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Dans la tête des riders VTT

© Jan Kasl / Red Bull Content Pool
Les athlètes pros Rachel Atherton, Tom Pidcock et Kye Whyte expliquent comment ils se préparent mentalement à faire la différence en course et comment vous pouvez aussi la faire en VTT.
Écrit par Maria DavidPublié le
Quand l’ancien champion olympique du 200 et 400 mètres Michael Johnson parlait d’un athlète qui avait échoué sur une course, l’Américain disait souvent : "il n’était pas dans sa course". Evidemment, l’athlète était physiquement bien là, mais Johnson évoquait davantage l’aspect psychologique de la compétition. Une donnée souvent aussi importante sinon plus que le physique pour décider du succès d’un sportif.
Mais comment se préparer au mieux pour être "dans sa course" au moment clé. Tous engagés au top niveau mondial dans leur discipline respective, les cyclistes et riders Rachel Atherton, Tom Pidcock et Kye Whyte en connaissent un rayon quand il s’agit d’évoquer cette marge infime qui fait la différence entre une victoire et une seconde place. Et en la matière, l’aspect psychologique de la compétition est crucial.
Je me rends toujours sur une compétition dans l’idée de gagner. Rien d’autre.
Kye Whyte
Qu’il s’agisse d’affronter les pierriers les plus exigeants, de prendre les virages relevés à pleine vitesse ou de rouler dans une boue épaisse, les concurrents ont besoin de nerfs d'acier ne serait-ce que pour s’aligner au départ d’une course et répondre présent le jour J. À cet instant-là, les déceptions passées, les blessures et la concurrence doivent être effacés de leur esprit afin de faire place à une concentration maximum pour relever le défi qui se présente à eux.
C’est l’aboutissement de plusieurs mois de travail. Beaucoup d'entre nous plieraient sous cette pression intense et cette exigence de résultat. Alors comment ces athlètes qui font partie du gratin international parviennent-ils à gagner malgré la pression. Et comment un athlète amateur peut-il se servir de leurs conseils pour performer lui aussi à son niveau ?

Être prêt mentalement pour la course

Rachel lors de sa routine d'avant-course
Rachel lors de sa routine d'avant-course
Se préparer pour une course implique d'entrer dans "la zone". Vous devez vous sentir prêt à affronter la concurrence et à gagner. Adopter cet état d'esprit est plus facile à dire qu'à faire, et même les athlètes les plus titrés avec une riche expérience derrière eux peuvent faillir le jour J à cause d’un trac trop important. Là où les meilleurs professionnels diffèrent de l'amateur, c’est qu’ils ont mis en place une stratégie bien rodée pour faire face à ces situations.
Rachel Atherton est réputée pour être souvent malade avant une course de VTT descente. Mais grâce à ses précédentes erreurs et au soutien de son coach performance Jamie Edwards (qui travaille pour Trained Brain), Rachel a développé une routine spécifique pour gérer son anxiété avant la course.
"Parfois, je me sens tellement nerveuse et malade que je peux à peine me lever d’une chaise. Je peux aller jusqu’à en vomir" explique la quintuple champion du monde de DH âgée de 32 ans. "Les nerfs me lâchent. J’ai des doutes, des voix dans ma tête et je me sens vidée. J'ai besoin d'une routine pour vraiment me concentrer et savoir que je serai bien là au moment de la course."

