De ses débuts au sein du magazine Radikal, à ses collaborations avec des artistes de renom comme PNL, Ninho, SCH et Aya Nakamura, plongez dans l’univers d’un artisan visuel.
Dès les premiers instants de notre rencontre, il est clair que Fifou n’est pas seulement un photographe, mais un narrateur visuel, un metteur en scène des émotions qui est dévoué au service du genre musical qu’on appelle le rap. En s’intéressant à son univers, j’ai découvert un artiste qui jongle avec les nuances du rap français, du rap états-unien, du grime anglais, et des défis qu’impose la culture Hip-Hop, en continuant année après année à lui vouer un amour incommensurable. de renom comme PNL, Ninho, SCH et Aya Nakamura, plongez dans l’univers d’un artisan visuel.
Son parcours commence au début des années 1990, alors qu’il n’a que dix-sept ans, et qu’il frappe à la porte du magazine de référence hip-hop Radikal, un lieu qui, au fil des années, a façonné ses premiers pas dans le monde de la photographie. Mais Fifou ne se contente pas de capturer des images, puisqu’en 2017, il montera son propre studio photo Le Salon, théâtre de la créativité où les artistes peuvent s’exprimer dans une ambiance chaleureuse et décontractée.
Au fil des ans, Fifou a su se démarquer par son approche unique de la création de pochettes d’albums. À la manière d’un compositeur avant-gardiste, il esquisse des croquis, imagine des tableaux, et façonne des visions qui prennent vie à travers ses objectifs. Des covers emblématiques comme celles de Dans la légende de PNL ou M.I.L.S de Ninho ne sont que quelques exemples de son génie artistique.
Mais Fifou ne se contente pas du succès commercial. Il aspire à quelque chose de plus profond, qui dépasse les frontières du mainstream. Ses nominations pour la Flamme de la cover d’album de l’année en 2023 et 2024 avec des œuvres comme celle de DNK avec Aya Nakamura, témoignent de sa capacité à repousser les limites de l’art visuel. Avec lui, on parle de statement, de représentations et d’héritage grâce à sa toute nouvelle maison d’édition. En Pire.
Fifou n’est pas seulement un photographe, mais un narrateur visuel.
Malgré la reconnaissance de la scène hip-hop française à son égard, Fifou reste humble, préfère l’ombre à la lumière, mais comprend l’importance de se montrer quand visibilité est synonyme de réussite. Son équilibre entre discrétion et exposition témoigne de sa sagesse artistique et de sa compréhension profonde du métier. Bien plus qu'un photographe, Fifou est un conteur d'histoires, un architecte du rap. C’est pour cette raison que j’ai pris le parti de conter son histoire à la première personne.
Dans ma jeunesse, mon cœur battait pour l’illustration. Je rêvais de devenir dessinateur de BD, bercé par ma passion pour les mangas. Passant la majeure partie de mon temps dans le 77 où je résidais, je m’appliquais à envoyer mes illustrations à toutes les associations que je pouvais trouver. Mais voilà, au lycée, lors de mon année de terminale littéraire, deux activités ont émergé, déclenchant ma première connexion avec le monde musical. J’étais rédacteur en chef d’un fanzine de la ville donc dès qu’un concert se tenait, je me débrouillais pour interviewer les rappeurs. À l’époque, c’était La Brigade, Bisso Na Bisso.
Parallèlement, je coanimais une émission intitulée Des phases et, dans laquelle je me penchais sur le street art. C’était sur la radio Vallée FM (Marne-la-Vallée), incroyablement bien subventionnée, dont les locaux surpassaient même ceux de Générations (station de radio spécialisée dans le rap et le R&B) à l’époque. Mon émission était programmée juste avant celle de DJ Mars de Time Bomb, comme un rendez-vous incontournable. À la fin du show, je voyais les rappeurs qui attendaient pour la suivante... C’est grâce à ce petit interlude que j’ai pu présenter mes illustrations et tisser des liens avec les rappeurs. Deux ans plus tard, muni de mon baccalauréat, je rejoignais l’école supérieure des arts appliqués et des métiers d’art Oliver de Serres, et entamais un stage chez Radikal, pour une durée de trois mois.
