Le jeu vidéo The Last of Us est devenu instantanément culte à sa sortie, en 2013, grâce à son histoire touchante.
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Comment The Last of Us a parfaitement mêlé jeu vidéo et cinéma

The Last of Us est devenu instantanément culte à sa sortie, en 2013, grâce à son histoire. Mais celle-ci n’aurait pas été aussi touchante si elle n'avait pas été avant tout un jeu vidéo. Explications.
Écrit par Maxime « OtaXou » Lancelin-Golbery
Temps de lecture estimé : 6 minutesPublished on
Il existe depuis bien des lunes un sempiternel débat sur le jeu vidéo : est-ce de l’art ? De là ont découlé bien des discussions, notamment sur sa nature même. S’il n’existait à l’origine que le sacro-saint gameplay, les débuts de la 3D sur console ont aussi amené avec eux un aspect extrêmement cinématographique à l’exercice, dont l’un des plus grands porte-étendards n’est autre que le premier Metal Gear Solid de Hideo Kojima sur PlayStation.

Pas un flim sur le cyclimse

Nathan Drake, héros des jeux vidéo Uncharted, est inspiré du personnage d'Indiana Jones joué par Harrison Ford.

L’aventurier de l’arche perdue

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C’est du moins ce que nous ferait croire l’impact qu’a eu le jeu sur le marché. Dès sa sortie, The Last of Us a été considéré comme un chef-d’œuvre d’art vidéoludique, de ces expériences qui ont réussi à transcender le média pour devenir un parangon de tout ce qui est bon en lui. Son score de 95 sur Metacritic et ses nombreux prix remportés n’en sont qu’une preuve supplémentaire. Aucun doute sur ce fait : c’est particulièrement son histoire, qui met en scène le couple Joel et Ellie, qui a fait mouche. Le vieux briscard au cœur brisé, implacable, froid comme l’hiver mais aussi malin que le renard. La jeune fille sauvage, habituée à la dureté mais toujours en quête d’un but, innocente désabusée en recherche d’une famille. Et un monde impitoyable, où l’Homme est un loup pour l’Homme, où l’espoir ne subsiste que par la réussite de leur improbable alliance.
L’inspiration du cinéma est évidente dans le jeu The Last of Us. Les personnages, les situations et la menace elle-même dérivent de plusieurs stéréotypes du ciné de genre.

Pas besoin d’explication pour comprendre ce qu’il se passe

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Au-delà même du cercle du jeu vidéo, les amateurs de cinéma de genre se sont aussi rués sur The Last of Us tout crocs dehors et l’ont dévoré jusqu’à la moelle. L’inspiration du cinéma est plus qu’évidente, puisque le titre joue de ses codes avec aisance. Les personnages, les situations et la menace elle-même dérivent de plusieurs stéréotypes du ciné de genre. Et ils sont, aussi, utilisés de la même manière. L’objectif : faire comprendre rapidement un élément scénaristique au spectateur sans avoir besoin de lui mettre sous le nez. C’est la règle d’or du scénariste en herbe : ne dis pas, montre.

The Last of FMV

Tous deux arts visuels, le jeu vidéo et le cinéma partagent cette mentalité, et c’est pourquoi ils sont si souvent associés. The Last of Us est allé puiser plus loin encore en s’octroyant les services de Troy Baker et Ashley Johnson, respectivement Joel et Ellie. Grâce à la motion capture, ce procédé qui permet de numériser les performances réelles des acteurs, tout le langage corporel qui existe entre les Hommes est conservé. Pas besoin d’une ligne de dialogue lorsque d’un haussement d’épaule, d’une tension au coin de la lèvre, d’un regard appuyé, l’émotion des personnages se transmet. Ashley John et Troy Baker nous vendent la relation d’Ellie et de Joel, car ils sont bien ces personnages qu’ils jouent. De véritables grands acteurs au service de notre média préféré.
Troy Baker et Ashley Johnson, respectivement Joel et Ellie jouent une scène du jeu vidéo The Last of Us en motion capture, procédé qui permet de numériser les performances réelles des acteurs.

T’as l’air un peu bête, mais c’est touchant

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Le jeu vidéo de type film interactif Her Story a été développé et édité par Sam Barlow, et interprété par Viva Seifert.

Her Story, le FMV moderne enfin réussi

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Voyez-vous, si The Last of Us a eu l’impact qu’il conserve aujourd’hui, ce n’est pas uniquement grâce à son histoire, mais aussi à sa manière de la conter. Là où le cinéma vous force à être spectateur, le jeu vidéo fait de vous un acteur, que vous le vouliez ou non. Même en jouant un personnage bien loin de vous incarner, vous êtes maître de son destin manette en main. Vous l’incarnez. Dans le titre de Naughty Dog, il ne s’agit ni plus ni moins que de vous tirer sur la corde sensible en vous faisant injecter vos propres sentiments dans sa narration.

Lui, c’est vous

Difficile à voir ? Les quinze premières minutes du jeu sont pourtant absolument limpides. Vous jouez la fille de Joel dans des situations stéréotypées – le réveil, la maison plongée dans l’obscurité, l’absence de la figure paternelle – qui appellent à vos propres souvenirs. Qui n’a pas connu la peur d’être dans un environnement familier, rassurant, mais plongé dans les ténèbres ? Qui n’a jamais été effrayé la nuit ? Qui n’a jamais été enfant ? Tout est fait pour que vos peurs primaires soient stimulées, pour que vous puissiez apporter votre propre bagage sentimental qu’importe la personne que vous êtes. En vous forçant à adopter le point de vue d’un enfant, Naughty Dog vous rappelle à vos instincts les plus durement ancrés.
The Last of Us : En vous forçant à adopter le point de vue d’un enfant, Naughty Dog vous rappelle à vos instincts les plus durement ancrés.

Deux minutes avant la chiale

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Il n’existe pas de tension sans repos. Et dans ce monde post apocalyptique que dépeint The Last of Us, la relation entre Joel et Ellie ne s’épanouit pas uniquement lors des cinématiques. Dans les phases d’exploration, où vous avez la manette en main et vous insérez le plus profondément dans ce monde, ce lien existe toujours et s'approfondit. Ellie vous vanne, Ellie se confie, Ellie vous conforte. Elle nous touche et nous fait rire, nous pousse à être avec elle. En combat, elle cherche à vous aider, vous le joueur, en distrayant vos ennemis, en vous pointant du doigt des solutions. Vous n’êtes pas simplement spectateur d’une relation : vous la vivez. L’humain renaît grâce à ces moments suspendus dans le temps.
Si la règle d’or du cinéma est de montrer plutôt que de dire, celle du jeu vidéo est bien souvent de jouer plutôt que de parler. Beaucoup d’œuvres aux aspirations cinématiques sacrifient leur gameplay pour pouvoir transmettre leur histoire. Avec The Last of Us et son gameplay basé sur la survie, Naughty Dog a su entremêler subtilement le cinéma et le jeu vidéo pour faire ressortir le meilleur des deux exercices.