N’importe quelle personne de la région pourra vous le dire : Cannes n’est pas une ville comme les autres. Elle mélange le pittoresque du sud de la France et le glamour américain, les churros et le champagne trop cher, les palmiers et les oliviers. Certains la trouvent superficielle. La petite ville des Alpes-Maritimes s’en moque : elle jongle avec les paradoxes et adore associer le populaire et le pointu, le minimum et l’excessif, le guindé et tout-venant, sans avoir peur de la faute de goût. Il semble ainsi évident que ses événements lui ressemblent. Le célèbre Festival international de Cinéma, évidemment, mais aussi les Plages Electroniques qui depuis plus de vingt ans, fait trembler les grains de sable de la plage du Palais des Festivals en mélangeant aquatique et électrique, mélange...tout à fait détonnant.
Focus sur les antithèses croisées lors de ces trois jours de festival.
La Red Bull Open Party versus…La Centrale
Il est 14h30 dimanche quand la foule se fait accueillir par un bracelet à paillettes et une canette de Red Bull. Sur la plage, des centaines de bouées, de la plus fantasque (un cygne gigantesque sur lequel on pouvait mettre debout toute l’équipe de foot de Salzbourg) à celle droite dans ses bottes (ronde, dodue, avec des paillettes dedans : la classique qui fait toujours son effet). Sur le ponton, au bord de la mer, les couleurs de Red Bull. Derrière les platines Andy 4000 et Anaïs B, qui ont balancé plus de tubes qu’une entreprise de plomberie. En deux heures, la mer a failli faire des bulles tant l’ambiance était bouillante, sublimée par le soleil à son climax, les bateaux en arrière plan et le goût du sureau de la nouvelle boisson Red Bull.
Autre ambiance, mais tout aussi désarçonnante, la Centrale, grande salle ronde située au fond du festival, comme un secret. Plongée dans la pénombre, elle balançait dès l’ouverture du festival des sons brutaux et complètement électrisants, bourrins et bien vénères, parfaits pour dépenser l’énergie bien accumulée. Un goût d’after sans la barre au front le matin, avec un supplément « est-ce que je fais une hallucination visuelle ou il y a au loin une personne avec des ailes de papillon qui brillent dans le noir ? », (oui, il y avait bien une personne avec des ailes de papillon qui brillent dans le noir en train de tout donner. Il était 17h.)
Mosimann…versus Kaytranada
Il y a de fortes chances que Mosimann en ait marre qu’on lui parle de la Star Academy par laquelle il a été révélé, vu le chemin parcouru depuis le château de Dammarie Les Lys. Des shows et des lives programmés dans le monde entier, une carrière aussi sur les réseaux sociaux et une énergie similaire à celle contenue dans une canette de Red Bull. Batteur, DJ, chanteur : Mosimann mélange tous les talents, toutes les influences, tous les tubes pour produire un show tonique capable de donner des points de côté à son public. N’ayant peur de rien, il fait même monter sur scène à la fin de son set le nageur Florent Manaudou et Kev Adams, s’ambiançant tous deux avec la foule complètement conquise.
Quelques heures plus tard, c’était à Kaytranada d’entrer (en retard, à cause de problèmes techniques) sur la plus grande scène, celle de la plage. Derrière une simple table où étaient installées ses machines, le machine à tubes canadienne, cachée derrière de grandes lunettes noires, a fait balancer les corps et les têtes de droite à gauche. Stoïque, classe, en short et t-shirt, comme un vacancier venu par hasard inonder la petite ville des Alpes Maritimes de hits, il a insufflé sur une mer sereine un flow r’n’b tellement smooth qu’il fait encore des vagues dans le coeur de tous les danseurs. Culte. Classe. Sexy. Iconique. Vibrant. Génial. Kaytranada, cœur avec les doigts.
La pluie….versus le Coup de soleil du pied
Ça c’était juste pour se plaindre. On n’a vu pas mal de coups de soleil et on s’est pris une petite averse. Rien de bien grave. Mais il fallait bien contrebalancer. Alors on n’oublie pas son petit bob, ses petites lunettes de soleil, et sa petite banane pour la prochaine édition. Et on n’oubliera pas la prochaine non plus de s’hydrater, en prenant son petit Red Bull dans un verre allumé, disponible en édition limitée sur le festival !
Le maillot de bain/pieds nus versus….le costume de Teletubbies
La Génération Y, biberonnée aux émissions MTV de la fin des années 90/début 2000 se souvient peut-être des pool partys de Sisqo, un format d’émission un peu chelou/un peu cool qui consistait en une fête d’une heure au bord de superbes piscines. Mélangez cette émission aux images de Coachella et vous aurez la vision des Plages Électroniques. Car un festival, ce n’est pas qu’une programmation musicale : c’est aussi toute une vibe représentée par les festivaliers. De ce point là, il était impossible d’être déçu. On y a tout vu.
Des groupes en maillot de bain riquiqui et pieds nus et C’EST TOUT en train de danser au coeur de la nuit, des ravers avec des futs aussi larges que le Canal de Suez avec les torses recouverts de peinture corporelle, beaucoup, beaucoup de strass, des blagues un peu limites arborées fièrement (les brassards Picole Nationale et Sapeur Pompette), des jupes en crochet, des robes en crochet, des shorts en crochet, des chemisettes aux mille couleurs et deux Teletubbies sous trente degrés qui devaient chercher les deux compères qui manquaient. Habillées en noir avec des lunettes de soleil et une gueule de parisienne recouverte de crème anti UV 50, on s’est demandées si nous n’étions pas le maillon faible. Prochain achat : une combinaison. En crochet.
SCH…..versus Miel de Montagne
Les Plages Electroniques, c’est aussi le mélange des saveurs. Les amoureux de BPM bien fat pouvaient trouver facilement leur bonheur avec Paul Kalkbrenner, The Lost Frequencies ou encore The Avener, qui clôturait le festival en after. Mais si vous n’êtes pas forcément team dancefloor en découpant l’air avec vos bras, pas de soucis. Gazo et SCH ont tout donné devant une foule complètement folle, et dont la peau frissonnait à chaque hit balancé sur la plage. Impossible de passer outre, et impossible de s’apercevoir avec quelle facilité ils ont retourné cette étendue de sable.
Ambiance plus cosy et plus intime avec la scène de la Terrasse, où se produisaient plein de petits (et de grands) talents avec la vieille ville de Cannes en arrière plan. une véritable carte postale. Des concerts un peu plus intimes avec néanmoins des pépites comme Adèle Castillon ou Miel de Montagne, mais fait avec la même dose d’amour et de passion.
Alors, convaincus ? On s’y croise l’année prochaine ?