Rallye

Mais à quoi ressemblait le premier Rallye Monte-Carlo ?

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Écrit par Red Bull France
Concours d’élégance, routes pourries et jet-set en maillot : on revient sur la première édition du plus vieux rallye du monde, en janvier 1911.
S’il a intégré le WRC dès sa naissance en 1973, l’ainé de tous les rallyes est né 62 ans plus tôt . Mais on parle alors d’une course très différente de celle que vous allez pouvoir suivre dès le 26 janvier cette année. Voilà d’ailleurs 5 changements majeurs :

Les concurrents partaient de leurs pays d’origine

Calqué sur le format des courses cyclistes italiennes de l’époque, le parcours du premier Rallye Monte Carlo est un itinéraire dit « de concentration. » Autrement, dit, chaque pilote part d’un endroit différent pour rallier la Principauté.
Résultat, la course démarre aux quatre coins de l’Europe, les 23 participants de la première édition allumant leurs moteurs à Genève, Paris, Vienne ou encore Berlin. Pour un total de 11 points de départ. Tout en sachant qu’à l’époque, la DDE n’existe pas encore et qu’enquiller les kilomètres en plein hiver est un challenge à part entière. La faute à des routes défoncées et sans bitume. Et, plus grave, sans les sandwiches triangles et autres mini-saucissons qui font tout l'interêt des trips autoroutiers.
Mais pour rappel, le principe du parcours de concentration subsistera (différemment, certes), jusqu’au milieu des années 90.

Le style comptait autant que la performance

En 1911, gagner la course sur la route ne suffit pas. Il faut aussi avoir de l’allure. L’élégance de la voiture, celle du pilote, et l’état de la carrosserie à l’arrivée permettent aux participants d’engranger jusqu’à 30 points de bonus.
Même le confort de l’engin et le chic des bagages sont notés par les juges monégasques. D’ailleurs, le système est à l’origine d’un premier scandale, l’allemand Von Esmark étant privé de victoire pour avoir raté la parade finale. Ce qui profite directement au fashionista Henri Rougier. Prends ça, le sport.
Quelques images de la course :

Vous auriez pu le gagner en trottinette

Pour éviter les accidents, les pilotes de la première édition ont l’interdiction de dépasser la barre des 25 km/h (sachant que c’est la meilleure moyenne kilométrique qui gagne.) Mais ce plafond n’est un problème pour personne, vu les engins utilisés. Comme une limousine Turcat-Mery de 25 chevaux pour Rougier, le vainqueur. Sa vitesse moyenne ? 13,8 km/h. À titre de comparaison, lors du rallye le plus rapide de l’histoire du WRC en 2017, Esapekka Lappi a roulé à 126,7 km/h.

Il n’y avait pas (ou peu) de montagne

Les étapes dans l’arrière-pays niçois, avec le célèbre passage du Turini, n’apparaissent qu’en 1962. Et si les pilotes de 1911 passent bien par les Alpes, ce n’est pas pour se tirer la bourre sur la neige ou dans les cols comme de vulgaires cyclistes à pois rouges. En même temps, il n’y a pas de spéciales chronométrées, et un duel à 13 km/h, ça n’est intéressant que dans un stade. Avec des coureurs.

La course était surtout une pub géante pour Monaco

Financé par la Société des Bains de Mer de Monaco, le rallye a pour objectif d’attirer sur le rocher toute la jet-set européenne, qui préfère alors Cannes et Nice. La seconde, au-delà de son carnaval et des plages alors très courues de la Tour rouge ou du Lazaret, a même sa propre course auto depuis 1894 : le Paris-Nice.
Les organisateurs comptent donc sur les pilotes, qui appartiennent eux-mêmes à l’élite (la seule capable de se payer des voitures à l’époque), pour entraîner dans leur sillage des troupeaux de privilégiés en maillot. Mais est-ce qu’il n’aurait pas fallu monter le rallye en été, du coup ?