Gaming
Ça y est : nous arrivons à la neuvième génération de consoles sur le marché. Un compte qui a commencé à l’Odyssey de Magnavox en 1972 pour atteindre aujourd’hui les deux nouvelles qui pointent le bout de leurs nez. Je parle bien sûr de la Xbox Series X côté Microsoft et de la PS5 pour Sony. Si la Nintendo Switch reste, comme la tradition du constructeur le veut, dans un coin à part, le géant de la tech américain affronte une nouvelle fois le mastodonte japonais pour convertir de nouvelles ouailles.
Il est bien loin le temps où la Xbox One ratait son entrée en matière d’une bien magistrale manière, se postant fièrement sur un “sports, TV, sports” pour se prendre une claque aussi puissante qu’elle fût brève. Il n’aura fallu après tout qu’une vidéo de 5 secondes tournée backstage pour faire de la PS4 la championne incontestée de la 8e génération. Mais Microsoft a depuis fait amende honorable et trouvé une voie unique qui pourrait être incroyable pour lui sur cette 9e génération.
La Xbox Series X, championne du service
La voie de la Xbox Series X a d’abord été vue alors que Microsoft a fait de la Xbox One une championne de la rétrocompatibilité. Des tonnes de titres Xbox et Xbox 360 sont revenus tout à coup sur le devant de la scène grâce à un grand effort de conversion numérique des disques et un modèle économique savamment orchestré. Si l’on pouvait reprocher à Microsoft son manque de jeux exclusifs comparativement aux catalogues de Sony et Nintendo, impossible de le mettre en défaut sur le nombre de jeux. Il faut dire que l’ADN PC reste toujours très important chez Xbox, et la rétrocompatibilité est une pierre angulaire de tout cela. Mais Phil Spencer a réussi bien plus qu’une simple conversion en actant cela : c’est une transformation.
Et cette transformation, on l’a particulièrement observée grâce au Game Pass. Auparavant simplement vu comme une réponse au PlayStation Plus de Sony, le service est devenu petit à petit bien plus conséquent. Aujourd’hui, à l’heure de la Xbox Series X et alors que tous les jeux Xbox sortent également sur PC, il intègre tous les titres first party dès leurs sorties, de nombreux titres third party, et s’est même entiché d’Electronic Arts pour accueillir de grands noms comme FIFA ou Madden. Plus encore, il intègre désormais le xCloud, la fameuse plateforme de cloud gaming de Microsoft, pour faire en sorte que le service puisse exister même si vous ne possédez qu’un smartphone d’entrée de gamme pour en profiter. Vous cherchiez votre Netflix du jeu vidéo à abonnement mensuel ? Xbox l’a fait. Et l’offre est plus qu’alléchante : elle est légitimement excellente. Peu onéreuse et bardée de jeux incroyables accessibles par le plus grand nombre. C’en devient même difficile de comprendre comment Microsoft rentre dans ses frais.
Qu’est-ce que la Xbox Series X dans ce cadre ? La communication de Microsoft tourne autant autour du Game Pass que de sa dernière console, faisant que l’on peut dire qu’il s’agit tout simplement du moyen le plus simple de profiter des atouts du Game Pass dans leur meilleure forme. Un PC sera plus puissant, oui, mais plus complexe pour le néophyte. Le cloud gaming c’est très bien, oui, mais pas lorsque votre connexion est instable. Pas de prise de tête : prenez une Xbox Series X. Le message est d’autant plus clair alors que la console s’entiche d’une petite sœur, la Series S, bien moins puissante et dépourvue de lecteur de disque, pour laquelle le Game Pass est absolument central pour l’expérience qu’elle propose.
La PS5, championne du bien
Comment la PS4 a remporté la 8e génération ? En insistant sur ses jeux et la force des Worldwide Studios de Sony. Comment le constructeur compte-t-il démarrer sa 9e génération ? En rebaptisant les Worldside Studios par PlayStation Studios. Et c’est… à peu près tout. Si la diffusion du 16 septembre a bien été une preuve de quelque chose, c’est du fait que Sony compte une nouvelle fois faire tapis sur les jeux vidéo sans se soucier du reste. Sa console est légèrement moins puissante que l’autre sur le papier ? Aucun problème. Pas de rétrocompatibilité étendue pour les jeux PS1, PS2 et PS3 de son histoire ? Boup. Qu’en est-il du PlayStation Now, son propre service de cloud gaming, sur cette nouvelle génération ? On verra plus tard.
Et ça marche. Il a simplement fallu ouvrir la présentation sur l’annonce surprise de Final Fantasy XVI pour que les précommandes explosent le lendemain. Sans dire que Sony n’a fait aucun effort, puisque c’est loin d’être le cas, il n’a pas vraiment cherché à répondre aux arguments avancés par son rival quelques semaines plus tôt. La PlayStation Collection, qui vous offrira un accès à des grands titres PS4 avec votre abonnement PS+ sur PS5 sans surcoût, est à peine un dixième de ce que propose Microsoft de l’autre côté de la ligne. Mais lorsqu’on peut mettre en avant des licences telles que Spider-Man, Resident Evil, Final Fantasy, Demon’s Souls ou encore Devil May Cry, sans même que toutes ne soient exclusives à sa plateforme mais seulement liées à l’histoire de PlayStation, il n’y a pas besoin de faire beaucoup plus.
