Partez avec un VTT bien réglé et des roues gonflées à la bonne pression© AlexLuise.com
Bike
Le guide ultime pour régler son VTT
Hauteur de la selle, position, pression des pneus, suspensions, entretien du vélo : voilà pourquoi et comment faire les réglages de base sur votre VTT.
Écrit par Vincent Girard
Publié le
Ça y est : vous avez enfin succombé au charme du VTT et venez d'acheter une machine digne de ce nom. Mais avant d’avaler les sentiers, quelques réglages s’imposent, histoire de vous sentir à l’aise en toutes conditions et d’adapter au mieux votre VTT à votre morphologie.
Pour mieux vous guider dans ces réglages qui peuvent faire de grandes différences, on a sollicité Julien Brugeas, mécanicien sur le circuit de Coupe du monde depuis 15 ans et responsable du service course pour le team "Absolute Absalon - BMC". Une structure que vient d'ailleurs de rejoindre la championne du monde de cross-country Pauline Ferrand-Prevot.
Que ce soit sur un vélo d’occasion ou un VTT tout juste acquis chez un revendeur, deux points essentiels sont à surveiller d'emblée : votre position sur le vélo et le réglage de vos suspensions.

Position sur le vélo : "Notez vos points fixes"

"Commencez par trouver votre hauteur de selle parfaite" conseille Julien Brugeas. "Pour y parvenir, il y a un truc simple à retenir. Quand on est sur le vélo et que la pédale est en bas, il faut qu’en posant le talon, on ait la jambe tendue. Quand on remet la pédale au niveau de l’avant du pied, ça permet d’avoir le genou légèrement fléchi quand la pédale est au plus bas. Un bon réglage postural permet d’éviter les douleurs musculaires, notamment en bas du dos, au niveau des cuisses ou même dans les genoux. L’efficacité au pédalage est également plus grande quand on est bien installé sur le vélo. Au pédalage, on sent rapidement si la hauteur de selle doit être corrigée ou non. Une fois votre position trouvée, je conseille de noter vos points fixes. Notez vos mesures dans un carnet pour être certain de toujours bien régler votre vélo."
Outre la hauteur de la selle, vous pouvez également ajuster l'avancée ou le recul de celle-ci sur le chariot. Pour trouver la bonne position, mettez-vous sur votre vélo avec les chaussures que vous utilisez pour rouler. Les manivelles sont à l’horizontale, parallèles au sol. Posez un fil à plomb sur votre genou plié. Le fil doit alors tomber exactement sur l’axe de la pédale, en bas. Si le fil tombe devant l'axe, reculez votre selle. Et inversement. Comme le conseille Julien Brugeas, notez là aussi vos mesures grâce aux inscriptions graduées placées sur les rails. Quant à l'inclinaison de la selle, on conseillera la plupart du temps de la laisser parallèle au sol. Vous pouvez utiliser un niveau pour être certain de vos mesures.
La hauteur de la selle SQlab du VTT enduro du rider professionnel autrichien Fabio Wibmer.
Le selle de SQlab
Sur le guidon, vous pouvez également ajuster les manettes de frein qui doivent tomber sous les mains pour que le freinage soit le plus naturel possible. "Pour le levier de frein, c’est une question de confort et il n’y a donc pas de règle en la matière. Chacun à son propre ressenti." précise Julien Brugeas. Quant à la potence, vous pouvez la relever ou l'abaisser pour une meilleure posture en jouant avec le nombre d'entretoises placées sous cette dernière. Cela vous permettra de relever ou d'abaisser le poste de pilotage.

Réglage des suspensions : l’importance du SAG

En anglais, le SAG signifie l’affaissement. Sur un VTT semi-rigide ou tout suspendu, il correspond au pourcentage d'enfoncement des suspensions lorsque le rider monte sur le vélo. Ce réglage permet d’ajuster les suspensions au poids du pilote, en jouant sur le ressort. Pour le régler, asseyez-vous sur votre VTT sans bouger ni faire rebondir les suspensions. Le blocage de fourche doit être en position ouverte. Regardez le niveau de SAG indiqué grâce au joint (des graduations en pourcentage sont notées sur le plongeur), puis gonflez ou dégonflez avec la pompe haute pression en fonction de votre pratique. N’oubliez pas de monter sur le vélo avec casque, chaussures, sac et bouteille, car ces éléments peuvent représenter un poids important et modifier la pression requise pour un réglage parfait.
Le vélo custom de Vali Holl
Le vélo custom de Vali Holl
"Sur une fourche de cross-country de 100 mm, on préconise un SAG entre à 25%" précise Julien Brugeas. "Concrètement, il faut s’assoir sur le vélo en statique et que la fourche s’enfonce donc de 25 mm pour qu’elle soit bien réglée. C’est important pour que le vélo soit le plus efficace possible." Si le SAG est trop important, la compression de l’amortisseur sera alors excessive, ce qui poussera le pilote à s'asseoir trop bas et augmentera le risque que les pédales heurtent le sol. "Ce mauvais réglage aura aussi comme conséquence de talonner plus souvent les suspensions, c'est à dire d'arriver au maximum du débattement" ajoute Julien Brugeas. "Si talonner de temps en temps sur un gros choc peut arriver, le faire trop souvent endommagera les suspensions".
À l’inverse, un SAG trop faible réduira le niveau de grip avec un angle de direction trop fermé et un pilotage plus difficile. Comme pour la hauteur de selle, Julien Brugeas conseille de noter vos mesures de SAG. "Si on s’arrête de rouler quatre mois l’hiver, on peut ne pas se souvenir de la pression à laquelle on était sur la dernière sortie, d’où l’utilité de l’avoir notée." Pour une pratique en VTT descente, le SAG sera évidemment plus important (autour de 35% pour l'amortisseur par exemple).