Ticket VIP
Mon immersion dans le monde du rap remonte donc au moment où je côtoyais Princess Aniès, 2Bal, bien avant Radikal. Véritable passionné de rap, je passais mes journées chez Urban Music (Paris), un disquaire incontournable. À une époque où les réseaux sociaux n’étaient pas aussi prédominants, les passionnés de rap se devaient de fréquenter les endroits où ils pouvaient rencontrer les artistes. Le samedi, chez Urban Music, c’était le rendez-vous pour croiser DJ Spank, Cut Killer, JoeyStarr, et bien d’autres. En collaborant avec des artistes de Pierrefitte et Sarcelles, j’ai tissé des liens étroits avec des figures de la sécurité du milieu du rap, discutant des bandes et des chasseurs de skins, tels que les Requins vicieux Junior.
Ce qui est incroyable, c’est que mon entrée dans ce milieu hors norme s’est faite par amour du rap. Que ce soient les stars, les DJ, les gens de la rue ou dans l’ombre, ils ont vu en moi un jeune passionné de 17 ans, ultra motivé et authentique. Mon domaine, c’était l’image. Je pense que ma facilité d’intégration vient de là. Je n’ai jamais cherché à me faire bien voir, je n’ai jamais été un fan, j’ai juste donné énormément d’amour au rap, et ce, jusqu’à ce jour.
Rapidement, en travaillant avec un rappeur, je liais connaissance avec son manager. Il s’est avéré que certains d’entre eux étaient de grands voyous, mais cela importait peu. Ce qui comptait, c’était le lien humain. Lorsque je rencontrais des JoeyStarr et Doc Gyneco, ils me demandaient : « Mais qui es-tu ? Comment connais-tu untel ? » C’est là que j’ai réalisé que j’étais observé, mais je n’ai jamais cherché à être un gars du ghetto. Nous partagions des valeurs communes, et pour ceux qui ont choisi une autre voie, je les voyais comme des entrepreneurs. Il n’y avait pas de jugement, j’ai simplement dit non aux bêtises, car, comme dans les films, on peut rapidement basculer. Tout cela m’a donné de l’assurance. La force du nombre, c’est ce que j’aime dans le hip-hop, dans le rap. D’ailleurs dans les clips de l’époque, les gars étaient une quarantaine, alors que lorsque vous êtes dessinateur, graphiste, vous êtes seul dans votre coin. Moi, j’ai eu la chance d’avoir les deux : le collectif et la solitude.
Radikal
À cette époque, Radikal partageait ses bureaux avec Générations, une sorte d’empire de la presse, où l’on pouvait retrouver Vibrations (un magazine consacré aux musiques du monde), entre autres. C’était un véritable décor musical. Chaque samedi matin, de 9 heures à midi, j’étais avec Princess Aniès et Bob, qui animaient l’émission très écoutée Générations 2000, et le soir, j’étais chez B.O.S.S. (label) avec JoeyStarr. Un jour, je me suis rendu compte que Radikal (le magazine phare du rap en termes d’images) partageait les locaux. J’ai discuté avec Bob entre deux cafés, lui racontant mon rêve : produire des photos inédites. Nous sommes allés voir Philippe Caubit, l’homme de la situation en matière de graphisme pour le magazine, je lui ai montré mon carnet de croquis et il m’a dit : « Dans deux semaines, tu commences. » La chance que j’aie eue, c’est qu’il m’a confié les clés au début de mon stage, car il s’absentait pendant trois semaines. J’ai beaucoup appris seul et j’avais envie de le bluffer ! Grâce aux liens étroits entre Radikal et Générations, j’ai pu étendre mon réseau. Soyons honnêtes, je n’étais pas forcément le plus talentueux à l’époque, mais j’avais la dalle, alors je ridais tout Paris. J’étais ce petit Blanc que tout le monde connaissait.
