Jaïra Joy, des Pays-Bas, remporte la finale mondiale du Red Bull Dance Your Style 2025 à Los Angeles, en Californie.
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Danse

Le titre de Jaïra Joy en finale mondiale du Red Bull Dance Your Style 2025

La danseuse néerlandaise nous invite dans les coulisses de sa préparation et partage l’état d’esprit qui lui a permis de tenir jusqu’au round décisif : « C’est le moment de tout donner. »
Écrit par Rebecca Sun
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Quand les présentateurs Sway et Charm La’Donna ont compté les dernières secondes de la finale mondiale 2025 du Red Bull Dance Your Style, Jaïra Joy pensait que tout était terminé. Championne nationale des Pays-Bas, elle avait enchaîné deux jours de pré-finales pour atteindre la scène de l’Intuit Dome, avant de triompher dans une partie de tableau constituée de seize danseurs pour se retrouver en finale, en trois rounds, face à nul autre qu’une ancienne championne du monde, Waackxxxy.
« Je ressentais aussi son énergie, et on s’est dit toutes les deux : “OK, c’est fini maintenant.”
Mais non. Les plus de 10 000 spectateurs étaient partagés à parts égales, et Sway et Charm ont annoncé une égalité, obligeant Joy, danseuse du red corner, à opérer un pivot immédiat. « Il faut vraiment changer d’état d’esprit pour repartir pour un round de plus, dit-elle. C’est le moment de tout donner. »
Heureusement, la méthode de Joy en freestyle repose à parts égales sur la préparation et le ressenti du moment. Avec sa coach, Jennifer Romen, elle avait passé des mois à peaufiner de nouvelles combinaisons et à se préparer à chaque needle drop possible, avec un répertoire varié : locking, hip-hop, afro et house.
En parallèle, savoir précisément quand placer un move décisif dans une battle de freestyle demande une intuition de danseuse — et Joy, qui a commencé les cours à huit ans, n’en manque pas. Dix années plus tard, elle est désormais auréolée d’un titre mondial majeur, et a pris le temps de nous raconter le chemin qui l’a menée jusqu’à cette victoire.
Jaïra Joy, originaire des Pays-Bas, remporte la finale mondiale du Red Bull Dance Your Style à Los Angeles, en Californie.

Jaïra Joy a battu Waackxxxy

© Little Shao/Red Bull Content Pool

Commençons par cette finale. Quel était ton état d’esprit en entrant sur scène, sachant qu’il ne restait qu’une danseuse entre toi et la victoire ?

Jaïra Joy: Entre la demi-finale et la finale, il n’y avait pas beaucoup de temps, même pas dix minutes. Après la demi-finale, je suis allée directement voir le kiné. Ils me massaient les jambes pour les détendre, et ma coach et moi parlions des moves qu’il me restait à montrer. Puis le staff est arrivé : « Tu dois être prête, on y va ! » Tout est allé très vite. Je pensais juste à faire ce que j’avais à faire tout en profitant du moment, parce que c’était la dernière danse de tout l’événement.

Comment as-tu trouvé l’énergie pour faire un quatrième round décisif ?

On ne s’attend jamais à une égalité en finale. En demi-finale ou avant, c’est possible, mais pas en finale. Après le troisième round, je me suis dit : « C’est fini. » Je ressentais aussi l’énergie de Waackxxxy, on pensait toutes les deux que c’était terminé. Voir les lumières à 50/50, c’était intense. Il faut vraiment switcher mentalement pour repartir : « OK, qu’est-ce que je n’ai pas encore fait ? Quel trick me reste-t-il ? » Et ensuite, c’est une question de rapidité d’esprit et d’action. J’ai vraiment senti l’énergie du public : « Encore un round, allez, allez ! Tu peux le faire ! »

Je passais en revue dans ma tête tous les moves que je n’avais pas encore faits. C’était le moment de tout donner : « Un round de plus, 60 secondes. Je suis crevée, mais je peux le faire. » Cette énergie positive, cette envie de gagner, c’est ce qui me traversait à ce moment-là.

Qu’as-tu ressenti en disputant une finale 100 % féminine ?

Dans cette discipline, les hommes dominent souvent. C’est parfois difficile de battle contre eux, ils ont une puissance, une aura, surtout dans le hip-hop. On voit souvent les hommes passer les présélections contre une ou deux femmes seulement. Donc c’était spécial d’avoir une finale féminine et de montrer que nous, les filles, on peut le faire aussi. C’était beau de voir les femmes recevoir autant de soutien et d’amour. J’en ai parlé avec Waackxxxy : c’était vraiment spécial d’être là toutes les deux, d’avoir atteint ce stade face à tous ces danseurs talentueux.

