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Comment les Soul Flyers ont dompté la plus haute tour du monde de nuit

Écrit par Red Bull France
Six ans après leur exploit à Dubaï, Vince Reffet et Fred Fugen dévoilent une vidéo dans laquelle ils s'élancent du Burj Khalifa avant l'aube. Ils racontent les dessous de ce trésor (plus) caché.
En avril 2014, les images des Soul Flyers s'élançant en B.A.S.E jump de la plus haute tour du monde (828 mètres) ont fait le tour de la planète. Ce que le monde ne sait pas, en revanche, c'est que Vincent Reffet et Fred Fugen ont aussi réalisé cet exploit de nuit, après avoir obtenu des autorisations exceptionnelles de la ville de Dubaï. Mieux encore : le fameux Burj Khalifa a même été allumé spécialement pour eux. Six ans plus tard, ils racontent les dessous de cette prouesse improvisée.

Le contexte

« Ce saut de nuit, c’est le dernier qu’on a fait de Burj Khalifa. On y était pour un tournage qui s’était déroulé majoritairement la veille, durant lequel on avait fait quatre sauts en une journée. On avait toujours voulu le faire de nuit et les autorités là-bas nous ont donné l’autorisation du jour au lendemain. On nous a donc donné un créneau juste avant le lever du soleil pour que ça se réalise. À 3 heures du matin, on était de nouveau sur la tour.»
Grand sourire pour Fred Fugen et Vince Reffet des Soul Flyers à Dubaï.
Les Soul Flyers à Dubaï

L’organisation et la préparation

« Des vols de nuit, tout le monde peut en faire. Mais c’est plus rare qu’on te donne l’autorisation. Quand on a soumis le projet à la ville de Dubaï, il nous ont tout de suite fait confiance. Et c’est quelque chose qui est très important pour notre sport. On a réalisé l’un de nos plus grands rêves grâce à eux. Pour ça, il faut savoir s’écouter, connaître ses limites. À partir de là, tout est possible.»
Dubaï nous a fait énormément confiance pour réaliser ce saut. Quand tu sautes en plein centre ville, d’une tour aussi iconique, tu n’as pas droit à l’erreur.
Portrait du base jumper et parachutiste français Vincent Reffet, du duo Soul Flyers avec Fred Fugen.
Vince Reffet
B.A.S.E. Jumping
« Au sol, il y avait du personnel pour veiller à ce que personne ne gêne notre atterrissage. Des gens étaient aussi dans la tour pour s’assurer que la montée se passe bien. Mais une fois qu’on s’est retrouvés sur la plateforme, c’était à nous de gérer. Ils ont mis en place tout ce qu’il fallait pour nous faciliter la tâche et nous, on a mis en place tout ce qu’il fallait pour leur prouver que le show se ferait en toute sécurité.»

Un léger imprévu

« On a sauté vers 5 heures du matin. Il faut savoir qu’à Dubaï, la tour de Burj Khalifa est éclairée toute la nuit mais à 5 heures, elle s’éteint. On était donc sur la plateforme, tout était prêt pour le saut et là… la tour s’est éteinte. On s’est demandé ce qui se passait, le coordinateur qui était posté en haut de la tour a joint ceux qui étaient en bas. Les mecs ont passé un coup de fil, et dix minutes après la tour était rallumée. C’était hallucinant pour nous, qui étions sur le bout de cette plateforme de 4 mètres suspendue au dessus du vide, de voir la tour s’éteindre et se rallumer d’un coup sous nos pieds. C’est comme si tu étais à Paris et qu’on te rallumait la Tour Eiffel. Mais il n’y a qu’à Dubaï que ça peut arriver.»
Quand tu es à 830 mètres de haut sur une tour éclairée et que les les lumières s’éteignent, tu passes du jour à la nuit.
Portrait de Fred Fugen, champion de B.A.S.E Jump, parachutisme et freefly, membre des Soul Flyers.
Fred Fugen
B.A.S.E. Jumping

Le saut

« Le saut s’est super bien passé. Comme ceux qu’on avait fait pendant tous nos entraînements et comme ceux de la veille. On a réussi à faire le tour complet de la tour, on est arrivés au bon endroit mais l’atterrissage a été assez technique, puisqu’on s’est posés devant l’entrée arrière de Burj Khalifa, qui n’était pas du tout éclairée.
On avait déjà fait des sauts de jour la veille, ce qui fait qu’on connaissait les trajectoires et qu'on avait déjà pris nos points de repères. Comme on avait déjà fait des sauts de nuit, notamment pour notre projet Moonlight, lors duquel on avait également mis des lumières dans nos combinaisons, on n’a pas eu besoin d’un entraînement particulier non plus.
Sauter de nuit n’était pas plus dangereux ou plus perturbant pour nous. Visuellement c’était juste totalement différent. La tour ressemblait à un vaisseau spatial éclairé en plein milieu de la ville illuminée. On avait l’impression d’être dans Star Trek.
Le Burj Khalifa et la ville de Dubaï produisent tellement de lumière qu’on y voyait comme en plein jour. On avait juste peur que les lumières nous éblouissent. Finalement, les projecteurs étaient orientés vers la tour, et on était au-dessus, donc on n’a pas eu ce problème.»

La fierté

« C’est un vrai accomplissement. Et pour beaucoup de choses, pas seulement pour ce saut. C’était un rêve et c’était notre premier gros projet. Il y avait 40 personnes qui étaient là pour nous et c’était la première fois qu’on devait sauter quand on nous le disait, et pas quand on le voulait. On était là avant tout pour réaliser une vidéo, et dans ces moments là, tu n’es pas seul à décider.
Ça fait partie des trucs qui sont durs et rares à organiser. Au même titre que notre saut du Mont-Blanc ou notre entrée dans l’avion en plein vol. C’est des mois de préparation pour réaliser quelque chose d’inoubliable.
Si on devait refaire ce saut aujourd’hui, on pourrait peut-être tourner deux ou trois fois autour de la tour, parce que les wingsuits ont beaucoup évolué. Mais ça reste quand même quelque chose qui n’a jamais été refait et qui ne se refera peut-être jamais, parce que c’était des autorisations particulières qu’on a eues à ce moment-là dans le cadre d’un tournage qui avait été planifié depuis deux ans. Mais quand on regarde ces images, même six ans après, on n’a pas la sensation qu’elles aient vieillies. C'est unique.»