Imagerie états-unienne
Mes premières inspirations viennent des États-Unis, car c’est là-bas que tout a commencé, je veux dire, le hip-hop. Après Radikal, j’ai collaboré pour la version française du magazine The Source, bible incontournable de cette culture. Dès qu’une star américaine venait dans l’Hexagone, comme Mobb Deep ou 50 Cent, avec mon pote journaliste Chino Brown, nous étions sur le coup. En plus, Chino parlait un argot américain très poussé. Je me souviens d’une fois, lors d’une interview avec Cypress Hill, où ils lui ont même demandé s’il venait de Compton à cause de son accent. Cela nous a motivés à partir là-bas, car nous adorions cette culture. Nous avons monté un petit blog, Fish-High, et Chino étant journaliste, ça nous a permis de connecter avec les artistes là-bas. Rien de sérieux, en vérité. Et en 2006, nous avons fait notre premier voyage aux États-Unis. Avec des contacts de contacts, nous nous sommes retrouvés à dormir au fin fond du Bronx, dans des lieux insalubres avec des sans-papiers, mais cela n’avait pas d’importance. À ce moment-là, via MySpace, nous avons envoyé beaucoup de messages à Mobb Deep, Styles P. et à l’équipe de Gucci Mane, et ils ont répondu présents. Deux jours plus tard, nous nous retrouvions avec ce dernier. Étant un peu fou, pendant que Chino faisait l’interview, je prenais des photos et lui faisais une pochette d’album. Et c’est ainsi que j’ai rendu les Américains fous, ils n’en croyaient pas leurs yeux.
À un moment donné, nous sommes devenus très proches de Fred the Godson, le porte-parole du Bronx à cette époque, même Jay-Z était sur ses côtes. Je me suis retrouvé à faire ses pochettes de mixtapes et sans réfléchir, nous sommes partis du côté de Queensbridge, le berceau du rap. Pour nous, là-bas, c’était comme Disneyland ! Nous avons rencontré le frère de Nas, Cormega, Bars N Hooks, Infamous Mobb, mais notre rêve était de rencontrer The Alchemist et Prodigy. On a fini par travailler avec toutes les équipes de Mobb Deep, mais impossible d’avoir Prodigy. Suite à cela, une fois par an, tous les deux ans, nous retournions à New York, pour finalement nous rendre compte que les États-Unis, c’est particulier.
Les Américains sont toujours dans une explosion de joie : “Amazing ! Let’s go! Crazy, you’re a genius.” Pour nous, Français, c’est étrange. La première fois que je suis parti du Queens, par exemple, il y a Mike Delorean qui s’est mis à pleurer devant moi en mode front contre front : « Ne pars pas, tu fais partie de la tribu maintenant ! », et puis plus tard je retourne là-bas et il ne me calcule même pas. Ça, c’est les Américains, tout, tout de suite. Rapidement, tu te rends compte que c’est beaucoup de spectacle. Nous, Français, nous sommes plus dans la psychologie, nous nous ouvrons difficilement, mais quand nous le faisons, c’est sincère, ça ne bouge pas.
Ce qui est assez marrant, c’est que je suis dans une époque où j’utilise beaucoup la photographie. C’était la mode du détourage où nous replacions les gens dans des décors. Forcément, je me suis constitué une banque d’images en photographiant tous les endroits emblématiques des États-Unis, et ces décors (Harlem, Bronx), je les ai utilisés dans toutes les pochettes de rap français que j’ai faites : Mokobé, La Fouine, Alpha 5.20 etc.
Dans ma quête de kiffe, je me suis particulièrement tourné vers le rap américain de la côte Ouest, imprégné de cette savoureuse essence californienne. C’est ainsi qu’en 2009, accompagné de Chino, nous avons pris la direction de Sunset Boulevard pour y établir notre camp de base. Pendant un mois, nous avons arpenté les rues de Compton, de Crenshaw, d’Inglewood. C’était une expérience folle. Notre contact privilégié sur place était DJ Muggs (Cypress Hill), qui nous a fait découvrir tous les recoins de la ville.
J’ai rendu les Américains fous, ils n’en croyaient pas leurs yeux.
On a chillé avec Freddie Gibbs, Jay Rock et Kendrick Lamar, alors peu connu sous le nom de K-Dot. Mon seul regret à cette époque est de ne pas avoir capturé davantage de moments en photo ; je filmais tout pour mon blog. Je n’avais pas encore acquis l’œil du photographe que je suis aujourd’hui, avec mon petit argentique, j’aurais sûrement créé des pépites.
Ce que j’apprécie particulièrement à Los Angeles, c’est le mélange harmonieux entre travail et plaisir, bien que cela puisse parfois être trompeur. Prenez par exemple The Alchemist (l’un des producteurs de rap les plus vénérés et les plus prolifiques de sa génération, dont la discographie remonte aux débuts des années 90. Ses collaborations vont de Dilated Peoples, Modd Deep, Nas, Ghostface Killah, à Lil Wayne...), qui semble toujours en mode kiffe alors qu’en réalité, il travaille d’arrache-pied, avec une précision redoutable.
