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Immortaliser un instant de concentration, d’euphorie ou surtout de désillusion est une tâche difficile à laquelle s'exercent les photographes lors des tournois. Une mission compliquée qui s’avère vitale pour constituer notre patrimoine culturelle esportif. Lors de chaque événement, c’est la course aux clichés. Durant ce Starladder Major de Berlin, les photographes ont redoublé de talent en nous proposant des images particulièrement exceptionnelles dans l’émotion qu’elles dégagent.
Décryptons ensemble les dix photos les plus marquantes de la plus grosse compétition de Counter-Strike de cette fin d’année. Une occasion en or de rendre hommage à ces travailleurs de l’ombre indispensables et de tirer le bilan du tournoi. Cheeeese.
La joie de zoneR, coach des DreamEaters, après la victoire sur Vitality.
La joie de zoneR, coach des DreamEaters, après la victoire sur Vitality
© Igor Bezborodov pour Starladder.com
À chaque Major son lot de surprises. Ce quinzième événement sponsorisé par Valve n’a pas fait exception. Un danger nouveau a surgi de la région euro-asiatique ”CIS”. Qualifiés de justesse lors du tournoi de la dernière chance, les Russes de DreamEaters étaient de parfaits inconnus à l’ouverture des portes du StarLadder Major. Et pour cause, c’était la première fois que chacun évoluait à un tel niveau.
Loin d’être victimes d’un quelconque complexe d’infériorité, les coéquipiers de Semyon “kinqie” Lisitsyn ont choqué le monde en battant NRG et Vitality, deux des meilleures équipes du monde et futurs quart et demi-finalistes du tournoi. Une performance hors-norme qui leur a valu une qualification incroyable pour la deuxième semaine.
Néanmoins, et c’est souvent le cas dans ce genre de situations, le contre-coup a été brutal. Astralis, NatusVincere et Renegades représentaient certainement des marches un peu trop hautes pour cette jeune équipe qui n’a jamais eu l’occasion de goûter à la victoire lors de ce deuxième tour. Si cette équipe, habituée des modestes tournois en ligne, s’est faite un nom lors de cette compétition, ce sera, malheureusement pour elle, un difficile retour aux qualifications, sa place au prochain Major n’ayant pas été assurée.
Niko enlaçant son cousin et concurrent huNter après leur duel.
Les histoires de famille et le sport électronique font souvent bon ménage. Un cocktail parfait pour en découvrir un peu plus sur les personnalités des uns et des autres. Considéré comme l’un des meilleurs joueurs de la planète, Nikola “NiKo” Kovac a gravi les échelons tout au long de sa carrière pour se retrouver aujourd’hui capitaine des FaZe Clan, entouré de légendes vivantes du circuit. En parallèle, c’est son cousin, Nemanja "huNter-" Kovac, de un an son aîné, qui a tenté tant bien que mal de se faire un nom pour lui-même, d’abord dans des équipes locales puis dans des écuries plus ambitieuses.
Ce qui devait arriver arriva en deuxième semaine du Major. L’affrontement entre FaZe et CR4ZY, synonyme de duel fratricide entre les deux cousins. Une confrontation inédite entre les deux joueurs qui savaient ce moment inéluctable. La fougue et la jeunesse des coéquipiers de huNter- leur ont permis de l’emporter face aux plus expérimentés hommes de NiKo. Un résultat qui a scellé à tout jamais le pseudonyme de huNter-, non pas comme le simple cousin de NiKo, mais bel et bien comme l’une des figures montantes du gratin mondial.
La chute d’olofmeister, ratant les play-offs pour la 1ère fois.
Sept quarts, trois demies et quatre finales dont deux victoires. À l’entame de la compétition, seul un joueur avait réussi l’exploit de se qualifier pour les play-offs des quatorze Majors précédents. Son nom vous dit sans doute quelque chose puisqu’il s’agit du Suédois, Olof "olofmeister" Kajbjer, sacré meilleur joueur du monde en 2015 alors qu’il évoluait sous les couleurs de Fnatic.
Du haut de ses 27 ans, sa vitrine à trophées est plus garnie que sa cuisine. Arrivé chez FaZe il y a de cela deux ans, il n’a pas pour autant perdu l’habitude des play-offs. Une série record qui s’est terminée à Berlin, avec trois défaites consécutives synonymes d’élimination prématurée en deuxième semaine. Toutes les bonnes choses ont une fin.
apEX, réconfortant son rival kennyS, tout juste éliminé.
L’équipe française G2 eSports vient tout juste de sortir, défaite, de son match décisif dans la course aux play-offs face aux Australiens de Renegades. La déception immense se lit sur chaque visage du côté des tricolores. En particulier celui de Kenny “kennyS” Schrub. Le sniper star avait des attentes élevées pour cette compétition et l’amertume en est d’autant plus grande.
