Le phénomène et le boss du rap parisien réunis pour Red Bull SoundClash.
© Max Vn
Musique

Guy2Bezbar & Leto : 2 fois plus efficaces

Red Bull SoundClash arrive en France pour challenger deux rappeurs parisiens, Leto et Guy2Bezbar. L’idée ? Leur permettre de dévoiler d’autres facettes en laissant le public affirmer ses préférences.
Écrit par Ouafa Mameche
Temps de lecture estimé : 12 minutesPublié le
Pour sa première édition en France, le Red Bull SoundClash mise sur deux jeunes rappeurs parisiens qui pèsent. À 25 et 24 ans, Leto et Guy2Bezbar sont des artistes bien identifiés dans le paysage musical français, multipliant les millions de vues sur leurs clips, les collaborations et les certifications. Deux carrières en ascension, deux amis, mais surtout deux ambianceurs qui offriront sans aucun doute une performance à la hauteur de l’événement.
Les rappeurs Guy2Bezbar (en jaune) et Leto seront en combinaison lors du Red Bull SoundClash au Centquatre, à Paris, le 5 octobre prochain.
Guy2Bezbar et Leto seront en combinaison lors du Red Bull SoundClash

Le rap influence Paname, Paname influence leur rap

Fiers représentants de leurs arrondissements respectifs, Leto et Guy2Bezbar brandissent haut l’étendard de leur quartier. Guy le porte dans son nom d’artiste, « Bezbar » pour Barbès, le célèbre quartier du XVIIIe arrondissement bien connu dans le rap français qui a vu éclore des artistes comme Doc Gynéco, Flynt, Hugo TSR, Sopico ou encore le groupe La Scred Connexion. De son côté, Leto est originaire du XVIIe arrondissement, là où il a formé son premier groupe, PSO Thug, pour Porte de Saint-Ouen, la localisation précise de son fief. Un de ses titres solos à succès est d’ailleurs tout simplement intitulé Paris c’est magique. Pour Leto, c’est incontestable, « tout le quartier, toute [leur] zone, tout Paris [les] a guidés pour en être là aujourd’hui ».
Purs produits de leur environnement, les références musicales des deux jeunes hommes sont d’abord composées des rappeurs de leurs quartiers qui ont commencé avant eux ainsi que tous les gros noms du rap en général. D’origine congolaise, Leto et Guy ont naturellement grandi avec des sonorités africaines ainsi que des tubes de rap américain. Guy est très branché « nineties comme années 2000 », aime écouter Lauryn Hill, Alicia Keys mais aussi Angèle.
Navigant entre leurs cercles proches et leurs influences internationales, Leto et Guy se sont construits en écoutant et en apprenant des autres, pour en tirer le meilleur. « On n’a pas eu de personnes plus expérimentées en tant que coaches pour nous dire quoi faire pendant nos enregistrements par exemple, dit Guy, c’était plus des petits conseils venant de la part de tout le monde. »
Leurs modèles viennent surtout des États-Unis, là où les artistes issus des cultures noires-américaines ont totalement dépassé la simple case du rap. Des noms comme celui de l’entrepreneur Damon Dash ou celui du Snoop Dogg sont par exemple cités dans le titre Fais de l’argent : « Ce sont des personnes influentes qu’on a pu suivre dans notre jeunesse. Leurs parcours sont bons, positifs et droits, donc c’est un peu normal pour des artistes comme nous de revendiquer ce genre de modèles », explique Guy.
Portrait du rappeur Guy2Bezbar qui affrontera Leto lors du Red Bull SoundClash au Centquatre, à Paris, le 5 octobre prochain.
Guy2Bezbar sera au Red Bull SoundClash au Centquatre, à Paris
Leto et moi, c’est beaucoup d’énergie et d’ondes positives.
Guy2Bezbar

