Le skieur français Alexis Pinturault en action.
© Getty Images
Ski

Alexis Pinturault : l'explosif

À 34 ans, Alexis Pinturault compte 34 victoires en Coupe du monde, 6 Globes de Cristal, 8 médailles mondiales et 3 dans la plus grande compétition. Entretien avec le meilleur skieur français.
Écrit par Patricia Oudit
Temps de lecture estimé : 6 minutesUpdated on

Un règne dans le ski alpin

The Red Bulletin : Si vous aviez à résumer votre carrière jusqu’à présent, quels seraient les titres les plus marquants ?

Alexis Pinturault: Parmi les plus importants, il y a forcément le gros Globe de Cristal et l’année 2021. Mes titres de Champion du monde, et mes trois plus belles médailles, même s’il n’y pas d’or !

Polyvalence

Vous avez fait toutes les disciplines de l’alpin, comment vous préparez-vous pour gérer ces efforts antagonistes ?

De manière générale, on se prépare pour le noyau dur, c’est-à-dire la force et la puissance ; surtout la puissance, qui se travaille en musculation. L’autre noyau dur, c’est le travail de fond, à savoir l’endurance, qui permet d’encaisser l’ensemble de l’hiver, notamment la complexité et la fatigue que ça engendre. Donc avoir un bon système immunitaire qui sait bien récupérer, bien fonctionner tout au long de la saison. Plus spécifiquement, en tant que géantiste, on met plus l’accent sur l’explosivité que sur la force pure, au contraire d’un descendeur. Là où j’ai les meilleurs résultats, ce sont dans les disciplines techniques, donc on a axé plus sur ces qualités d’explosivité.

En tant que géantiste, on met plus l’accent sur l’explosivité que sur la force pure, au contraire d’un descendeur.

Quelle est, selon vous, la discipline la plus exigeante ?

Elles le sont toutes mais avec leurs particularités. En slalom et en géant, on va venir travailler le souffle. Avec les petits virages, on fatigue moins les muscles, mais on produit quand même de l’acide lactique alors qu’en descente, on est plus sur de la force pure, avec du lactique qui va être localisé sur les jambes et un souffle moins impacté. C’est surtout le tracé qui fait la différence.

Le géant

Comment passe-t-on de la polyvalence à une seule discipline ?

Ça a été un peu forcé par mon historique. Je me suis blessé coup sur coup les deux dernières années, en 2024 et 2025. Même si la deuxième blessure a été moins importante que la première (à la réception d’un saut dans le super-G à Wengen en Suisse, le skieur de Courchevel s’était rompu le ligament croisé antérieur du genou gauche, ndlr), cela m’a tenu éloigné des circuits pendant quatre mois. C’est cela qui m’a poussé à me reconcentrer sur ma discipline la plus forte pour maximiser ce temps relativement court, le mettre à profit le plus possible pour regagner en performance, avec l’objectif du grand rendez-vous de février.

Le retour de blessure

Le retour de blessure

Lors d’une saison normale, on est en vacances en mai, pour un mois. Quand on réattaque la saison, on repart à 80 % de notre plein potentiel. Quand on revient de blessure, on part parfois de zéro. Sur ma première blessure, j’étais à 60 % de mes capacités, sur la seconde, je dirais un peu plus, mais encore loin des 100 %. Il faut d’abord entrer dans un protocole de rééducation pour se reconstruire : ça passe par recommencer à marcher, puis à courir, ce qui prend six à sept mois. Quand on reprend le ski, on revient de loin…

Cela veut dire quoi, concrètement ?

Il faut recréer un athlète. Les bases, c’est fastidieux, mais là où ça change, c’est quand la saison de compétition commence, puisqu’au lieu de faire une course deux ou trois fois par semaine, je ne vais pouvoir en faire qu’une par semaine, voire une toutes les deux semaines. Ce qui me laissera le temps pour me perfectionner et raccrocher le fameux train qui avance perpétuellement, que je dois rattraper, et aussi de me reposer afin d’éviter les inflammations. Ces 20 % que je vais aller chercher, c’est moins sur le physique et plus sur la technique, l’engagement, la prise de risques. Quand on revient de blessure, on est encore plus focalisé sur soi que d’habitude.

