10 artistes de scène rap de Montreuil comme Triplego, Swift Guad, Le Seum, Paco ou encore Ichon.
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Musique

La scène rap de Montreuil en 10 artistes

Tour d'horizon de la scène rap montreuilloise, de Triplego à Swift Guad, en passant par Le Seum, Paco ou Ichon.
Écrit par Genono
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Triplego, les vapeurs de Montreuil

Duo rappeur-beatmaker composé de Sanguee et Momo Spazz, Triplego est généralement présenté de manière assez simpliste comme « le groupe français qui faisait du rap vaporeux avant PNL ». Si les thématiques du duo tournent également autour de la question du fameux spleen du dealer, les différences entre les deux groupes sont en réalité très marquées. Triplego est ainsi beaucoup plus synthétique sur le plan des sonorités, mais contrebalance cette potentielle froideur par les influences plus chaudes de la musique orientale venue d'Égypte, du Liban, ou du Maroc.
Le duo montreuillois est par ailleurs l'une des meilleures illustrations de synergie rappeur/producteur : génératrice d’un son unique, l'association entre Momo Spazz et Sanguee sublime la singularité du son Triplego. Que l'on adhère ou non aux ambiances que le groupe installe sur ses différents projets, il est indéniable qu’elles ne ressemblent à rien d'autre dans le rap français.

Great Teacher Issaba, el profesor

En dehors du rap, Issaba est prof de maths à Épinay-sur-Seine. Originaire de Montreuil, il a très vite eu l’idée de concilier ses deux passions, et de se servir de la musique comme d’un outil pédagogique pour inciter ses élèves à s’intéresser aux chiffres et à la géométrie. D’abord relayé en nombre sur les réseaux sociaux, Great Teacher Issaba a rapidement franchi un cap et a pu se permettre d’inviter des stars du rap comme Kery James dans ses clips. Sa réussite a fini par attirer la curiosité de médias nationaux comme France 3 ou le Parisien, mais aussi de revues scientifiques, preuve de la force de son concept.
Affilié à Exepoq, un label sur lequel on a notamment retrouvé Big Buddha Cheez, le rappeur n’est pas uniquement voué à l’enseignement du théorème de Pythagore : son album « A la Recherche du Temps Perdu » paru en 2016, lui a valu un petit succès critique malgré l’absence de médiatisation. Plutôt sobre sur le plan des prods, il avait démontré toute l’étendue de sa technique et sa maîtrise des rimes riches tout au long d’un disque marqué par les textes introspectifs et la réflexion sur le monde extérieur.

Ichon, le Montreuil branché

Plus facilement affilié à la hype parisienne qu’à la scène montreuilloise, Ichon est l’un des rappeurs locaux à avoir le mieux tiré son épingle du jeu : fondateur de Bon Gamin avec Myth Syzer et Loveni, il s’est forgé une solide réputation à travers le temps, en particulier avec son dernier projet en date, « Il Suffit de le Faire », salué par la critique. Ni trop ancré dans les tendances évolutives du rap, ni accroché à des sonorités d’un autre âge et d’une autre époque, Ichon cultive son propre créneau et sa propre couleur musicale.
Entre ses clips léchés, ses visuels en costume-cravate, et l’attention toute particulière portée à son image, Ichon est un esthète, mais attention à ne pas voir en lui un homme fragile : il porte en lui une certaine forme de violence et d’attitude trash, à l’image du clip « FDP », dans lequel il finit ensanglanté et défiguré après s’être fait passer à tabac pendant un interrogatoire.

Soklak, le vétéran

Issu d’une époque où le rap se conjuguait avec le graffiti, Soklak est passé par toutes les phases artistiques possibles : derrière le micro, devant un mur avec une bombe de peinture entre les mains, derrière les machines pour composer des beats, et désormais dans les galeries d’art, puisque sa passion pour les arts graphiques l’a amené à devenir une référence du street-art.
Sur le plan de la musique, Soklak continue à mener sa barque, même s’il est devenu moins actif depuis quelques années, pris par ses autres activités artistiques qui vont de la photo à la peinture et au bodypainting. Pendant de longues années, il est resté l’un des seuls Montreuillois à toucher un public extérieur à la villle, se construisant une riche discographie de prods jazzy et de storytellings improbables, avec notamment l’album « 1977 » et l’EP « Maow Airlines », respectivement publiés en 2006 et 2011, et tous deux salués par la critique.

Le Club, la nouvelle vague

Tout comme Triplego, le duo Le Club a été comparé à PNL à ses débuts. Un rapprochement qui ne fait pas vraiment sens, en dehors des quelques ambiances un peu planantes distillées par le groupe et, peut-être, de la chevelure de Tayz. Plutôt orienté pop-rap, mais loin des standards imposés par la tendance, et avec une faculté très montreuilloise de se créer un style musical bien à part, les deux rappeurs ont des facilités assez folles dès lors qu’il s’agit de faire danser ou d’écrire des hits potentiels.
Encore tous jeunes, La Kanaï et Tayz ont été l’une des belles révélations de l’année 2016 avec le titre « La Magie de Paris », puis l’une des confirmations des années suivantes, avec « Série 97 » et « Fort 2 Nous », deux projets sortis respectivement en 2017 et 2018. Affichant à peine 40 ans au compteur à eux-deux, les deux rappeurs issus du quartier de la Boissière ont déjà un avenir tout tracé.

