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La Grande Bouffe

© Christophe Margot/Red Bull Content Pool
Écrit par Yohan Huvelle
Du mythe des pâtes aux régimes vegans, en passant par le bigmac d'avant match, on vous dit tout sur les régimes alimentaires des athlètes d'aujourd'hui.
Que vous soyez un rider de compétition ou en préparation pour votre 33ème IronMan, vous ne déconnez pas avec la bouffe. C'est normal, puisque c'est le socle de n'importe quelle activité sportive. Le truc, c'est que l'on invente pratiquement un nouveau régime chaque jour, sans parler de toutes les alternatives qui existent déjà. Pour y voir plus clair, nous avons fait appel à deux diététiciens du sport, Nicolas Aubineau (auteur du livre "Les Recettes du Sportif " paru chez Mango) et Dominique Poulain (auteure de " L'essentiel sur l'alimentation du sportif " publié chez Parresia) pour vous aider à y voir plus clair. Et pourquoi pas vous donner 2 ou 3 nouvelles idées de recettes.

Les régimes actuels

Pour commencer, faisons un tour d'horizon des tendances actuelles avec Dominique Poulain : « Aujourd’hui, ce que nous rencontrons le plus souvent ce sont : des régimes cétogènes, des entrainements à jeun, des régimes hyperprotéinés mais également des pratiques sans gluten, ou sans lactose. Enfin nous avons les régimes végétariens et végétaliens. » Le problème est le suivant : ces régimes sont parfois mal adaptés, ou souvent poussés à l'extrême, comme le fait remarquer Nicolas Aubineau : « J’accueille régulièrement des sportives et des sportifs qui font en sorte de manger moins, en se fixant des doses plus faibles que la normale (…) Mon rôle, en tant que nutritionniste et diététicien, c’est de venir assouplir ces protocoles alimentaires drastiques. » En d'autres termes, pas la peine de (trop) se priver.
De nombreuses personnes ont tendance à se construire un régime dans leur coin, en compensant la suppression de certains aliments par des compléments. Ce qu'il faut éviter, selon Dominique : « La prise de compléments alimentaires, même dits naturels, ne suffit pas. Si vous souhaitez appréhender sérieusement un nouveau régime alimentaire, il faut absolument que vous fassiez un bilan clinique chez un médecin. Puisque seule une analyse biologique permet d’étayer la prise ou non de ces compléments. Et il faut être très attentif à cela. L’alimentation est le support de base à tous les sportifs, amateurs ou de haut-niveau. »

Végétarien de haut niveau

Si vous êtes végétarien, ou vegan, et que vous vous enfilez 15kg de vitamine B12 bio chaque matin, pas sûr que vous soyez totalement immunisé(e). Après, une chose est sûre : on peut être végétarien (ou végétalien) tout en menant une activité sportive de haut niveau, affirme Nicolas Aubineau : « J'ajouterais même que le végétarisme est le seul régime viable de bout en bout (...) en considérant aussi le fait que l'on puisse trouver des protéines dans d’autres produits. Toutefois, attention aux substituts, comme le lait de vache par exemple. Ce dernier est plus inflammatoire, notamment en raison de protéines plus grossières. »
De son côté, Dominique constate cependant que beaucoup de sportifs végétariens ont, en plus d'un suivi médical adapté, une connaissance approfondie des mécanismes biologiques et nutritionnels : « Le végétarisme dans les milieux sportifs ne pose pas de problèmes, il concerne généralement des athlètes qui sont très avertis sur le plan alimentaire, et qui ont pris le temps de faire des recherches. En ce sens, le végétarisme n’est pas systématiquement synonyme de carences ou de déficiences alimentaires. »

