A quoi ressembleront les teufs de demain ?
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Vie nocturne

À quoi ressembleront les teufs de demain ?

Après des mois de privation, les boîtes de nuit ont enfin rouvert le 9 juillet 2021 et la période que nous venons de traverser va donner un nouveau souffle à la fête. Petite exploration prospective.
Écrit par Jean-Baptiste Bonaventure/Trax Magazine
Publié le
La fête ne meurt jamais. L’année qui vient de passer a prouvé la résilience du monde de la teuf, qui, après plus d’un an d’alternance entre confinements et couvre-feux, revient plus vivant que jamais, porté par une incroyable vague d’énergie et de créativité. Après les terrasses et les open airs, les clubs ont fait leur retour le week-end du 9 juillet, redonnant aux clients et patrons d’établissement un goût du monde d’avant. Mais comme la crise sanitaire que nous vivons pourrait modifier la teuf encore plus profondément, on a discuté avec les équipes des plus grandes boîtes parisiennes – dont une partie préfère attendre la rentrée de septembre pour ouvrir – afin d’y voir un peu plus clair.
Après plus d’un an d’alternance entre confinements et couvre-feux, la teuf revient plus vivante que jamais, portée par une incroyable vague d’énergie et de créativité.
"L’année qui vient de passer a prouvé la résilience du monde de la teuf"
“Les dates exactes sont encore imprécises mais on envisage un énorme week-end de réouverture, pour se retrouver, pour voir les potes. L’idée, c’est un truc hyperlocal où l’on inviterait des artistes parisiens, des mecs et des nanas d’ici, celles et ceux qui ont joué et fait vivre le club toutes ces années”, explique Michael Mateescu, le programmateur de la Machine du Moulin Rouge. Le premier des changements qui va toucher le monde de la nuit est évidemment qu’elle prendra une dimension plus locale. Et pour cause, tant que les voyages seront compliqués, les teufeurs comme les DJ devront se concentrer sur leur environnement immédiat. Bref, fini les week-ends low cost à l’autre bout de l’Europe pour une teuf avec un DJ venu du bout du monde. Mais ne soyez pas tristes, c’est l’occasion de découvrir des artistes français que vous ne connaissez pas ou de redécouvrir les résidents que vous aviez peut-être un peu oubliés. Et croyez-nous, il y a de quoi faire où que vous habitiez.
L’autre grande tendance après avoir été enfermé pendant un an, c’est de danser hors les murs.
"Les gens ont envie de sortir”

Des fêtes plus ouvertes et plus responsables

L’autre grande tendance après avoir été enfermé pendant un an, c’est de danser hors les murs. “La teuf, c’est comme la mode, il y a des tendances, des cycles, des couleurs du moment, et là, les gens ont envie de sortir”, analyse Antoine Molkhou, le programmateur du Rex Club. Et d’ajouter : “On a tous vu qu’en ce moment, la jeunesse a envie de warehouse, de free party en pleine nature… Ce sont des tendances qui existaient déjà avant le Covid-19 et que la pandémie a renforcées.” Pour répondre à cette envie, beaucoup de clubs ont donc sorti leurs soirées de l’ombre pour créer des évènements hors les murs. L’équipe du Glazart a ainsi ouvert le Kilomètre25 sous le périphérique tandis que le Rex Club et le Badaboum, deux boîtes de nuit parisiennes majeures (qui attendent elles aussi septembre pour rouvrir), ont décidé de s’associer pour un partenariat jamais vu entre de tels concurrents : “C’est aussi une des conséquences : on s’est dit qu’au lieu d’être face à face, on pouvait unir nos forces pour créer de plus grands projets, avec de plus grands moyens”, poursuit Antoine Molkhou. Une union qui a pris la forme d’un week-end de clubbing en plein air début juillet à la Ferme du Buisson (qui accueille tout l’été la programmation ultra-festive Plein Soleil) avant une fête de 13h au Kilowatt à Vitry-sur-Seine le 24 juillet avec Jeremy Underground. L'association devrait se poursuivre en plus grand à l’été 2022.
Beaucoup de clubs ont sorti leurs soirées de l’ombre pour créer des évènements hors les murs.
Teuf à ciel ouvert
En teuf comme en food, la relocalisation va souvent de pair avec la responsabilisation. “Cela fait déjà plusieurs années qu’on a inscrit nos soirées dans une démarche écoresponsable”, clame Michael Mateescu de la Machine. “Il y a deux ans, nous étions le premier club à bannir les bouteilles d’eau en plastique, les pailles, les gobelets jetables… On continue à bien s’hydrater, en polluant moins avec des Ecocup et des gourdes siglées La Machine. Nous avons aussi pour objectif d’arriver à une programmation d’artistes totalement paritaire. C’est un engagement que nous avons pris depuis longtemps et nous espérons y arriver bientôt.”
Le monde de la nuit tourne au vert.
Bien s’hydrater, en polluant moins avec des Ecocup
Bref, le monde de la nuit tourne au vert. Et ça tombe bien selon le programmateur du Rex : “Les gens ont passé une assez mauvaise année donc je crois qu’il faut remettre un peu de couleur dans tout ça. On va rester pointu dans notre programmation du week-end mais on a envie d’ouvrir le club à de nouveaux publics, à de nouvelles musiques, à encourager les mélanges de musiques, de genres, de communautés. Ça passe d’ailleurs par le fait de sortir l’esprit du Rex du club lui-même, car ça va nous permettre de faire venir des artistes, des groupes, des formations musicales, des choses atypiques qu’on ne peut accueillir chez nous à cause de la nature du lieu.”
“La fête, c’est un refuge pour mettre de côté toutes les barrières qui jonchent la vie de tous les jours." explique Aurélien Delaeter, cofondateur du Badaboum.
L’esprit originel de la teuf doit être conservé

