours produit des pilotes d'exception et dominé le rallye game. Étrange ? Pas tant que ça. La preuve.
Écrit par Red Bull France
Publié le
5,5 millions d’habitants. Sur le plan démographique, la Finlande est une naine. Dans le domaine du rallye, en revanche, c’est une géante. Seulement devancé par la France au classement des victoires en championnat du monde WRC (14 titres), le pays des mille lacs a toujours aligné les titres et les grands noms, comme Tommi Mäkinen, Juha Kankkunen ou Marcus Grönholm.
Au regard de sa population (et du nombre de pilotes F1 dont elle a également accouché), la Finlande peut même être considérée comme la patronne mondiale des sports mécaniques. Alors, avant le Rallye de Finlande 2021, qui se déroulera du 26 au 28 février, une question se pose : pourquoi ?

Parce qu’en Finlande, le bitume est rare

Sur 454 000 km de routes, 104 000 seulement sont asphaltés. Le reste ? Des chemins forestiers et des pistes jonchées de gravier. Mal éclairées et peu entretenues, ces voies sauvages (vous l’avez ?) sont également recouvertes de neige l’hiver. Ce qui est aussi le cas, d’ailleurs des routes classiques. Qu’ils soient postiers ou assureurs, tous les Finlandais sont donc des pilotes en puissance, rompus à l’art du dérapage contrôlé et du changement de surface. Ce qui reste la meilleure façon de se former au rallye. Si vous flippez donc au volant dès qu'un flocon tombe, blame the départementales.

Parce qu’ils commencent à conduire (très) tôt

La plupart des routes finlandaises ne sont pas seulement en mauvais état. Elles sont aussi particulièrement isolées, et permettent donc à la population locale de prendre le volant dès le plus jeune âge, loin du regard de la maréchaussée. Pour beaucoup, foncer à travers champs dans des bagnoles de fortune est même un rite initiatique. C’est en tout cas ce qu’explique Mika Salo, légende de la F1 : « Vers l’âge de 13 ans, mes potes et moi achetions des voitures qui valaient une cinquantaine d’euros. Ensuite, il suffisait d’aller à un ou deux kilomètres de la maison pour trouver des pistes en terre et les défoncer. Beaucoup de gens font ça chez nous. » Oui, il a dit 13 ans.
Le pilote de rallye finlandais Tommi Mäkinen était le héros d'enfance de Sébastien Ogier, pilote engagé avec Toyota pour la saison WRC 2020.
Tommi Mäkinen, le héros d'Ogier

Parce qu’ils ne connaissent pas la peur

Ok, ça ressemble au pitch d’Astérix chez les Vikings, mais sachez-le : les pilotes Finlandais se considèrent infiniment moins trouillards que la majorité des peuples terrestres. Mika Salo affirme – et il a sûrement raison – que pratiquer le stock car avant d’avoir des poils pubiens « rend très courageux », tandis qu'Ari Vatanen, champion du monde des rallyes en 1981, déroule un raisonnement implacable : « Les sports dans lesquels la Finlande a du succès ? Uniquement des disciplines où il faut porter un casque, comme le saut à ski, le hockey sur glace ou la course auto. » Implacable, on vous dit.

Parce qu’ils aiment les machines

On laisse la parole au professeur Matti Urrila, expert en coaching mental des pilotes : « les Finlandais sont fascinés par la technologie. Comme l’agriculture ne suffisait pas à payer notre dette auprès de l’URSS après la seconde guerre mondiale, nous avons développé notre propre ingénierie industrielle. Notre société s’est donc mécanisée très vite. » Il n’est d’ailleurs pas rare de trouver, dans les rangs des pilotes finlandais, des hommes capables de réparer une voiture ou un tracteur comme vous faites une salade.

Parce qu’ils organisent des rallyes DIY

Faire une carrière dans le motorsport, ça coûte cher, très cher. Or tous les Finlandais n’ont pas les moyens de poursuivre leur rêve. Par contre, on l’a dit, beaucoup aiment piloter, et pas seulement pour déconner entre potes. La solution ? Les rallyes du peuple (ou Jokamiehenluokka en VO), des courses assez cheap et très populaires organisées avec des voitures d’occas sur des pistes home made. Mais il y a encore plus fou : les rokkiralli, des mini-rallyes sur glace qui permettent à ces punks des neiges de tromper la mort entre amateurs sur des lacs gelés. Et pas question, d'ailleurs, de dépenser plus de 650€ pour retaper les voitures. Sinon, ce serait vraiment trop confort.
Le pilote de rallye finlandais Jari-Matti Latvala saute au volant sa voiture au Rallye de Finlande, manche du championnat du monde WRC 2016.
Jari-Matti Latvala à domicile

Parce que le « sisu »

Non, ce n’est pas le nom du virus qui remplacera le Covid-19. Impossible à traduire, le mot sisu renvoie à une forme de « détermination stoïque » ou de cran nordique. Un état d’esprit propre aux Finlandais (selon les Finlandais, évidemment), qui expliquerait leur faculté à ne pas se laisser submerger par leurs émotions ou craquer sous la pression, tout en cultivant un instinct de tueur. Et là encore, c’est Mika Salo qui en parle le mieux : « Nous sommes un peuple assez têtu, jaloux et égoïste. On préfère faire les choses bien plutôt que de laisser le voisin briller. En rallye, ça donne des gens très calmes, qui ne font pas beaucoup d’erreurs. C’est assez fréquent. Je suis comme ça, les trucs émotionnels ne me touchent pas trop. Quand j’étais pilote de F1, mes grands-parents sont morts, et je ne suis même pas allé à leurs enterrements. Ce n’était pas très important pour moi, et je crois que c’est à peu près la même chose pour tout le monde ici. » Alors, même si Mika exagère, gageons qu’il y a peut-être un fond de vérité là-dedans, qui expliquerait en partie le self-control des pilotes nordiques. Ça fait froid dans le dos ? C’est normal, vous êtes en Finlande.
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