Sandro Dias skate la plus grande rampe du monde lors du Red Bull Building Drop à Porto Alegre, au Brésil, le 25 septembre 2025.
© Marcelo Maragni/Red Bull Content Pool
Skateboard

Alors, c’est comment de rider la plus grande rampe du monde, Sandro Dias ?

Sandro Dias a ridé la plus grande rampe de skate de l’histoire. Il revient sur l’événement, la transmission, et sur la façon dont cet exploit l’a poussé à franchir un cap à 50 ans : aller à la salle.
Écrit par Farran Golding
Temps de lecture estimé : 7 minutesPublished on
En 1988, au sommet de sa carrière et des compétitions de vert, Sandro Dias s’est rendu dans la ville côtière de Porto Alegre, au Brésil. Devant le tout nouveau bâtiment du Centro Administrativo Fernando Ferrari (CAFF), il entrevoit ce que des générations de skateurs allaient imaginer pendant des décennies : le descendre en skateboard.
Le CAFF, qui abrite plusieurs bureaux de l’administration publique, culmine à 22 étages. Ce monolithe moderniste est resté gravé dans l’esprit de Dias. Il propose pour la première fois de le skater il y a environ treize ans, mais l’idée est refusée : la surface est jugée « impossible » à rider et l’entreprise trop dangereuse. Dias persiste, soumettant la proposition tous les deux ou trois ans, sans succès. Mais le fait qu’il ait ridé le pont Estaiadinha, à São Paulo en 2019, semble avoir fait bouger les lignes.
Le Brésilien Sandro Dias pose fièrement après sa session de skate sur une rampe située à 45 mètres au-dessus du pont Estaiadinha à Sao Paulo.

Sandro Dias pose fièrement sur le pont Estaiadinha

© Fabio Piva/Red Bull Content Pool

Sandro Dias sakte sur le pont Estaiadinha à São Paulo.

Sandro Dias skate sur le pont Estaiadinha à São Paulo

© Fabio Piva/Red Bull Content Pool

Trois ans plus tard, la réponse tombe : « oui ». Pour se préparer au Red Bull Building Drop, Dias, alors âgé de 50 ans, a fait quelque chose qu’il n’avait jamais fait auparavant — et qui longtemps a paru étranger au monde du skate : il s’inscrit à la salle de sport.
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À l’époque des compétitions, je le faisais aussi par amour
Pendant la majeure partie de sa carrière, Dias a vécu des compétitions de vert. Quand la rampe devient votre lieu de travail, le classement peut jeter une ombre sur le plaisir, mais au fil des décennies, il a gardé un état d’esprit à contre-courant. « Ne pas skater pour le résultat », dit-il. « À l’époque des compétitions, je le faisais aussi par amour. Je devais concourir pour gagner ma vie, mais j’étais amoureux du skate. Si vous ne le faites pas avec amour, il n’y a plus d’essência [essence], c’est le vacio [vide]. Ce serait mécanique. Et je ne veux rien faire de mécanique. Je veux le faire avec passion. Quand on fait les choses avec passion et amour, on les fait mieux, et on en profite davantage. »
Sandro Dias pendant le Red Bull Building Drop à Porto Alegre, au Brésil.

À 50 ans, Sandro Dias a réécrit les règles du vert skating

© Marcelo Maragni/Red Bull Content Pool

C’est cet état d’esprit qu’il essaie aujourd’hui de transmettre à la nouvelle génération. Dans son skate camp, Dias encadre jusqu’à une centaine de skateurs — généralement débutants — deux fois par an, et dispense aussi des cours individuels à des athlètes confirmés. Malgré la différence de niveau, ses deux approches se rejoignent.

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Son skate camp, qui fête ses dix ans, lui a notamment permis de rencontrer Gui Khury et Yndiara Asp — cette dernière qu’il entraîne désormais en solo. Toujours motivée à apprendre de nouveaux tricks, Asp arrive avec un plan précis : ils s’équipent, elle choisit un trick, Dias le montre puis détaille la position des pieds, le timing et la technique pendant qu’elle s’exécute. Dias s’émerveille de la rapidité de sa progression, notant la différence avec sa génération, qui apprenait en décryptant des séquences photo dans les magazines bien plus que dans les vidéos.
Yndiara Asp plaque un trick en skateboard lors du Red Bull Skate the View.

Yndiara Asp pendant le Red Bull Skate the View

© Naim Chidiac/Red Bull Content Pool

Il a rencontré Khury quand celui-ci n’avait que six ans. Dix ans plus tard, le prodige enchaîne les 1080 et est devenu le premier à rentrer un kickflip dans un 900 (Dias lui-même fut, pendant plusieurs années, l’un des rares à réussir le 900 sans fliptrick). Bouclant la boucle de l’histoire du vert brésilien, Khury a d’ailleurs contribué à la préparation de Dias pour son incroyable drop-in depuis le bâtiment du CAFF.
Guilherme Khury réalise un saut en skateboard au-dessus d'une Formule 1 Red Bull Racing, au musée Oscar Niemeyer, lors du Red Bull Show Run 2025 à Curitiba, au Brésil.

