ntrepreneur à succès depuis ses 22 ans, Arthur Perticoz a rejoint, en octobre 2022, la Karmine Corp en tant que CEO.
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Arthur Perticoz : ce rêve bleu

Entrepreneur à succès depuis ses 22 ans, Arthur Perticoz a rejoint, en octobre 2022, la Karmine Corp en tant que CEO. Un accomplissement pour ce passionné de jeux vidéo qui vit aujourd’hui son rêve.
Écrit par Lucas Jacque
Temps de lecture estimé : 5 minutesPublished on
Des journées types, Arthur n’en a pas vraiment. En ce mercredi d’octobre 2024 par exemple, le CEO de la Karmine Corp jongle entre un échange avec un fonds d’investissement, un point mensuel avec les clubs de la Ligue française de League of Legends, une réunion avec le comité exécutif de la KC ou encore une présentation pour Riot Games. Sans oublier le mercato, sur LoL, Valorant ou encore Rocket League, qui occupe chaque année tous les esprits à l’automne.
Bref, à 34 ans, Arthur Perticoz est un homme pressé. Et pas seulement depuis son arrivée au club, en octobre 2022. À 22 ans déjà, en parallèle de ses études, le futur patron de la Prestigieuse lançait son premier business, Omnis Event. Si la plateforme de conseils juridiques à destination des BDE en écoles supérieures n’a vécu qu’un an, elle aura permis au jeune Arthur de prendre la voie de l’émancipation. Un impératif pour cet enfant de la capitale, issu de la classe moyenne. « Je ne voulais pas être une charge pour mes parents, qu’ils se sacrifient pour moi », détaille-t-il.
Piqué par cette première expérience, Arthur Perticoz se lance rapidement dans de nouveaux projets et enchaîne deux succès majeurs : Wynd en 2014, devenu un géant du commerce unifié, puis majelan, un « Netflix du podcast », cofondé en 2019 avec l’ancien patron de Radio France, Mathieu Gallet. Après trois ans, l’entreprise est revendue et il quitte le navire. Puis, les étoiles s’alignent : une story Insta pose les germes de l’idylle à venir entre le jeune entrepreneur et la KC. Une connaissance d’Arthur Perticoz y apparaît aux côtés d’Amine « Prime » Mekri. Le post attise la curiosité d’Arthur, alors simple fan. Puis, de fil en aiguille, rendez-vous est pris avec Kamel « Kameto » Kebir.
Quotation
Je vis des moments incroyables et j’ai l’impression de réaliser mon rêve.
Arthur Perticoz
Le timing ne pouvait être meilleur : en pleine expansion, le Blue Wall a un « besoin vital » d’un profil comme le sien. Lui vient tout juste de quitter majelan et est à la recherche d’un nouveau défi à relever. Le mariage semble évident. D’autant que pour la première fois de sa carrière, Arthur Perticoz a l’occasion de conjuguer ses deux plus grandes passions : l’entrepreneuriat bien sûr, et les jeux vidéo. Car depuis tout petit, ces derniers font partie intégrante de sa vie. Sur Gameboy, PlayStation, Xbox… Arthur Perticoz s’est créé des « espaces de rêve et de performances » dans des « mondes imaginaires ».
Ce n’est peut-être d’ailleurs pas un hasard si, plus jeune, les jeux de gestion – à commencer par Football Manager – lui étaient si chers. « Je ne peux pas faire comme si je ne voyais pas la connexion logique, même si, sur le papier, ce n’est pas évident », sourit-il. L’idée de s’investir dans ce milieu lui avait d’ailleurs traversé l’esprit quelques années plus tôt, en 2017. « Quand j’ai quitté Wynd, je voulais monter un club esport. Et je suis très content de ne pas l’avoir fait parce que ça aurait été une catastrophe. (rires) Mais c’est un chouette lien entre le passé et le présent. »
Cinq ans plus tard, le voilà à la tête de l’équipe française la plus populaire. Mais en acceptant d’enfiler le Bleu (couleurs de la KCorp) de travail, Arthur Perticoz a aussi fait un choix fort, celui de tout miser sur un secteur loin de pouvoir lui garantir la providence. Le milieu demeure instable économiquement et la Karmine Corp est un ovni, l’une des rares structures rentables de l’écosystème. « Je gagnerais trois fois plus si j’étais patron de n’importe quelle autre entreprise, assure-t-il. Mais je ne suis pas là pour m’enrichir. Vers mes 26 ou 27 ans, j’ai pris la décision que j’avais un set de valeurs qui dépassait des sommes astronomiques. J’y gagne ailleurs, je vis des moments incroyables et j’ai l’impression de réaliser mon rêve. »
L’autre conséquence de ce rêve, c’est un soudain changement de statut. Arthur Perticoz a en effet été exposé abruptement à l’immense communauté de l’équipe. D’ailleurs, le CEO ne devait originellement pas sortir de l’ombre. Mais l’entreprise en a eu besoin « pour répondre, pour rassurer ». Et s’il en avait « un peu peur » au début, Arthur prend de la place. À tel point qu’il est désormais lui aussi, l’un des visages de la Karmine.
Mais ce costume d’homme à tout faire a un prix. « Je sors assez peu, je ne fais pas la fête, je rentre tôt quand j’ai des dîners avec des amis… Je ne peux pas dire que ma vie est équilibrée, confesse Arthur Perticoz. Je maîtrise le déséquilibre avec des moments très importants dans la semaine qui me servent de compensation. Le samedi matin je prends un café ou un thé en terrasse pendant deux heures et je peux jouer à un jeu, scroller Twitter… C’est un équilibre précaire mais qui tient. » Ainsi, malgré le « stress inhumain » inhérent à sa position, Arthur Perticoz l’assure, il est aujourd’hui plus apaisé qu’il ne l’a jamais été.
De quoi envisager sereinement l’avenir. De la KC d’abord, qui parle aujourd’hui « en mois » alors qu’elle parlait « en jours » il y a deux ans. De l’écosystème ensuite, plus lucide qu’auparavant sur la réalité économique du milieu : « Il vaut mieux accepter que l’on est plus petit que ce qu’on pouvait espérer il y a cinq ans en tirant la courbe, mais que même ce plus petit est déjà assez grand pour qu’on soit un joli secteur. » Quant à son futur chez la KC, la question peut paraître précipitée. Pourtant, Arthur a déjà bien mûri sa réflexion : « Quand j’estimerai que la Karmine est suffisamment stable ou qu’elle a besoin d’une autre typologie de dirigeants que moi, je partirai. »