Prince Waly et Fiasko, deux garçons pleins d’avenir

Pas besoin de réexpliquer les choses en détails : comme Triplego, Le Club, Ichon, et la majorité des noms présentés ici, le duo Prince Waly – Fiasko, connu sous le nom de groupe Big Budha Cheez, cultive une identité bien marquée et un style bien à part. Très cinématographique, leur musique pourrait se trouver à mi-chemin entre les réalisations de Martin Scorsese et celles de Bilall Fallah : à la fois ancrée dans les années 1990, et tournée vers le présent et l’avenir.
Si Prince Waly mène sa barque en solo depuis deux ans, il n’a pas lâché son binôme Fiasko, concentré à la fois sur le rap et sur le beatmaking. Les références restent généralement assez proches de ce que l’on a déjà pu entendre par le passé, comme The Wire, Menace II Society, ou Oz, ce qui prouve tout de même que regarder un peu dans le rétroviseur ne fait pas forcément de mal, face à la masse de rappeurs obsédés par Narcos, Casa de Papel et Game of Thrones.

Le Seum, caillera attitude

Entre un prof de maths (Issaba), un MC qui bosse dans une maternelle (Prince Waly), un mannequin à ses heures perdues (Ichon), et un artiste qui a fini dans les galeries d’art (Soklak), Le Seum incarne à lui toute la sauvagerie du 93. Pour preuve, les derniers titres publiés par le rappeur s’intitulent sobrement “Freestyle Racaille”, “Freestyle Narcos”, et “Sors les massas”. Une manière de rappeler que Montreuil, et particulièrement le quartier du Morillon, c’est aussi du rap bien énervé qui n’a pas trop le temps de tergiverser.
Particulièrement technique, et pas avare en rimes multisyllabiques, Le Seum est typiquement le genre de rappeur capable de marier sa maîtrise d’un rap dense issue des années 1990/2000, et une utilisation pertinente des outils plus récents comme l’autotune pour aérer ses refrains. On ne saurait que trop vous conseiller d’aller découvrir son dernier projet en date, « Racaille 2,», peu (voire pas du tout) médiatisé mais disponible sur toutes les plateformes de streaming.

Paco, l’immortel

Il existe des rappeurs qui semblent être là depuis toujours, et qui n’arrêteront probablement jamais de sortir des disques : Paco est clairement de cette catégorie, lui que l’on croisait déjà sur diverses compilations au début des années 2000, et qui continue d’abreuver son public de freestyles postés sur ses réseaux sociaux et de lives, notamment en compagnie de son quasi-binôme, Swift Guad. Auteur d’un énième disque au mois de mars avec « Amuse-gueule », le Montreuillois est l’un des plus fidèles représentants de la branche la plus strictement hip-hop de l’indépendance française.
S’il n’a jamais réellement compté sur le rap pour vivre, il semble aujourd’hui totalement détaché, et prend toujours autant de plaisir à monter sur scène à chaque fois que l’occasion se présente. Avec son timbre de voix très éraillé, reconnaissable entre mille, Paco est ce genre de rappeur qui semble ne plus avoir besoin de forcer tant les années lui ont permis d’affûter sa maîtrise sur le plan technique.

Joyce Cheikh, le rap ensoleillé

Venu des Grands-pêchers, Joyce Cheikh oscille entre deux grandes obsessions : les femmes, et l’oseille. Pas forcément de quoi révolutionner le monde, mais en termes d’efficacité des refrains et des mélodies, le garçon n’a rien à envier aux plus gros auteurs de tubes du moment. Encore très peu médiatisé, il lui suffirait d’un peu d’exposition pour exploser définitivement.

Swift Guad, le narvalo

Longtemps considéré comme la principale tête d’affiche de la scène rap de Montreuil, et en particulier de la Croix-de-Chavaux, Swift Guad a énormément évolué au fil des décennies, voyant passer les tendances et les rappeurs pendant qu’il continuait son petit bonhomme de chemin dans son coin. Signe de la diversité de son univers, son dernier projet en date, « Vice et Vertu », fait coexister sur une même tracklist les anciens 25G, Iron Sy et Seth Gueko, et les plus jeunes Hyacinthe, Nusky ou Laylow.
Tour à tour auteur d’un rap sombre et ténébreux, comme sur « Masterpiece », un projet en commun avec le beatmaker Mani Deïz, puis solaire, voire même carrément second degré, comme sur le titre « La Douche », hymne à l’hygiène corporelle, dont le clip a bouleversé toutes les certitudes des puristes les plus sectaires, Swift Guad est aujourd’hui l’un des rappeurs les plus productifs de la décennie, avec une dizaine de projets publiés depuis 2010, un album commun avec le crew Inglorious Bastardz, et un festival annuel devenu un rendez-vous incontournable, le Narvalo Show.
Samedi 15 décembre, Red Bull Music Boom Bus invite le groupe Triplego chez lui, à Montreuil pour une grande aprèm gratuite. Participez à l'évènement.