Romain Ntamack fait du rameur lors d'un entrainement.
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Rugby

Romain Ntamack : destin d’élite

De ses premières passes à ses premiers matchs, l’enfant prodige du rugby français Romain Ntamack revient sur son accession au monde pro. Un récit sans limitation de vitesse.
Écrit par Red Bull France
Temps de lecture estimé : 8 minutesPublished on
Comme toujours dans les histoires de sportifs, tout a commencé, pour Romain Ntamack, dans un vestiaire. Sauf qu’en l’occurrence, il ne s’agissait pas du sien. Enfin, pas encore : « Mes premiers souvenirs de rugby sont liés à mon père » rembobine ainsi le fils de l’ancien international du Stade Toulousain Émile Ntamack. « Je devais avoir 4 ou 5 ans. Il m’emmenait aux entraînements et je me souviens que je jouais avec ses coéquipiers et lui dans le vestiaire » poursuit-il en décrivant un véritable coup de foudre : « Le rugby a toujours été ma passion. Je ne me voyais pas pratiquer un autre sport, même si j’en ai essayé d’autres. J’aime son environnement, ses valeurs, l’esprit d’équipe qu’il implique, le fait que l’on se batte les uns pour les autres… Et bien sûr, l’héritage familial a aussi beaucoup joué dans cette transmission. Au-delà de mon père, ma mère (professeure d’EPS, ndlr.) et mes grands-parents m’ont aussi beaucoup accompagné. »
Ainsi, à l’âge où l’on apprend à lire, le futur ouvreur du XV de France joue déjà au Stade Toulousain. Ce qui ne l’empêche pas de faire des heures supplémentaires dans le jardin familial pour travailler l’une de ses futures armes fatales de meneur de jeu : « Je passais des heures à faire des passes. Après, on s’améliore évidemment au fil du temps, notamment en matière de puissance et de précision, mais c’est un geste que j’ai maîtrisé assez rapidement. » explique celui qui, déjà, sait instinctivement que l’entraînement lui permettra de faire la différence : « Je ne sais pas si j’avais quelque chose en plus, mais je travaillais plus dur que les autres et ça payait sur le terrain. Je voyais que j’avais cette passion en plus qui m’animait et me rendait peut-être meilleur. »
Le joueur de rugby Romain Ntamack et son père Émile en 2007.

Romain et son père Émile en 2007

© Famille Ntamack

Un facteur travail auquel il faut pourtant ajouter une vista innée et une science rugbystique cultivée très tôt aux côtés d’Émile : « Une bonne lecture du jeu permet d’avoir toujours un temps d’avance. Et je pense que si j’ai rapidement eu une bonne vision, ma progression est aussi due au travail d’analyse que je faisais en regardant des matches avec mon père et en discutant avec lui. Il savait que je voulais jouer numéro 10 et m’a donné beaucoup de conseils sur le rôle d’ouvreur. Ça m’a énormément aidé. »
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Les choses sérieuses

Jusqu’à l’adolescence, pourtant, Romain ne songe pas encore nécessairement à marcher dans les pas professionnels de son père. « Pour moi, à cet âge-là, le rugby c’est surtout du plaisir. Celui de progresser et de jouer avec les copains. » Mais très vite, tout s’accélère. S’il est abonné aux tournois régionaux jusqu’à la fin du collège, le jeune ouvreur découvre peu à peu les équipes du reste de l’hexagone, les détections et surtout le pôle espoirs. Soit une structure mise en place par la Fédération pour accompagner les meilleurs jeunes Français vers le plus haut niveau. Mais encore faut-il en faire partie : « Il y avait dix joueurs par génération dans chaque région. Donc dix en seconde, dix en première et dix en terminale. Moi, j’étais en seconde. Et pour être parmi les dix, il fallait vraiment être bon toute l’année et sortir du lot. Ça devient tout de suite un peu plus sérieux ! »
Bonne nouvelle : Romain sort évidemment du fameux lot (tout en rentrant dans celui du pôle espoirs). En partie parce qu’il se donne « déjà à 100% pour franchir les étapes les unes après les autres. » Mais, aussi, parce qu’il vient après tout du Stade Toulousain, dont le niveau d’exigence tutoie les cieux : « Tous les ans, en fin de saison, le club organisait des sélections qui permettaient de déterminer les joueurs des catégories de l’année suivante. Le simple fait d’être conservé représentait déjà un challenge. » Même lorsqu’on s’appelle Ntamack : « Je pense avoir un esprit de compétiteur qui m’a toujours poussé à vouloir être le meilleur et me battre pour ça. Alors, même si je voulais qu’il n’y ait aucune ambigüité sur ma présence au Stade Toulousain par rapport à mon nom, ça ne m’a jamais porté préjudice. »
Le jeune Romain Ntamack lors d'un entrainement de rugby.

