Sur les lacs, les rivières, mers et océans : pagayer debout n'a jamais autant eu le vent en poupe. Surtout en France.
Pascal Bernadet, Vice-Président de la Fédération Française de Surf, dont le SUP dépend en France, nous explique pourquoi.
Comment s'est lancé le Stand Up Paddle en France ?
Pascal Bernadet : Le SUP s’est développé dans différentes région en même temps. C’est paradoxal parce que ce n’est pas une région particulière, ça s’est développé simultanément dans trois régions. À savoir la Bretagne, l'Aquitaine et PACA.
Au départ, l'activité n'était pas réglementée alors nous l'avons rapidement structurée autour de la compétition de SUP. C’est pour ça que la Fédération délivre depuis 2010 le titre de Champion de France.
Combien de personnes pratiquent le Stand Up Paddle en France ?
PB - C’est difficile de donner un nombre précis de pratiquants. C’est assez énorme, entre 30 000 et 40 000 sur un été. À l'année on compte pas loin de 3000 adhérents compétiteurs.
Vous voyez une évolution au fil des ans ?
Je ne suis pas catégorique sur ces chiffres parce que ça augmente sans arrêt. C’est une activité qui n’est pas en train de se développer, elle explose.
En compétition, il y a un fort engouement féminin et on aussi différentes catégories d’athlètes et surtout des jeunes extrêmement motivés qui poussent les anciens à s’améliorer, à s’entrainer. Ça demande donc de plus en plus de réflexion et de préparation physique, tout au long de l’année.
Nous avons sans arrêt des demandes de renseignement, d’encadrement, de compétition, etc..
C'est pour cela que vous avez créé le label "École Française de SUP" ?
Nous ne souhaitions pas qu'une activité régie par la Fédération Française de Surf fasse n’importe quoi. Donc nous avons immédiatement envisagé de mettre un label de façon à reconnaître les structures.
On veut leur donner des points de repères et surtout mettre en avant un savoir-faire français. Pour nous la qualité d’accueil et l’encadrement, à la fois pédagogique et sécuritaire du public, sont primordiaux.
Comment les écoles sont certifiées avec ce label ?
Il faut savoir que label ne s’obtient pas comme ça. Il compte une cinquantaine de critères et des audits confidentiels. C’est à dire avec des clients secrets qui vont voir et tester la pratique. Ils regardent comment ça se passe pour ensuite donner la garantie du label à ceux qui répondent à nos critères de qualité.
Il ne s’agit pas de faire tourner un commerce, mais d’être dans une démarche humaine et répondre au mieux aux besoins d’un public extrêmement diversifié.
Vous avez senti un besoin des pratiquants ?
L’activité est très accessible mais elle peut être aussi dangereuse si elle fait par n’importe qui et n’importe comment. Voilà pourquoi la Fédération a donné les bases.
Non pas pour cloisonner la pratique mais au contraire pour lui donner des rails de développement qui lui permette un développement harmonieux. Surtout avec un public aussi diversifié, et un matériel très varié.
Donc si quelqu’un ne connait pas du tout le paddle et aimerait se lancer, vous lui conseillez de passer par une école pour apprendre les bases, connaître les risques ?
Exactement, je lui dirais d’aller voir une école certifiée. Un professionnel lui donnera un paddle adapté à son physique et ses capacités.
Si vous donnez un très grand paddle à un gosse de 12 ans, alors oui il sera super stable mais il va galèrer à se mouvoir sur l’eau parce que ça va nécessiter une dépense énergétique importante. Le professionnel est là pour fournir un matériel adapté et donner des conseils de sécurité.
Ça garantit d'avoir les bases en eau calme pour aussi découvrir le SUP dans d'autres milieux, à savoir ce qui est principalement la référence : dans les vagues.
On appréhende pas les vagues de la même manière j'imagine...
Bien sûr il y a une technique à acquérir avant de goûter aux joies de la glisse. Il est facile de conduire un SUP mais il faut avoir acquis les bases techniques pour ne pas mettre en danger les autres. Notamment les baigneurs, les surfeurs,…
Vous en parliez tout à l’heure, vous avez des profils très différents qui s'intéressent au Paddle ?
Son accès est relativement facile, rapide et permet de goûter au plaisir du déplacement sur l’eau très rapidement. Nous avons donc des gens entre 7 et 77 ans.
En plus nous avons des aménagements originaux comme la gym avec un paddle, le yoga,…
Bref, beaucoup de pratiques associées qui permettent aux gens de s’exprimer comme ils le souhaitent quel que soit le moment de la saison ou les conditions météos.
En France, par rapport au reste du monde, on est plutôt bien classé ? Quand on voit les derniers championnats du monde…
Oui et la Fédération joue un rôle important en encadrant les athlètes avec des cadres techniques qui s’occupent de l’équipe de France et de l’entrainement qui est très structuré.
Le Comité Directeur est également très attentif à la fois au développement compétitif de ces athlètes, à leur représentation internationale mais aussi à leur encadrement.
On voit des athlètes comme Arthur Artukin qui réussisent très bien.
Il fait partie des figures de proues oui. Ils sont tous porteurs d’une image très saine du SUP. Autant par leur engagement sportif que leur réflexion. Ce sont des images qui dénotent un peu du monde sportif actuel. En tant que Fédération on fait en sorte de les aider au maximum pour leur garantir la meilleure carrière possible. Et les athlètes le savent le Paddle a ses chances pour les JOS.
Paris 2024 c'est jouable ?
Alors peut-être pas 2024. 2028 ou 2032 sont des dates qui peuvent sembler raisonnables avec les différentes formes de compétition que nous avons à l’heure actuelle.
Surtout avec le surf qui fait son entrée à Tokyo en 2020…
En 2024 le COJO(Comité d'Organisation des Jeux Olympiques, ndlr) mettra officiellement le surf à son programme, il sera à Paris et Los Angeles.
Nous attendons la décision définitive du COJO pour mettre en oeuvre de nouvelles procédures avec eux. Il y a encore de nombreux combats politiques, économiques ne serait-ce que dans le Sud-Ouest, où plusieurs avis se combattent.
Est-ce que la vague sera naturelle ou artificielle par exemple ? Beaucoup de questions, reste à trouver les réponses. Comme le SUP appartient à la Fédération Française de Surf, nous serons là si ils nous sollicitent.