Recroquevillé sur un banc en coulisses, la tête plongée dans ses bras et les yeux encore humides, le joueur de G2 eSports reçoit alors un réconfort de la part de Dan “apEX” Madesclaire, joueur de Vitality alors déjà qualifié pour les play-offs. Les deux joueurs sont aujourd’hui rivaux mais ont été coéquipiers durant de longues années par le passé, et ont même remporté leur seul Major sous les mêmes couleurs. Une relation forte, avec des hauts et des bas, s’est tissée au sein de cet ancien tandem séparé depuis plus d’un an. L’amitié, quant à elle, reste intacte.
Le dernier Major de GeT_RiGhT ?
Au début la saison estivale, l’écurie Ninjas in Pyjamas programmait le départ de Christopher “GeT_RiGhT” Alesund après ce Starladder Major, créant un émoi inégalé au sein de la communauté. Les hommages se sont enchaînés à chaque tournoi et chaque organisateur y est allé de sa vidéo spéciale. Le Suédois est la légende ultime de CS:GO. Meilleur joueur du monde en 2013 et 2014, il n’a jamais, en sept ans, troqué son maillot NiP pour un autre.
Alors ce quinzième Major apparaissait comme le dernier baroud d’honneur du joueur bientôt trentenaire. En perdant sèchement ses trois matchs du New Legends Stage, Ninjas in Pyjamas est éliminé du circuit Major et devra repartir de zéro pour espérer retrouver sa place. Une ultime déception pour une équipe qui n’était plus que l’ombre d’elle-même depuis un petit moment déjà. GeT_RiGhT méritait meilleure sortie mais le miracle n’est jamais arrivé.
Alors que lui-même n’a pas encore officialisé une potentielle retraite et refuse de commenter le sujet de son avenir, il semble de plus en plus probable que ce Major ait été le dernier de sa légendaire carrière. Alors, au moment de quitter les lieux, il n’a pu s’empêcher de s'imprégner de l’atmosphère d’un Major. Pour la dernière fois ?
NBK après l’élimination de Vitality en quart de finale.
Numéros deux mondiaux au lancement du tournoi, un tirage favorable et un bus plein à craquer de supporters acquis à leur cause affrété par les dirigeants de leur écurie, les Vitality avaient bel et bien toutes les cartes en main pour créer l’exploit. L’exploit de devenir la troisième équipe française à remporter un Major, quatre ans après la dernière fois.
Et pourtant, la pression fut trop grande pour les coéquipiers de Nathan “NBK” Schmitt. Méconnaissables face aux surprenants AVANGAR, futurs finalistes, les Français ont lourdement chuté dès les quarts de finale alors que la route vers la grande finale semblait grande ouverte. Un échec cuisant qui a laissé des traces et ré-ouvert d’anciennes cicatrices. La compétition n’était même pas achevée que le renvoi immédiat de l’ex-capitaine était officialisé du côté des abeilles. Une nouvelle inattendue qui a fait du bruit, entre incompréhension pour beaucoup et tentatives de se rassurer pour certains.
La fin d’une ère pour celui qui a été l’un des principaux fondateurs du projet Vitality. Sans doute déçu de la tournure des événements, NBK, ancien Vito Corleone de la scène française, vise désormais une écurie internationale… Pour prendre sa plus belle revanche ?
Aleksib, seul, après l’élimination d’ENCE.
Comment réagir, comment faire face à l’adversité lorsque votre propre équipe dans laquelle vous avez tout donné pendant près d’un an et demi, vous annonce, avant même le début du Major, que ce sera votre dernière apparition sous ses couleurs ? La question, tout le monde se l’est posée quand, trois jours avant son premier match à Berlin, l’équipe finlandaise d’ENCE, finaliste du dernier Major, a officialisé la mise à l’écart d’Aleksi “Aleksib” Virolainen, son meneur avec effet, non pas immédiat mais bien à retardement.
C’est donc une équipe sans âme qui s’est présentée à Berlin et malgré l’ambiance nécessairement bizarre qui régnait au sein de cet effectif, ENCE a réussi un petit exploit en parvenant aux play-offs avant d’être éliminé en quart de finale. Un résultat tout à fait honorable qui n’a pas bouleversé le destin du joueur de 22 ans, laissé seul, plongé dans ses pensées, au milieu d’une salle d’entraînement tristement vide.