Qualités physiques et mentales

Pouvez-vous lister vos plus grands atouts ?

L’explosivité qui me permet de faire des trajectoires un peu plus directes et tendues grâce à des appuis plus puissants sur un laps de temps plus court, ma force mentale et ma pugnacité. Le mental, c’est difficile à quantifier, quand la technique et le physique sont là, le mental suit, mais c’est un triptyque extrêmement important, voire indissociable. On peut leur attribuer un tiers à chacun.

Alexis Pinturault écrit l’histoire sur les pistes avec une envie hors du commun.

Pinturault écrit l’histoire sur les pistes avec une envie hors du commun

© Germain Favre-Félix/Red Bull Content Pool

Peut-on aussi parler des manques, ce que vous travaillez en particulier ?

Je vais avoir besoin de travailler des trajectoires de plus en plus directes, ça va avec la confiance, la technique et le physique. À l’heure actuelle, je mets en place des choses pour rattraper le fameux train et ensuite récupérer le wagon de tête !

Revenons sur ce mental. Comment le conditionne-t-on ?

J’ai eu plusieurs coaches mental, même des psys, ça dépend de la période, de ce qu’on a besoin de travailler. Ça peut être de la sophrologie, des exercices de visualisation, de concentration. Ça peut être du travail de post-blessure : quand on se blesse comme moi à plus de 100 km/h, l’impact est très violent et ça laisse des traces, comme un accident de voiture sans carrosserie. Il faut aussi accepter de le revivre en s’exposant à nouveau à de très grandes vitesses.

Motivation

Vous avez tout vécu côté palmarès et carrière. Comment se relève-t-on, c’est quoi votre fuel ?

Le premier, c’est le plaisir que je trouve dans le ski ; le second, c’est la recherche de performance. Il faut être à l’aise avec ses choix. Même si je m’amuse parfois à l’entraînement, le plaisir se manifeste plus en compétition, avec cette adrénaline décuplée. Quand on arrive à imbriquer la perf, le stress, à cet état de flow (la performance ultime), c’est là qu’on a le plus de sensations et de plaisir.

Ce plaisir, quand se manifeste-t-il précisément ? Sur le podium, sur la ligne ?

Le podium est le moment de recueillement, le moment où on partage avec nos proches, on savoure, on se remémore par quoi on est passés. Mais le moment le plus puissant pour moi reste quand je franchis la ligne d’arrivée, je vois le résultat réalisé : là, c’est le paroxysme de la montée d’adrénaline.

Dans quel état d’esprit êtes-vous à l’approche du grand rendez-vous ?

Impatient que la saison commence, pour m’étalonner par rapport aux autres concurrents. Conscient du travail qu’il me reste à accomplir.

Hors le ski ?

À quoi passez-vous vos moments de détente ?

Avec la famille, l’entraînement, les compétitions, et les grandes échéances qui approchent, ça laisse de moins en moins de temps, mais je pratique pas mal de sports : le tennis, le padel, le wake, le golf. Dans la région, on a de la chance d’avoir de beaux terrains de jeu !

La routine fitness d’Alexis Pinturault

Le skieur français Alexis Pinturault s'étire lors d'un entrainement.

Alexis Pinturault s'étire lors d'un entrainement

© Germain Favre-Félix/Red Bull Content Pool

« Ce que je fais le plus, ce sont les étirements, des exercices de mobilité et du Pilates. Ça, c’est tous les jours. La musculation, j’en fais plus en pointillé, deux à trois fois par semaine et moins pendant l’hiver. Tout ce qui est endurance, c’est l’été avec 17 semaines de renforcement musculaire, du vélo, de la course à pied, du travail du haut du corps, de la proprioception, du travail d’appuis. À l’approche des grands événements, il y a une phase de repos, pour se ressourcer, on est plus sur des séances courtes, mais de haute intensité, pour “faire du jus”. »

Fait partie de cet article

Alexis Pinturault

“Je veux écrire l’histoire de mon sport”, a déclaré un jour le skieur alpin professionnel Alexis Pinturault. C’est désormais chose faite.

Voir le profil