Le véritable “effort” de cette dernière présentation ? Le teaser final d’un God of War 2, qu’on surnommera aisément God of War Ragnarok. Pas de gameplay ni de cinématique, mais un logo et quelques voix pour confirmer son existence. Un petit 2021 qui apparaîtra très optimiste aux observateurs, mais restera une promesse qui fonctionne. Il s’agissait plutôt de rappeler une chose : “nous, on a les jeux”. La PS5 a beau avoir le même prix que la Xbox Series X, on peut avoir la même configuration sans lecteur de disque pour 100€ moins cher. Et c’est tout ; aucune ambiguïté sur comment tourneront les jeux sur l’une ou sur l’autre. Là où Xbox se rapproche du PC et veut se transformer en service, Sony se refuse à être plus qu’une console de jeux. Un bien que l’on met sous sa TV, par lequel on lance un titre via disque ou en l’achetant numériquement dans son magasin. Sans fioritures.
Les pièces tombent enfin
Il faut bien comprendre qu’entre ces deux consoles sur la même génération, il s’agit avant toute chose d’un duel de philosophie. Ou plutôt… de deux paris différents. Comme nous vous le disions lors de notre dossier sur le cloud gaming, la part du numérique face au physique ne fait qu’augmenter exponentiellement sur le jeu vidéo. De là, nécessairement, un grand bouleversement pourrait arriver sur notre manière de consommer les produits de cette industrie. Les deux entités se faisant lutte ici l’ont toutes deux senti, et ont toutes deux adopté des réponses très différentes, mais fort intéressantes.
Microsoft fait tout simplement le pari de devenir le mètre étalon de cette nouvelle ère… qui n’est pas encore tout à fait la nôtre. Si le principe d’un abonnement mensuel permettant d’accéder à tout un catalogue est largement admis dans la musique ou le cinéma, c’est encore loin d’être le cas dans le jeu vidéo. Aussi, comme Netflix l’a fait sur la VOD, le terrain est tout simplement à créer sur ce point. Et pour Xbox, poser les fondations d’un tel service pourrait lui garantir une fidélisation client très vite, qui serait difficile à entacher par la suite. Ceci étant, PlayStation a lui aussi son PS+ et son PS Now, et pourrait réagir rapidement s’il daignait vouloir se pencher sur la question.
À l’inverse, Sony reste très traditionnel dans son approche. Conservateur, même. Sa console a beau être technologiquement avancée et va même tenter de régler le problème de la spatialisation audio, tout son schéma d’attaque provient uniquement des PlayStation Studios. Plus que de parier sur l’avenir, le constructeur japonais reste solide sur ses appuis. Et cette stratégie n’est pas sans rappeler un homologue moustachu dont les licences sont aujourd’hui sa plus grande force. On connaît donc la vertu d’une telle approche, qui garantit d’ailleurs aujourd’hui de créer des contenus exclusifs de très grande qualité avec un budget que rares sont les éditeurs à pouvoir se permettre. Si Microsoft est Netflix, Sony devient dans ce cadre un cinéma ultra haute définition. Cependant, Xbox a aussi investi dans ses propres studios, et s’est targué de nombreux rachats comprenant Ninja Theory ou encore Double Fine.
Microsoft ne croit plus dans le modèle économique de la simple console. La firme de Redmond vise à toucher de nouveaux marchés étendus en rendant plus accessible financièrement que jamais le jeu vidéo, tout en supprimant la contrainte de la plateforme. Sony croit au fait de toucher de nouveaux marchés en optimisant au maximum la qualité de ses productions pour une plateforme unique. Le géant nippon se refuse à suivre le modèle de l’abonnement, car il ne serait selon Jim Ryan “pas pérenne” pour l’investissement colossal dont PlayStation a besoin. Nintendo suit sans crainte son ADN basé au confluent de l’innovation et de l’accessibilité aussi bien financière que logicielle, où la famille se retrouve en premier lieu.
Que tirer véritablement de tout ça ? Qu’à l’aube de cette neuvième génération, les trois constructeurs du marché ont enfin trouvé leurs créneaux spécifiques. Et c’est dans cette lutte que l’on peut avoir le plus grand espoir pour régler les problèmes bien actuels de l’industrie : l’augmentation des coûts de production et son impact sur la qualité de vie des développeurs. Quant aux attentes des joueurs, ils font autant mine de s’éloigner des triples et quadruples A pour une petite partie de Fortnite, que de ne vouloir goûter qu’aux The Last of Us, Mario Odyssey et autres Halo de ce monde.
En prenant des places bien définies, les trois constructeurs se donnent la liberté d’explorer des chemins très différents sur ces prochaines années. Et suite à cela, qui gagnera entre Nintendo, Sony et Microsoft ? En observant ce triptyque, il n’y a qu’une seule réponse viable : les joueurs.
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