Conserver l’esprit de la fête

Malgré ces changements, tout le monde est d’accord sur un point : l’esprit originel de la teuf doit être conservé. “La fête, c’est un refuge pour mettre de côté toutes les barrières qui jonchent la vie de tous les jours. Et le monde de demain sera plus compliqué que celui d’hier, il faut donc que ce refuge reste ce qu’il est, pour que ceux qui s'y sentent bien et qui s’y ressourcent puissent continuer à le faire. La fête, c’est quelque chose de rassembleur et ça ne doit jamais changer”, défend Aurélien Delaeter, cofondateur du Badaboum, dans le 11e arrondissement, avant d’ajouter : “La fête, c’est un miroir débridé et déluré de la vie. Elle ne doit pas changer, elle est faite pour alimenter la perspective de liberté, pour qu'on puisse rencontrer quelqu’un d’inaccessible dans la vie, qu’on puisse oser, pour qu’on se donne du bonheur, du courage et de l’oubli. Et il va falloir être extrêmement vigilant pour que la fête reste, pour qu’elle ne se politise pas, pour qu’elle ne serve pas à diviser les communautés.”
La combinaison de soirée Micrashell.
Une combi Micrashell, le hazmat de la teuf
Même constat au Rex, où l’ouverture ne change pas le fond. “Il y a aussi des choses qu’on ne réinventera pas dans la teuf. Nous, on ne la conçoit pas autrement que dans des murs qui transpirent, avec des gens qui peuvent se toucher s’ils le veulent et s’embrasser, des inconnus ou des vieux potes qui peuvent boire des coups. Et quoi qu’il se passe, je me vois mal regarder un DJ qui streame pendant trois heures au lieu d’aller dans un club ou une teuf open air. Rien ne remplacera la teuf qu’on connaît et qu’on aime”, conclut Antoine Molkhou.
Le mieux à faire pour garder son niveau d’énergie à bloc, c’est de connecter avec les autres pour la partager.
Le retour de la teuf, c'est aussi celui des hugs
Retrouver les clubs est apparu comme un soulagement pour les amateurs, qui, durant tout 2020, ont vu défiler des initiatives parfois dystopiques pour imaginer des fêtes “sanitaires”. Livestreaming, hologrammes, bulles d’isolation ou encore combinaisons de soirée ont fleuri sur Internet pour compenser l’absence de teufs ou pour les réinventer. Mais si on a pu y croire dans un instant de déprime, ces idées apparaissent aujourd’hui comme franchement inadaptées. Et pour cause, même si la technologie accompagne l’esprit de la teuf depuis des années, il ne pourra jamais être enfermé dans un bout de plastique ou coincé derrière un écran. Alors fêtez donc son retour dignement, avec des litres de Red Bull bien sûr !