Les jeunes années

© Famille Ntamack

Mais s’il gravit les échelons sur le terrain et se retrouve même surclassé en équipe de France des moins de 17 ans en 2015 (alors qu’il n’a que 15 ans), Romain n’en oublie pourtant pas de cravacher en dehors. Du moins assez pour continuer à poursuivre son rêve d’une carrière pro : « Au collège, je faisais de mon mieux et ça allait. J’avais plutôt des bonnes notes et de toute façon, pour intégrer le pôle espoirs, il fallait avoir son brevet. Ensuite, même si j’étais quand même totalement concentré sur le rugby, je faisais ce qu’il fallait en cours pour avoir la moyenne et le bac. Ce qui était, pour moi, le minimum. »

Vitesse supérieure

Le minimum, Romain ne s’en contente pas sur le pré. Sélectionné – et là aussi surclassé - avec l’équipe de France des moins de 20 ans dès 2017, le prodige participe à son premier match pro en Top 14 le 30 septembre de la même année. Un rêve éveillé : « Ce jour-là, je commence le match sur le banc et je m’attends à entrer en fin de rencontre. Mais Jean-Marc Doussain, qui est à l’ouverture, se blesse à dix minutes de la première mi-temps. Donc je rentre et je joue bien 50 minutes. Ce n’était pas prévu mais je suis serein, à l’aise sur les ballons que je touche… et très content. Ma famille et mes amis sont là, je joue avec mon club de cœur, mon père est dans les tribunes… C’est un grand souvenir pour nous. Un moment qui marque. »
Des débuts sans nuages, en somme, qui collent à la progression express mais naturelle de Romain. Une trajectoire qu’explique en partie l’ambiance toulousaine : « C’est hyper familial et bienveillant. Et comme je suis un peu l’enfant du club, mon intégration s'est faite de manière facile. Enfin, évidemment, chez les pros, on fait tout puissance 10. Il faut être au diapason pour suivre. Mais j’ai toujours rêvé de ne pouvoir penser qu’au rugby ! » Et, aussi, de gagner. Ce qu’il fait en remportant le Tournoi des Six Nations et surtout le titre de champion du monde des moins de 20 ans 2018 avec les Bleuets, en France. Soit le premier succès mondial du rugby hexagonal depuis 2006.
« C’est un titre que ma génération n’oubliera pas. On était très potes parce qu’on avait tout fait ensemble les années précédentes et on s’est dit toute la saison qu’on voulait vraiment décrocher ces titres avant de basculer dans le monde pro. En plus, c’était la première fois que la France gagnait ce mondial. » se souvient-il, avant d’expliquer à quel point cette victoire a mis toute un groupe sur orbite : « Je pense que c’est aussi pour cela que les jeunes rugbymen français ont commencé à jouer en pro plus rapidement que les années précédentes. On voit que ça fait le bonheur des clubs et de l’équipe de France. »
Une équipe de France senior que, d’ailleurs, Romain découvre l’année suivante, en 2019, à l’occasion de la première journée du Tournoi des Six Nations contre le Pays de Galles au Stade de France. « C’était un super moment, d’autant plus que je ne m’attendais pas à être appelé ! Mais grosse surprise : j’ai été titularisé dès le premier match et même si on perd à la fin, ça reste un souvenir exceptionnel. Surtout contre le Pays de Galles et ses joueurs que j’admirais depuis tout petit… »

Vers l’infini…

Parce que oui, même s’il a depuis gagné deux Championnats de France avec Toulouse (2019 et 2021) et mené le XV de France à la victoire lors du Tournoi des Six Nations 2022, Romain, ce jeune homme pressé de 23 ans, reste le premier surpris par ses propres exploits. Ou plutôt la rapidité avec laquelle il les enchaîne : « Même si on se donne les moyens et qu’on fait tout dans l’ordre pour arriver à vivre ces moments-là, c’est toujours étonnant. »
Mais lorsqu’on lui rappelle que Maxime Mermoz le compare volontiers à un autre météore programmé pour réussir, Kylian Mbappé, Romain décèle pourtant des points communs : « Je pense qu’il s’agit de mentalités similaires. Celles de gagnants qui deviennent des cadres rapidement parce qu’ils veulent être les meilleurs. Une exigence à laquelle il faut cela dit ajouter du travail. »
Et, aussi, du talent. Celui qui permettra peut-être à Romain de continuer à montrer la voie à l’équipe de France lors de la Coupe du Monde 2023, organisée dans l’hexagone, comme il l'a déjà fait lors du Tournoi des Six Nations ? On l’espère.
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Romain Ntamack

Véritable incarnation du rugbyman moderne, le fils d'Émile Ntamack a su se faire un prénom pour mieux continuer à écrire la belle saga familiale. Portrait d'un surdoué.

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