As-tu une battle préférée de cette finale mondiale ?

J’ai vraiment aimé celle contre The Crown, c’est un danseur incroyable. Je pense qu’on se ressemble un peu : il a aussi les tricks, il joue avec le public, il crée des moments de hype, il a de la musicalité. Et j’ai adoré la musique de cette battle [« Nokia » de Drake et « SexyBack » de Justin Timberlake], deux morceaux que j’aime danser, parce qu’ils ont ce côté funky, et moi je fais du locking. C’était juste un bon match avec ce que je ressentais ce jour-là. C’est un des plus grands danseurs du moment, donc j’ai dû me surpasser, et c’était un super challenge.

Ma battle préférée – peut-être de tout l’événement – c’était ton premier round contre Jean-Michel Cruel, sur « 16 Shots ». On aurait dit que tu racontais une histoire parfaitement calée sur la musique. Comment as-tu construit ça sur le moment ?

C’était un hasard, parce que juste avant la battle, Jennifer m’avait dit de faire le gun move, et ensuite j’ai entendu la chanson et j’ai pensé : « C’est parfait. » Je connaissais déjà le morceau grâce aux cours, et j’utilise parfois ce move dans mes danses. Alors j’ai pensé : « Je sais qu’il y a ce son qui arrive, c’est parfait pour ce move. » J’aime m’inspirer de la musique et écouter les paroles ou les sons.

Comment te prépares-tu pour les battles ?

On s’entraîne sur tous les genres : afro, hip-hop, house, littéralement tout, même des morceaux fous comme des musiques de piano – tout était sur la playlist Spotify. On analyse la musique mais on crée aussi de nouveaux moves pour la compétition. Par exemple, le [mime un windmill] du round décisif, il était déjà préparé. Comme j’étais là depuis le début, c’était impossible d’improviser tout sur le moment. Donc on a préparé des moves, des combinaisons, écouté plein de musiques différentes et essayé beaucoup de choses. On s’entraînait à deux en studio, énormément. Mais il y a aussi l’instant présent, écouter la musique, sentir ce qu’il faut faire. C’est un mélange 50/50 entre la préparation et le feeling.J’ai essayé différents styles, techniques et moves. Pendant toute la compétition, j’ai fait du locking, hip-hop, afro, house, folk, waacking, popping… un vrai mix de tout. Mon style principal pour cette compétition, c’était le locking.

Qu’est-ce que ça t’a fait de gagner à Los Angeles, berceau de tant de styles de danse ?

C’était un moment symbolique, comme une boucle bouclée, d’être à LA, là où beaucoup de styles sont nés. Et les gens sont si différents des Pays-Bas : tout semble plus ouvert, plus communautaire. Je n’y étais jamais allée, c’était immense et incroyable. LA, c’est un grand rêve pour tous les danseurs.

Comment ta famille a-t-elle réagi ?

Mes parents étaient à LA pendant la finale, et mes sœurs et cousins avaient un groupe de discussion où tout le monde envoyait des photos du livestream. Ils criaient, pleuraient, étaient fous de joie. Ma famille est toujours à fond derrière tout ce que je fais en danse.

Comment as-tu commencé la danse ?

J’ai commencé à huit ans, mais avant ça je dansais déjà devant les clips de Michael Jackson. Un jour, j’étais dans un club de sport où je faisais du tennis, et j’ai vu une affiche pour les cours de Jennifer. Mon père m’a dit : « Tu dois essayer ça », parce que je dansais tout le temps. J’ai pris les cours, et tout a commencé là. Ensuite, je suis allée à l’Oxygen Academy, où on apprend plein de styles différents – c’est là que j’ai vraiment grandi.

Jaïra Joy se produit lors de la finale mondiale du Red Bull Dance Your Style à Los Angeles, en Californie.

Jaïra Joy était jeune lorsqu’elle a participé à sa première dance battle

© Little Shao/Red Bull Content Pool

Quand est-ce que c’est devenu sérieux ?

Au début, j’étais très jeune, mais je savais déjà que c’était plus qu’un loisir. C’était vraiment ma passion. J’ai toujours rêvé de devenir danseuse. Il y a environ deux ans et demi, on a lancé le programme d’études Oxygen, un programme intensif, comme une école, avec différents cours de danse mais aussi des cours sur la santé, le mode de vie, le corps, les réseaux sociaux – tout ce qui touche à la danse. C’est là que tout est devenu plus sérieux.