C’est impressionnant de donner l’illusion que tout est facile, que c’est une question de lifestyle, mais une fois en studio avec eux, on réalise l’acharnement derrière chaque projet. Et puis, il y a la musique... Toute l’école Larry June, Dom Kennedy, je suis accro, ça me parle. Anderson .Paak et Kendrick, ça groove. Même quand on écoute SZA aujourd’hui ou ScHoolboy Q, il y a cette mélodie envoûtante, on ressent la présence des OGs en arrière-plan, avec ces basses profondes. À l’opposé, New York est plus comparable à Paris, c’est rapide, oppressant.
Mon lien avec les États-Unis relève à la fois du divertissement et du bien-être, car pour travailler avec eux, il faut être sur place, même si cela évolue avec l’avènement des réseaux sociaux. Depuis environ six ans, avec l’impact croissant de la pop culture française, de nombreux réalisateurs tournent des clips aux USA, des stylistes indépendants y développent leur business.
Mais à l’époque, rester six mois en France et un mois là-bas signifiait ne pas avoir de job ; il fallait être sur le terrain, avec son book, démarcher les maisons de disques, etc. Je pense qu’aujourd’hui, j’ai plus de demandes à l’international, des États-Unis à l’Angleterre, qu’en France, grâce aux réseaux sociaux.
PNL et Ninho : le tournant
PNL a représenté pour moi un renouveau artistique dans la nouvelle génération. Le visuel que j’ai créé avec eux a été une rupture avec mes habitudes dans le rap. Pendant des années, et même aujourd’hui, mes pochettes sont souvent marquées par des contrastes forts, des regards durs et des décors texturés, reflétant une esthétique de rue brute. Alors quand est sortie la pochette de l’album Dans la légende en 2015, j’ai ressenti un certain stress, car elle ne correspondait pas du tout à mon style habituel. Avec son dégradé du rose vers le jaune, des couleurs peu conventionnelles dans le rap, j’ai été déstabilisé. Mais PNL étaient visionnaires. En plus, ce sont des gars authentiques. Je me souviens encore du moment où nous avons publié cette pochette sur les réseaux sociaux, avec leur mention « S/O Fifou ». Dans ma tête, j’étais en mode « Que va-t-on dire de moi... » Et puis, c’est l’explosion ! Je me suis rendu compte que le jeu avait changé. Ils ont une communauté aussi puissante que celle de Mylène Farmer.
Personne ne peut toucher à PNL. Et les messages positifs ont commencé à affluer de tous les comptes de fans. C’était un déclic. Une nouvelle façon de travailler émergeait, loin des sentiers battus : plus de contraintes des labels, mais une collaboration directe artiste/ photographe. Après plus de dix ans de carrière, ça m’a fait un bien fou.
Pour Ninho, c’est une tout autre histoire. Son producteur, DJ Quick, m’a appelé pour me dire qu’il avait un petit gars avec un potentiel énorme. Mais quand quelqu’un me dit ça, j’entends cela dix fois par jour. Il a eu du mal à me convaincre, jusqu’à ce qu’il me dise un jour : « Fifou, tu me fais galérer, il faut faire la pochette de l’album de Ninho pour demain, viens, trouvons une solution. » Alors je lui ai répondu : « Viens au bureau avec lui. » Ils sont arrivés, je l’ai photographié devant un mur blanc, on a fait deux photos avec ses lunettes, il m’a donné sa vision, et c’était parti. La pochette de M.I.L.S (2016) était prête, et deux semaines plus tard, c’était déjà un disque d’or. C’est à ce moment-là que j’ai pris conscience de l’arrivée de cette nouvelle génération. Depuis, nous n’avons plus cessé de collaborer.
Ce qui est particulier, c’est que je viens d’une époque où le rap était vraiment dur, où j’ai travaillé sur de nombreux visuels. Mais dès 2015, nous sommes entrés dans l’ère intense du streaming. Le rap explosait et toutes les certifications que j’ai obtenues, elles se sont accumulées en l’espace de deux ans.