Le mythe des pâtes

Tout le monde a déjà entendu dire que lorsqu'on fait beaucoup de sport, il faut manger beaucoup de pâtes. Ce qui n'est pas totalement faux, mais loin d'être vrai et suffisant, comme en atteste Dominique : « Alors oui, selon le contexte sportif, la prise de repas glucidiques dans les 2,3 jours précédant des courses longues est justifiée pour bien se refaire au niveau des ressources glycogéniques, hépatiques et musculaires. Donc ça passe par une prise de féculents, dont les pâtes font partie, au même titre que les pommes de terre, le riz ou la semoule. » La clé, c'est donc de varier.
Les régimes alimentaires des sportif : Le nonuple champion du monde des rallyes WRC Sébastien Loeb déguste un plat de spaghettis.
Loeb dégustant un plat de spaghettis
D'ailleurs, le régime 100% pâtes est moins actuel, surtout avec les nouveaux régimes sans gluten, comme le rappelle Nicolas : « Rappelons que ces régimes ont émergé en tant qu'alternatives aux produits industriels qui contiennent beaucoup trop de gluten. Ce qui va de pair avec un retour aux produits bruts. » Ce regain d'intérêt pour des aliments naturels et essentiels constitue plus largement un retour au traditionnel, selon Dominique : « On peut opter pour des plats préparés « maison » et revenir un peu plus à la cuisine. »

Chacun son profil

Tous les sportifs ne se valent pas : question de métabolisme, de composition ou de discipline, tout simplement. Du coup, il est primordial de comprendre l'athlète - et son comportement - avant d'entamer quoi que ce soit sur le plan alimentaire : « Avant de parler des différents aliments, et des pratiques à mettre en place, on rentre vraiment dans le comportement du sportif. En fonction de ses obligations, de son rythme social, de sa gourmandise. Une fois qu’on a croisé nos chemins, pour mieux se comprendre, on peut poser l’alimentation. » commente Dominique.
Un constat que partage Nicolas : « Nous devons adapter les apports caloriques en fonction du poids, de la forme du sportif concerné. Tous les profils n'assimilent pas les éléments de la même manière…Par exemple nous allons étudier les troubles potentiels comme le stress ou les insuffisances hépatiques. » Et, d'une certaine façon, ce que mange et boit un sportif peut faire la différence avec ses adversaires précise Nicolas : « L'alimentation, c’est le support de la cellule. Ensuite, la cellule fait ses propres pièces à partir des nutriments absorbés (...) Augmenter sa masse musculaire, renforcer ses tendons, avoir une bonne transmission cérébrale ou atteindre le mouvement correct : tout ça est cellulaire. Donc si la cellule n’a pas toutes ses pièces, elle ne peut pas fonctionner correctement. »

Les mauvais élèves

Face aux écarts ou à un manque de suivi, Dominique insiste sur le fait de rester pragmatique : « Le sportif ne vit pas d’amour et d’eau fraîche. Un muscle est fait de ce que l’on mange. En ce sens, si les prises alimentaires sont de qualité incertaine pendant des semaines, ce n’est pas parce qu’on mange des pâtes la veille que l’on va soudainement palier à une anémie ou prévenir une fracture de fatigue (…) il suffirait, pour éviter des poudres et des crèmes, d’aller vers une alimentation protégée. Des errements nutritionnels pendant des mois avant des épreuves sportives ne peuvent pas se corriger par quelques jours de bonne alimentation. »
Car certains - rares - sportifs se laissent aller ou prennent la question de l'alimentation à la légère. Sans trop se soucier de son impact sur leurs performances, constate Nicolas : « Récemment, je m'occupais d'un tennisman, qui juste avant une finale, est allé manger son bigmac au Mcdo. C'était plus cérébral que physiologique, et c'est aussi une des raisons pour lesquelles nous devons constamment nous adapter en fonction des individus. L’athlète, c’est du sur-mesure. On est jamais vraiment fixés, et l'on améliore l'alimentation palier par palier pour trouver le juste milieu, en sachant que le mieux est l’ennemi du bien. » Entre l'ascétisme et le big mac, il y a donc de la marge.