Comment as-tu commencé les battles, et qu’est-ce que tu aimes dans ça ?

Depuis toute petite, on s’entraînait déjà beaucoup au freestyle. Au début, c’était des compétitions solo où tu danses devant un jury, puis on a essayé les battles, et j’ai préféré, parce qu’il y a ce petit côté affrontement, cette tension sur le dancefloor. J’avais neuf ou dix ans pour ma première battle et j’ai adoré l’ambiance plus intime. J’en faisais presque une chaque semaine ou toutes les deux semaines, c’était intense, mais j’ai beaucoup appris. C’est juste une autre facette de la danse dont je suis tombée amoureuse.

Que fait Oxygen, la compagnie dont tu fais partie ?

On faisait beaucoup de compétitions avant, mais maintenant, c’est plus occasionnel. On se concentre davantage sur les performances, les shows — on a fait une tournée théâtrale aux Pays-Bas — mais aussi sur les vidéos concepts, les réseaux sociaux, TikTok, tout ça. Et bien sûr, les battles : en crew ou en 1 vs 1. On a aussi une Academy où j’enseigne le locking. On fait un peu de tout : commercial, freestyle, enseignement.

Quelles sont tes inspirations en danse ?

Michael Jackson, c’est un niveau à part. Sa danse, son chant, sa musique, même ses tenues — j’aime tout. Et bien sûr, Jennifer est une grande source d’inspiration, c’est un peu comme ma deuxième mère. J’admire beaucoup les danseurs japonais : ils ont cette puissance, cette discipline, ils sont à un autre niveau. Leur travail, leur rigueur en studio, même les enfants, tout est précis, puissant.

Ta tenue en finale faisait très Michael Jackson.

C’était un peu inspiré de Janet et Michael Jackson. Chez Oxygen, on fait souvent des créations inspirées de MJ. En freestyle, c’est aussi dans ma gestuelle. J’utilise beaucoup ses influences : le glide, le moonwalk, les petits détails des mains…

Jaïra Joy pose pour un portrait lors de la finale mondiale du Red Bull Dance Your Style à Los Angeles, aux États-Unis, le 11 octobre 2025.

Jaïra Joy a gagné la World Final du Red Bull Dance Your Style 2025

© Tyrone Bradley/Red Bull Content Pool

Quand tu as moonwalké lors de ta première battle contre Viktor, on avait l’impression de revoir MJ un peu.

C’est toujours un grand compliment pour moi. Une fille m’a même dit que j’étais comme la réincarnation de Michael Jackson. La tenue aide beaucoup à créer le personnage. C’est super important d’avoir une tenue qui correspond à ta vibe. Et sur une grande scène comme celle-là, une tenue spéciale fait vraiment la différence.

Quelles réactions as-tu reçues après ta victoire à la Red Bull Dance Your Style World Final ?

Les messages que je préfère sont ceux de gens qui me disent que je les ai inspirés à reprendre les cours de danse ou à se remettre à danser. J’ai reçu plein de DMs de gens qui avaient arrêté, mais que la compétition a motivé à recommencer. C’est un énorme compliment. Et puis, les messages sur le travail fourni, sur le parcours jusqu’à l’événement Red Bull — j’aime que les gens voient combien j’ai travaillé, que ce n’est pas arrivé par hasard. C’était vraiment des mois d’entraînement intensif.

C’est toujours agréable quand quelqu’un te dit : « Wow, on a vu ton travail, tu le mérites. » C’est étrange que tant de gens me connaissent maintenant, alors que je vis dans une petite ville tranquille des Pays-Bas. Aujourd’hui, j’ai des réactions du Japon, des États-Unis, d’Afrique… C’est un grand changement, mais c’est génial.

Et maintenant, quelle est la suite ?

Voyager dans le monde entier avec Oxygen pour montrer ce qu’on sait faire. Prouver qu’on peut faire du freestyle mais aussi de la chorégraphie. C’était une belle étape pour le montrer, parce que maintenant, les gens nous reconnaissent davantage. On est plus connus pour la choré, et le freestyle est quelque chose que les gens n’attendent pas forcément de nous. Maintenant, on montre qu’on peut tout faire.

La finale mondiale du Red Bull Dance Your Style 2026 reviendra en Europe, au Hallenstadion de Zurich, le 24 octobre.

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Red Bull Dance Your Style USA

The premiere one-on-one street dance competition returns for its 2026 season.

42 Étapes

Red Bull Dance Your Style World Final Los Angeles

La Red Bull Dance Your Style World Final débarque aux États-Unis pour la première fois.

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