Le 11 mars 2017, l'apnéiste Arthur Guérin-Boëri a plongé. Mais cette fois, ce n'était pas comme les milliers d’autres plongées en apnée de sa carrière déjà riche en records.
Arthur Guérin-Boëri est descendu dans l’eau par un trou dans un lac gelé de Finlande pour battre le record de la plus longue distance parcourue en apnée sous la glace.
C’était vraiment froid, mais tellement extraordinaire. Je n’avais jamais rien vécu de pareil, c’était fabuleux.
L’idée lui est venue quand il a ressenti le besoin de se lancer un nouveau défi. Lassé des bassins, il cherchait quelque chose de stimulant. Même s'il détient déjà le record de la plus longue distance parcourue en apnée (300 mètres), il voulait aller encore plus loin. Arthur Guérin-Boëri nous raconte son exploit.
« Je voulais tenter quelque chose avec plus d’engagement, sortir de ma zone de confort. Je voulais vraiment un nouveau défi" explique-t-il. "Quand j’ai vu le record de distance sous la glace dans le livre Guinness des Records, j’ai su que c’était ce que je voulais faire ».
La distance à battre était de 150 mètres. Rapidement, il comprend que cela ne sera pas une tâche aisée.
La plongée en apnée sous la glace est bien plus difficile que dans une eau chauffée. D’abord, le facteur risque est important : sous 50 centimètres de glace, il est impossible de remonter. Ensuite il y'a la froideur de l’eau à 0°, ses effets sur le corps et ce que l'on appelle le réflexe d'immersion. L'apnéiste explique.
« Le réflexe d'immersion est un mécanisme de défense du corps en apnée. Quand on arrête de respirer sous l’eau, le cœur ralentit et la vasoconstriction s'enclenche : le sang est redirigé vers les organes vitaux. » Il ajoute: « Les mécanismes de protection sont utiles mais peuvent vite devenir gênants : le réflexe d'immersion donne envie de respirer. Le corps se protège, donc il faut combattre le besoin de respirer. »
Dans une apnée normale, le réflexe d'immersion arrive après 75 mètres de distance pour Arthur. Dans l’eau gelée, il faut combattre l’envie de respirer dès 30 à 40 mètres. « C’est bien, parce que ça protège le corps mais c’est difficile de résister à l'envie de respirer. Ma zone de confort se raccourcit considérablement. »
Ajoutez à ça le stress d’un tel record : « Le stress d’avoir autant de gens impliqués, de personnes qui vous regardent, c’est énorme. Ça ajoute de la pression forcément. En termes de relaxation et de concentration, ça rend tout beaucoup plus compliqué. »
Comme si ce n’était pas assez, la compagnie aérienne a perdu son sac d’équipement : « Je ne pouvais même pas plonger avec mon propre équipement, je n’avais qu’une combinaison de rechange. C’était vraiment un stress de plus : je ne pouvais pas réaliser les essais, on m’a envoyé un monopalme en urgence de Russie. C’était tellement stressant. Je savais que ça allait être dur. Je n’ai pu faire qu’un essai et j’ai nagé 75 mètres. À ce moment, j’ai réalisé combien j’allais souffrir. »
Comment se calmer avant la grande apnée ?
« J’ai dû me préparer pendant longtemps avant de plonger. D’abord je devais me réchauffer : on avait un van avec sauna grâce à l’équipe finlandaise. Ensuite je me suis couché pendant une demi-heure avant le début, à côté du point de départ, pour méditer, me préparer, faire des exercices d’apnées et visualiser l’épreuve. Même si j’allais dans l’inconnu, j’essayais de me projeter au maximum. »
Cette période pour se préparer mentalement est cruciale pour un record comme celui-ci. Gérer le stress mais aussi les peurs.
« Oui, j’avais peur. La perte de mon équipement, je l’ai prise comme un signe me disant 'Arthur, ne le fais pas'. Je l’ai interprété comme ça. Mais j’ai réussi à ne pas me décourager et à forcer le destin. Je me suis dit, ce n'est pas grave, peu importe, je me lance et on verra bien. Je voulais donner le maximum. Je suis arrivé au lac avec du stress, de l’appréhension et la peur de l’inconnu. Mais je me suis maîtrisé pour être totalement concentré jusqu'à atteindre un état d’auto-hypnose. »
Comment se sent-on sous la glace ?
« C’est un endroit vraiment très étrange. L’eau est à 0 degré, sous 50 centimètres de glace. Quand vous êtes sous l’eau vous vous sentez… bien. Bizarre non ? Vous n’êtes pas claustrophobe du tout, c’est plus comme être dans un cocon. C’est très beau donc on se sent très vite bien. Même si on réalise que ce n’est pas du tout un endroit où les humains devraient être ! Une eau à 0 degré c’est pas du tout pour nous, mais c’est tellement magnifique. »
Un record dans un bassin et un record sous la glace sont deux mondes complètement différents. Tout d’abord la logistique est extrêmement complexe à gérer.
« Déjà il faut trouver le bon lac. Ensuite il faut une équipe en Finlande pour faire des trous dans la glace. Ils sont venus avec un quad pour tirer des blocs de glace qui pesaient environ 200 kilos. Puis il faut une équipe de plongeurs, de docteurs, de médecins spécialisés dans les tests anti-dopage (pour un record officiel). On avait besoin de moyens pour Guinness aussi (des caméramans, des témoins officiels, un architecte pour mesurer la distance). Et pour que le record soit validé par le CMAS (Confédération Internationale d’Activités Subaquatiques), on a procédé à une double validation.
En plus de la logistique pour le tournage du film : deux cameras sous l’eau, une sur la glace, un assistant de production à Paris, un en Finlande… C’était un projet colossal qui a demandé 6 mois d’organisation en amont. C’était beaucoup de stress et de travail et j’aimerais vraiment remercier l’équipe de Quad Productions. Ils ont beaucoup aidé pour gérer l’organisation, pas seulement le film mais aussi le record. Ils ont fait une grande différence et sans eux, rien n’aurait été possible. »
Si vous voulez en savoir plus sur la journée du record, un film, Second Souffle, produit par Fighting Fish et Quad Productions sortira en septembre. D'ici là vous pouvez vous procurer le livre d'Arthur Guérin-Boëri, Le Bien-Être Sous l'Eau dès le 8 avril, partout en France.