Les AVANGAR après leur qualification surprise en grande finale
Il y a deux ans et un mois, une équipe d’origine kazakh, alors même pas membre du top 10 mondial, créait l’un des exploits les plus inattendus de l’histoire en remportant le PGL Major de Cracovie. Cette équipe s’appelait Gambit et son joueur star n’était autre que la légende kazakh Dauren “AdreN” Kystaubayev. Le vétéran, qui a déjà connu une finale d’un tournoi majeur en 2005 sur Counter-Strike 1.6, avait été élu MVP du tournoi.
Ce même AdreN, qui lève les bras sur la photo, aurait pu réaliser l’incroyable passe de deux lors de ce Major de Berlin avec son équipe AVANGAR, la plus belle surprise du tournoi. Des coéquipiers différents mais un scénario identique à celui de 2017 sauf sa conclusion. Alors qu’AdreN l’avait emporté deux ans plus tôt, il n’a rien pu faire face aux Astralis en grande finale. Balayés mais pas peu fiers d’un nouveau parcours hors du commun avec cette victoire impériale sur Vitality en quart de finale.
Alors que Gambit avait été décapitée de son meneur dès le lendemain de son triomphe, AVANGAR semble avoir un avenir radieux. Elle sera sans aucun doute l’équipe à suivre de cette fin d’année.
Quatre doigts pour quatre trophées.
Dans un Major, il y a beaucoup de larmes. Mais il y a surtout les grands sourires, ceux des vainqueurs. Et cela n’ont pas de prix. Les sourires des vainqueurs de ce Starladder Major, on commence à les connaître par coeur. Et pour cause, c’est la troisième fois d’affilée que les Danois d’Astralis triomphent dans la compétition la plus prestigieuse et posent pour la traditionnelle photo de fin, le trophée entre les mains.
Vous remarquerez les mains des joueurs affichant fièrement quatre doigts. Quatre pour le nombre de Majors remportés par cette écurie au total. Un record absolu. Si, à la différence des deux précédents, le public en attendait pas tant de leur part tant le reste de la saison a semblé compliqué, les Astralis ont rappelé à quel point les Majors étaient leur spécialité. Invaincus sur la moindre carte en play-offs depuis trois éditions (soit 18 cartes !), Nicolaj “device” Reedtz et ses compères se sont montrés une nouvelle fois expéditifs avec la finale la plus courte de l’histoire remportée face aux AVANGAR.
Ce qui est désormais sans débat possible la meilleure équipe de l’histoire de Counter-Strike ne rêve désormais plus qu’une chose : récupérer son trône de numéro une mondiale laissée à Team Liquid. Après ça, bien malin sera celui qui parviendra à les garder motivés.
Les ultras débarquent.
La Mercedes-Benz Arena de Berlin a rugi durant toute la semaine des play-offs, grâce à des supporters courageux s’étant déplacés des quatre coins du monde pour encourager leur équipe favorite. La Starladder a opté pour une scène centrale entourée de tribunes à 360 degrés. Un format de plus en plus courant dans le sport électronique comme on a pu le voir notamment lors des dernières éditions de The International sur Dota 2.
Dans la capitale allemande, il fallait choisir son camp. Les tribunes ont été officieusement découpées en véritables “kops” à la manière des stades de football. La bataille sur le serveur de jeu s’est ainsi aussi exportée sur les bancs des supporters. Ou plutôt des ultras. Oui, des ultras ! Comment qualifier autrement des personnes ayant voyagé des milliers de kilomètres pour s’égosiller, ensemble, le temps d’un match de Counter-Strike ?
Si Astralis et ENCE pouvaient notamment compter sur des fan clubs bien présents, la palme revient sans doute aux Français de Vitality. Si Mathieu “ZywOo” Herbaut et sa bande ont finalement déçu sur le plan sportif, ils ont sans conteste gagné le match des tribunes. Un lot de consolation rendu possible par une idée un peu folle ayant surgi dans l’esprit de Fabien “Neo” Devide, fondateur et directeur de l’écurie tricolore et de Nicolas “SupeRouux” Gronier, président d’une association loi 1901 nommée “Golden Hornets”, qui se pose comme un véritable club d’ultras adhérents autour de Vitality.
Plus d’une soixantaine de fans de Vitality ont pu assister gratuitement au quart de finale de leur équipe face aux AVANGAR grâce à un bus spécialement affrété par l’organisation. Une opération montée en l’espace de 24 heures qui a obtenu un succès monstrueux puisque le bus au départ de Paris s’est rempli en moins de 20 secondes ! Une initiative nouvelle de la part d’une équipe qui pourrait bien se démocratiser à l’avenir.
Un certain Breton répondant au pseudo de “SuperPikaBoy” (ici sur la photo) n’est pas prêt d’arrêter d’agiter sa baguette dans les travées des plus belles arènes du monde.