Régler le rebond en fonction du terrain

"Pour un rider DH, il faudra faire davantage de réglage des suspensions afin qu’elles s’adaptent parfaitement à la piste" explique Julien Brugeas. "Les fourches sont plus hautes, plus grosses et peuvent permettre de régler les hautes et basses vitesses des suspensions".
Autre réglage sur lequel le pilote peut venir jouer : celui du rebond, soit la vitesse à laquelle la suspension revient à son point de SAG. "S’il y a beaucoup de pente raide, on va augmenter le rebond pour avoir une fourche qui reste moins dans le débattement. On va être plus haut de l’avant et ce sera plus confortable en allégeant la roue avant. Le pilotage sera plus simple. S’il y a de la boue, on va réduire le rebond pour que le vélo soit moins nerveux et qu’il colle plus au sol. Ça permettra de mieux contrôler le vélo quand le terrain est glissant."
Pour affiner vos réglages sur le rebond, roulez sur une route plate. Enfoncez la suspension et regardez la rapidité avec laquelle l’avant et l’arrière reviennent au point de SAG. Le rebond avant doit être légèrement plus rapide que l’arrière.
Jouez sur le rebond de votre fourche en fonction du terrain
Jouez sur le rebond de votre fourche en fonction du terrain

Pression des pneus : "Aujourd’hui on peut se permettre de rouler moins gonflé"

Autre réglage essentiel d’un VTT : la pression des pneus. Sur ce plan, certains ont tendance à surgonfler pour éviter la crevaison, mais Julien Brugeas conseille pourtant de faire l’inverse. "Aujourd’hui, il y a trop de gens qui roulent avec des pressions élevées. Avec la qualité des pneus, le préventif et les mousses que je conseille en enduro et en e-bike car elles se mettent en protection entre le pneu et la jante, on peut rouler à 1,2 ou 1,4 barres. Ça permet d’avoir un pneu très efficace avec beaucoup de grip. N’hésitez pas à acheter un petit manomètre. Ce n’est pas cher (autour de 20 euros) et ça permet d’avoir toujours les mêmes pressions, d’autant que les manomètres des pompes ne sont pas les plus fiables."
Chargés et prêts à rider
Chargés et prêts à rider

Un entretien qui dépend des conditions de roulage

Une fois votre sortie terminée, le lavage s’impose. Surtout si les conditions sont humides et boueuses. "Je ne conseille pas le lavage à haute pression" prévient cependant Julien Brugeas. "Le karcher, c’est uniquement s’il y a de la boue. Sinon, c’est éponge et seau d’eau avec du savon. Ça évite d’abimer les roulements. Il faut également huiler la chaîne pour qu’elle soit toujours parfaitement efficace et qu’elle dure plus longtemps. On en met sur les maillons en faisant un ou deux tours de chaine. On essuie le surplus et on passe toutes les vitesses pour que ça pénètre bien."
"Pour la chaîne, il existe d'ailleurs un outils de mesure de l'usure qui ne coûte que quelques euros et qui permet de savoir quand la changer. Cela permet de garantir un bon fonctionnement de la transmission et surtout de conserver sa cassette et son plateau plus longtemps, donc de faire des économies. C'est encore plus vrai sur les VAE, où l'usure est plus précoce que sur les vélos musculaires. Et pour les fourches, il y un truc facile à faire, c’est de passer un collier rilsan en plastique entre le plongeur et le joint à lèvre (qui fait le tour du plongeur) et y mettre de l’huile de fourche. Ça lubrifie et ça nettoie le joint. On peut le faire à chaque sortie ou au moins une fois par semaine."
Le vélo de Manon Carpenter, bichonné par son staff
Le vélo de Manon Carpenter, bichonné par son staff
"Pour les suspensions, un grand nettoyage une fois par an est important. Il y a des spécialistes qui font ça très bien. Ou on peut le faire soit même en s’aidant par exemple de tutos sur Youtube. Mais dans ce cas-là, il faut avoir quelques connaissances techniques. Pour les amortisseurs, ce sera peut-être plus compliqué car il y a de l’azote dans le système et les pièces sont plus petites. Mais quelqu’un qui bricole un peu est tout à fait capable de le faire."

"Un gros lavage est toujours utile, mais il faut pouvoir tout remonter"

"Pour les roulements, cela dépend si on roule sur le sec ou en hiver dans le nord de la France. Mais ils finissent forcément par se changer car ils prennent du jeu au fil des sorties. Si on roule trois ou quatre mois dans la boue l’hiver, les roulements peuvent tout à fait demander à être changés au bout de cette période. Si c’est bien entretenu, ça peut mettre plus de temps. En tout cas, il faut avoir un œil là-dessus. Enfin, l’hiver peut aussi être l’occasion de complètement démonter son vélo car il y a toujours quelques endroits inaccessibles au lavage qui vont prendre de la terre et user les pièces. Si on s’y connait un peu et qu’on a l’outillage, c’est ok. Mais il faut savoir où l’on va car les vélos sont de plus en plus complexes et une fois le lavage terminé, il faut pouvoir tout remonter." Bien noté !