Étant constamment immergé dans l’image, tout m’inspire.
Trois ans plus tard, j’ai été à nouveau estomaqué... avec SCH pour le premier volet de JVLIVS (2018). C’était la première fois de ma vie que je partais en tournée avec un artiste pendant une dizaine de jours. Nous sommes allés à Palerme (Italie), où j’ai co-réalisé son court-métrage JVLIVS I, ses clips et la direction artistique globale de son projet. J’ai alors réalisé la puissance de cet artiste. Je le voyais du matin au soir. SCH est quelqu’un d’ultra simple, un gars normal. Puis, soudain, au cours de la semaine, j’ai ressenti des frissons lors d’une séquence pour le court-métrage. Nous faisions de la fiction, il jouait avec des acteurs italiens, et à quelques moments, il y avait des playbacks. Nous étions sur un genre de rooftop, avec un coucher de soleil brumeux. Et lorsque le moment du playback du morceau Otto (hommage à son père) est arrivé, il a sorti son flow, et j’ai été époustouflé.
Avec le Steadicam Operator, Teva Vasseur, derrière le moniteur, nous avons été saisis par la puissance de l’artiste, puis SCH est redevenu lui-même en une fraction de seconde. Quand j’assiste à ce genre de moments, je sais pourquoi je fais ce métier. La musique nous fait vivre des émotions qui nous dépassent. À bien y réfléchir, quand je regarde le nombre d’artistes avec lesquels j’ai collaboré et la visibilité que j’ai acquise... c’est très particulier, car j’aime cette position d’être dans l’ombre. Mais nous sommes dans une époque où, pour durer et élargir les horizons dans le business, il faut se montrer. Et moi, je ne me montre pas trop. Il faut donc trouver un équilibre, surtout quand on aime être discret. Être visible, c’est 50 % de bons côtés et 50 % de mauvais côtés. On est autant une cible à abattre pour les nouveaux challengers, qu’une source d’inspiration.
Avec PNL, je me suis rendu compte que le jeu avait changé.
Metteur en scène
Je me suis toujours considéré comme un compositeur, à l’instar d’un pianiste qui, avant de présenter son œuvre, passe par de nombreux brouillons. Pour ma part, j’ai mes maquettes. Et étant constamment immergé dans l’image, tout m’inspire : le cinéma, les livres, les séries animées. Dans mon carnet, je dessine une multitude de croquis, une multitude de tableaux. La pochette de Blo de 13 Block, par exemple, était une idée qui me séduisait depuis longtemps. Donc, dès notre première rencontre, je leur ai montré une multitude d’idées de tableaux, mais j’avais déjà commencé par celui qui allait devenir la cover, inspiré par leur morceau Faut que. Je me disais que ce serait cool d’avoir quelque chose de brillant dans un décor très profond, d’où l’idée du lustre.
Je fonctionne toujours ainsi, même si je peux faire du sur-mesure. J’ai des idées de tableaux que moi, en tant que photographe, j’ai envie de réaliser. Parfois, quand j’écoute un morceau ou qu’un artiste me décrit son univers, grâce à mon dossier secret, j’ai un peu d’avance. Ce dossier regorge de centaines d’idées, ce qui me permet d’être très réactif. Et attention ! Ce n’est pas du réchauffé, bien au contraire. Quand je donne vie à Alkpote sortant d’une pussy géante (pochette de Monument, 2019), c’est quelque chose que je voulais faire depuis longtemps... Placer quelqu’un au milieu de ce drapé rose en forme de vagin. Et parfois, à l’inverse, il y a cette totale improvisation que j’adore et que l’on retrouve sur le projet Stamina, Memento de Dinos (2021). Il avait déjà prévu sa pochette avec la peintre Johanna Tordjman, mais à mes yeux, par rapport à tout le travail que nous avions réalisé auparavant, c’était une proposition de direction artistique sans transition. Je lui ai alors envoyé une référence de boxe cubaine, où l’on voit un père entraînant son fils, et en plus, le gamin à mettre en scène pouvait être le même que pour Imany (2018). Et comme ça, tu termines l’histoire, lui dis-je. C’est donc ainsi que je travaille : beaucoup de réflexion en amont, des idées en vrac, et parfois une improvisation totale, car le rap, c’est aussi ça : du freestyle.
IG : @misterfifou