Atteindre le bon niveau d'adrénaline

Les nerfs jouent un rôle important quand on parle de la montée en puissance sur une compétition. L’adrénaline en est le déclencheur. Ses effets (augmentation de la fréquence cardiaque et de la pression artérielle, pupilles dilatées) préparent physiquement les athlètes à leur défi. Il est important de gérer ces effets pour en tirer profit. Trop d’adrénaline ou pas assez aura un impact négatif sur les performances.
Le shéma de la loi de Yerkes et Dodson
Le shéma de la loi de Yerkes et Dodson
"La loi de Yerkes et Dodson explique la relation entre rendement et motivation" affirme le Dr Allan Johnston, psychiatre du sport. Imaginée au tournant du 20e siècle par les universitaires américains Robert M. Yerkes et John Dillingham Dodson, cette loi a révélé qu’il y avait un lien entre l'amélioration des performances et l'excitation physiologique ou mentale. Mais jusqu'à un certain point seulement. Lorsque l'adrénaline est trop élevée, il y a une baisse des performances.
"Si vous êtes sur un niveau d'excitation faible et que vous vous sentez à plat ou fatigué, votre performance est susceptible d'être médiocre" explique le Dr Allan Johnston. "À un niveau d'excitation modéré, votre performance sera bonne. C’est là qu’on parle de la fameuse "zone" dans laquelle des sportifs se retrouvent parfois. Enfin, si votre excitation devient forte et que vous êtes rempli d'adrénaline, trop stressé ou sous pression, vos performances se détérioreront."
"Vous devez avoir suffisamment de conscience de vous-même pour réaliser où vous en êtes sur la courbe et être capable d'utiliser une série de techniques pour vous calmer."

Entrer dans la zone

Tom Pidcock utilise différente technique pour se retrouver dans "la zone"
Tom Pidcock utilise différente technique pour se retrouver dans "la zone"
Les athlètes professionnels développent au cours de leur carrière la capacité à savoir où ils se trouvent sur la courbe, en utilisant différents outils pour entrer dans leur zone ou se calmer s'ils sont trop excités.
Alors que les nerfs peuvent être contrôlés en ayant une routine, diverses autres techniques peuvent être utilisées pour entrer ou rester dans la zone optimale sur la loi de Yerkes-Dodson.
Je fais de mon mieux pour contrôler mes nerfs. Je fais ma préparation en pensant que la seule chose que je peux contrôler est ce que je fais.
Thomas Pidcock poses with the gold medal at UCI XC World Championships in Leogang, Austria on October 9th, 2020.
Tom Pidcock
Mountainbike Cross Country
Vainqueur dans plusieurs disciplines du cyclisme, Tom Pidcock n'a pas de routine particulière. Mais sa préparation commence bien avant d’arriver sur la ligne de départ. La veille d'une course, lorsqu'il se sent en confiance, il entre dans la zone en visualisant le franchissement de la ligne d'arrivée ou le dépassement de ses concurrents. Puis, le jour de la course, il arrive à l’endroit où elle va se disputer avec quelques minutes de retard. Cette technique lui permet de se concentrer exactement sur ce qui doit être fait avant que le pistolet de départ ne soit tiré, ne lui laissant pas le temps de penser à autre chose qu'à la course.
"Pendant ce temps, je fais de mon mieux pour contrôler mes nerfs. Je me prépare en pensant que la seule chose que je peux contrôler, c'est ce que je fais." Cette approche a fonctionné pour lui aux Championnats d'Europe U23 du contre la montre. Bien que nerveux lorsqu’il s’est comparé avec le reste du peloton, Tom a obtenu la quatrième place finale. Sa technique a clairement porté ses fruits quelques semaines plus tard quand il a conquis la plus grande victoire par étapes de sa carrière sur le Tour d’Italie U23.
Kye Whyte sur le Supercross de  Manchester
Kye Whyte sur le Supercross de Manchester
Comme Tom, le vainqueur de la Coupe du monde de BMX Supercross Kye Whyte n'a pas de routine particulière. "Je me rends toujours sur une compétition dans l’idée de gagner. Rien d’autre." explique le Londonien de 21 ans. "Si vous ne partez pas avec cet état d’esprit, c’est impossible de gagner."
Kyle gère ses exigences de victoire sans s’engager dans un processus de réflexion trop complexe. "J’essaie juste de rester calme, de garder ma bonne humeur et de gérer mon stress en écoutant de la musique. Je me dis que ce n’est que du BMX et pas la fin du monde."
Ne pas trop réfléchir a bien fonctionné pour Kye lors de la Coupe du monde de BMX Supercross 2019 à Manchester. "En finale, j'avais deux concurrents très rapides à côté de moi. Pourtant, je savais que j’avais fait tout ce que je pouvais pour être le mieux préparé possible à cet instant. J’ai pris le meilleur départ de ma journée et j’ai gagné."
Ouvrir une canette de Red Bull fait partie du rituel de Rachel Atherton
Ouvrir une canette de Red Bull fait partie du rituel de Rachel Atherton
De son côté, c’est avec une canette de Red Bull que Rachel Atherton arrive à se rapprocher de la zone tant recherchée. "Juste le son, l'odeur, le goût… Tout ce qui fait une canette de Red Bull me permet de changer ma personnalité et de me concentrer encore davantage pour ma rapprocher de la zone."
La musique est également un déclencheur pour elle. Elle écoute ainsi régulièrement le titre "Circus" de Britney Spears pour se motiver. "Les paroles de la chanson me boostent et me donne vraiment l’impression d’être la meilleure du monde. Je me souviens que lorsque j'ai couru à Fort William en 2018, j'avais cassé ma chaîne au début de la course. Mais je me suis concentré sur la piste et j'ai continué. Je n’avais de toute façon rien à perdre." Rachel a finalement terminé troisième de la course.