Guil Khury saute au-dessus d'une F1 Red Bull Racing

© Marcelo Maragni/Red Bull Content Pool

Les mois précédant l’exploit, Dias s’est entraîné sur la mega ramp de Khury à Curitiba, dans le sud du Brésil, pour supporter jusqu’à 350 kg de pression sur le haut du corps en sortie de quarterpipe, et s’habituer à la force G qu’il affronterait en dévalant le CAFF.
Pour se préparer à la vitesse — estimée à 125 km/h — il s’est tourné vers ses amis du downhill skate. « Ils trouvaient ça cool, mais je ne leur ai rien dit sur le pourquoi. Ils hallucinaient », raconte-t-il. Confiant, il s’envole ensuite pour Salzbourg, en Autriche, afin de perfectionner sa technique de skitching (s’agripper à un véhicule en roulant) à grande vitesse. Résultat : 136 km/h sur la piste d’un aéroport.
Dernière étape : apprendre à encaisser l’impact de la réception. « On avait cet énorme airbag », raconte Dias, évoquant une scène digne d’un cartoon. « Il se rapprochait, encore et encore… et boom ! » On augmente progressivement la vitesse, de 30 à 70 km/h. Se jeter dessus volontairement est un vrai exercice mental : « Normalement, on évite les obstacles et les chutes. Au début, c’était dur de volontairement foncer dans un mur devant moi », confie-t-il.
Le skateur Sandro Dias freine contre un mur après son saut lors du Red Bull Building Drop.

Dias s'est entraîné pour apprendre à s'arrêter

© Joerg Mitter/Red Bull Content Pool

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Normalement, on évite les obstacles et les chutes. Là, je devais faire l’inverse
Le Red Bull Building Drop s’inscrit dans une lignée de vert skate née dans les années 2000, où la discipline se mêlait aux exploits de records. The DC Video (2003) se terminait sur Danny Way battant les records du « plus long saut » et du « plus haut air » sur une mega ramp (il sautera d’ailleurs la Grande Muraille de Chine deux ans plus tard). En 2008, Xtremely Sorry de Flip Skateboards montrait Bob Burnquist faire du base jump dans le Grand Canyon, avant de recommencer dans Dreamland (2011) en sautant d’un hélicoptère après un air monumental.
Le vert a ensuite décliné dans les années 2010, avant de retrouver un second souffle récemment. En 2024, la jeune Arisa Trew, 14 ans, est devenue la première femme à rentrer un 900, 25 ans après Tony Hawk. De son côté, Jimmy Wilkins a séduit autant les vert skaters que les street skaters et la presse — de Thrasher à Rolling Stone — grâce à son style aérien et technique.
Sandro Dias pendant le Red Bull Building Drop, en 2025.

Le jour J, Dias est descendu 4 fois de suite

© Marcelo Maragni/Red Bull Content Pool

Le 25 septembre 2025, Dias s’élance enfin du sommet du bâtiment CAFF, équipé d’une surface spécialement aménagée pour l’occasion. « C’est fou à dire, mais j’étais super calme. J’avais tellement répété mentalement le drop-in. Ce qui m’importait le plus, c’était la manière d’aborder la descente », explique-t-il. Depuis 70 mètres de haut, il atteint 103 km/h. « À cette hauteur, comme la descente est longue, je devais rendre mon corps très léger avant de toucher la rampe du bâtiment, puis exercer une pression sur mes jambes pour rester sur la board et garder le contrôle. »
Au-delà de l’échelle démesurée de l’exploit, ce drop-in illustre deux fondamentaux du skate : l’appréhension du drop-in lui-même, et la capacité à voir un spot potentiel partout — d’une fissure de trottoir à un gratte-ciel de 22 étages. Le CAFF, dont la silhouette évoque une rampe géante, nourrit depuis toujours les fantasmes de la communauté skate. (Michael Burnett, rédacteur en chef de Thrasher Magazine, le compare d’ailleurs à un « immense China Bank », en référence à un spot mythique de San Francisco.)
Le skateur Sandro Dias dévale l’impressionnante méga rampe du Red Bull Building Drop à Porto Alegre, au Brésil, le 25 septembre 2025.

Le batîment CAFF tranformé en rampe de skate

© Fabio Piva/Red Bull Content Pool

À l’approche de l’événement, les discussions en ligne s’enflamment : « Je suis de Porto Alegre et je confirme : c’est la réalisation du rêve d’enfance de tout le monde ici. » « Penser à descendre la “rampe” de ce bâtiment, c’est un truc qui est dans l’esprit de tous les habitants. » « Est-ce que ça a l’air dangereux ? Oui. Est-ce que ce sera une catharsis collective pour la ville ? Oui aussi. »
Le Red Bull Building Drop de Dias rappelle une vérité que Tony Hawk avait déjà révélée en 1999 avec son 900 aux X-Games : un skateur sur une rampe géante, en train de tenter l’impossible, parle instantanément à tout le monde, même aux non-initiés. Dias en rit, conscient que ce genre de défis fous n’est ni durable ni souhaitable pour l’avenir du skate, mais il espère que l’événement attirera davantage d’attention sur la discipline, notamment au Brésil.
En fin de compte, ce qu’il retient, c’est d’avoir enfin réalisé ce rêve collectif, cette inside joke partagée par toute une génération de skateurs : « Tous les skateurs qui passent devant ce bâtiment pensent la même chose que moi. C’est l’imagination du skateur à l’état pur. »
Pour revoir cet exploit sans précédent, retrouvez le live ci-dessous :

21 minutes

Red Bull Building Drop

C’est fait : Sandro Dias a battu deux records du monde lors du Red Bull Building Drop. Et les images sont incroyables !

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