Trop de bonnes choses

Rachel évite la musique sur son deuxième échauffement
Rachel évite la musique sur son deuxième échauffement
Une fois dans la zone, il faut éviter de dévier trop à droite ou à gauche par rapport à la loi de Yerkes et Dodson. Rachel explique ainsi ne pas écouter de musique lors de son deuxième échauffement avant une course. À ce stade, elle bouillonne déjà et écouter à nouveau de la musique pourrait la faire sortir de sa concentration.
Pour Kye, trop réfléchir ou observer les coureurs les plus forts peut aussi avoir un impact négatif. Il rapproche cela à son résultat décevant aux Championnats du monde 2019. "J'avais gagné chaque tour en faisant de bons départs. En finale, j'avais deux riders rapide à côté de moi. Je pensais surtout à faire un bon départ. Mais j’ai raté mon envol et je suis arrivé cinquième."

Comment les amateurs peuvent entrer dans la zone

Même les amateurs peuvent chercher à entre dans "la zone"
Même les amateurs peuvent chercher à entre dans "la zone"
De toute évidence, Rachel, Tom et Kye ont perfectionné l'art de se mettre dans la zone en compétition, même lorsqu'ils sont nerveux ou après des défaites.
Alors, quelles tactiques mentales les athlètes amateurs peuvent-ils apprendre des professionnels pour mieux performer en compétition ? Le Dr Johnston suggère qu'il existe une grande variété de stratégies qui peuvent être utilisées pour vous amener dans la zone ou vous installer pour vous y maintenir :
  1. Se parler à soi-même : "Si vous n’êtes pas assez stimulé le jour de la course, dites-vous des phrases du type : «Allez, c'est important, j’en ai besoin. ». "Si vous vous sentez trop excité ou stressé, vous pouvez privilégier cette phrase : « J’ai fait de mon mieux, je ne peux rien faire de plus. Désormais, je dois juste essayer et profiter. »"
  2. Visualisation : "Imaginez votre course, l’arrivée ou la victoire."
  3. Exercices de respiration : "Sur la ligne de départ, ou au sommet d’une montagne, fermez les yeux. Inspirez profondément par le nez et expirez par la bouche. Vous pouvez vous concentrer sur votre diaphragme ou l'air qui vient dans votre nez et ressort par votre bouche."
Même si ces techniques ne vous mèneront pas à un titre de champion du monde, elles vous permettront au moins de réussir votre prochaine compèt.
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