Complémentaires dans la vie comme en studio

Ces deux-là se connaissent depuis l’adolescence, ayant fréquenté le même lycée du XVIIe arrondissement. Les deux bandes d’amis se mélangent et passent beaucoup de temps ensemble, devenant une seule unité, comme une famille. Leto et Guy se lient donc d’amitié et ont énormément de choses en commun : « Il y a beaucoup d’énergie et d’ondes positives chez nous. C’est mon frère, on a vraiment le même délire, on fait des sorties ensemble, on se voit hors musique », avance Guy, à propos de leur relation, devenue si naturelle au fil des années.
Leto, alias « Capitaine Jackson », commence à rapper deux ans avant Guy, aux alentours de 2013, se testant aux freestyles avec son jeune groupe PSO Thug. La formation débutante se fait découvrir l’année suivante avec un premier morceau puis se retrouve sur la mixtape du rappeur Kaaris en 2015. La même année, Guy, qui se fait surnommer « Coco Jojo », entame son chemin en faisant notamment une apparition aux côtés du rappeur Niska. Il faut cependant attendre 2021 pour voir naître une première collaboration entre Leto et Guy malgré les nombreuses d’années d’amitié déjà installées. « On aurait pu faire un feat depuis un petit moment, dit Guy, mais j’attendais d’être au top à ma manière. Je n’étais pas forcément à un niveau où je pouvais me permettre de collaborer avec lui. » Cette démarche est représentative du respect que se portent les deux amis et du travail nécessaire pour bâtir leurs carrières. Il est vrai qu’entre-temps, le natif de Barbès a énormément évolué et a marqué les esprits avec son titre Bebeto sorti en 2020. « Le premier feat ensemble c’est Favelas de Paname (La Calle 4), et dès qu’on l’a fait, on ne s’est plus lâchés », continue Guy.
Portrait de Leto.
Leto affrontera Guy2Bezbar au Red Bull SoundClash
Guy, il est vraiment cainry, c’est vraiment les States.
Leto
Continuant sur cette lancée, Leto et Guy ont abouti à une poignée de titres en duo, dont un aux côtés de la star congolaise Fally Ipupa. Il faut dire que travailler ensemble n’est que la continuité des liens qu’ils ont dans la vraie vie. Guy est très éloquent à ce sujet : « Notre façon de travailler est très impressionnante car on passe 75 % du temps à s’amuser. On peut avoir une séance studio qui est censée durer six heures mais en une heure, le son est plié, et pendant le reste du temps, on rigole ou parfois, on part même sur un autre son. C’est une autre manière de travailler. »
Lorsqu’il faut qualifier instinctivement l’autre, Leto appuie sur la fraîcheur de Guy : « Il y a toujours du renouveau chez lui. Il est imprévisible, tu ne peux t’attendre à rien avec lui, tu seras toujours surpris. C’est vraiment cainry, c’est vraiment les States. » Guy est un person- nage lumineux et fédérateur qui a de nombreuses qualités pour capter l’attention du public. C’est ce grain de folie et l’innovation permanente qu’il propose que Leto évoque comme étant « à l’américaine ».
Ce show, pour nous deux, c’est exceptionnel.
Guy2Bezbar
Selon Guy, Leto est également un concurrent de taille avec comme point fort son côté compétiteur : « Il peut faire face à plein de rappeurs et leur tenir tête. S’il fallait envoyer un mec au casse-pipe pour nous représenter, ce serait lui. » Depuis ses débuts, Leto a croisé le micro avec de nombreux artistes en place comme Ninho, Bigf lo & Oli, Booba, et même Ed Sheeran sur un remix. Le rappeur du XVIIe arbore une belle confiance en lui et parvient à s’imposer sur chaque titre. « Il y a toujours du nouveau dans ses textes, dans sa manière de poser, il a beaucoup de flows et c’est un très bon freestyleur », continue son ami du XVIIIe. De nombreuses qualités qui feront de Leto et de Guy de redoutables adversaires lors du Red Bull SoundClash.
Guy2Bezbar affrontera Leto au Red Bull SoundClash, au CENTQUATRE à Paris.
Guy2Bezbar

L’aventure Red Bull SoundClash

Fidèles à leurs personnalités, Leto et Guy ont réagi chacun à leur façon face à la proposition de participation au SoundClash. Le premier a d’abord dit non sans connaître le principe, comme une manière de défense face à l’inconnu : « Je suis comme ça, dès que je ne connais pas quelque chose, je dis non, et ensuite je pose des questions et je change d’avis », explique Leto amusé. Plus fougueux, Guy a accepté directement, surtout en apprenant que Leto serait en face de lui. « Le concept est original, faire un show à deux, c’est exceptionnel pour deux artistes comme Leto et moi. Entre jeunes Parisiens, ça peut bien donner et faire du bien au public », avance-t-il.
L’originalité du concept a donc plu aux deux amis qui s’amusent déjà de l’épreuve du Take-Over (terminer un morceau de l’autre artiste) prévue au programme de l’événement qui se tiendra au Centquatre, à Paris, le 5 octobre. « Rapper un son de Leto, poser sur son tempo et son texte, c’est sortir de ma zone de confort. Je pense partir sur un titre qui me correspond un peu quand même », dit Guy. De son côté, Leto pense également partir sur « quelque chose où ça kicke grave ». La dynamique, ce côté « banger » du rap, c’est là où les deux jeunes rappeurs se retrouvent et se ressemblent musicalement.
Portrait de Leto et Guy2Bezbar.
Leto et Guy2Bezbar
Pour se préparer au grand show et afin de mieux appréhender le concept, les deux rappeurs ont eu l’occasion d’assister à un SoundClash en Allemagne et de se rendre en Autriche, pour des moments surprenants : un tour en hélicoptère de voltige avec Felix Baumgartner (l’homme du Red Bull Stratos) et le pilotage de voitures de course. Avec des challenges physiques en tête (car le show le sera !). Leto et Guy ont donc dû freestyler en plein vol, en enchaînant les loopings lors de leur sortie en hélico. Exercice que les deux rappeurs avides d’adrénaline ont particulièrement apprécié.
À l’approche de l’événement, Leto et Guy se sont préparés encore plus intensément aux différentes manches, en enchaînant notamment les sessions en studio de répétition. L’occasion de tester de nouvelles combinaisons, mais surtout de dépasser leurs habitudes. « J’aimerais bien surprendre le public et montrer que je peux aller sur autre chose, que je peux être sur tous les terrains », avance Guy, qui attend impatiemment l’épreuve de réarrangement (l’épreuve du SoundClash), lui qui a toujours voulu travailler avec un orchestre.
À une étape charnière dans leur carrière et dans la hiérarchie du rap, ces artistes sont un pont entre l’ancienne et la nouvelle génération, puisant l’expérience chez les doyens et s’inspirant de l’énergie des nouveaux venus. « C’est important d’être à l’écoute et proches de ceux qui arrivent après nous, dit Leto, c’est comme ça qu’on avance. » Selon Guy, les deux amis ne sont ni des « nouveaux rappeurs » ni des « vétérans du game », mais plutôt « des jeunes entrepreneurs qui font ce qu’ils ont à faire dans la musique ». Il utilise d’ailleurs le terme de « jeunesse dorée » pour se qualifier, une manière d’inclure son entourage dans cette catégorie jusque-là réservée aux jeunes bourgeois blancs de la capitale. Car les visages des Parisiens ont changé et Leto et Guy2Bezbar sont assurément de ceux-là.
Retrouvez Leto et Guy2Bezbar pour le Red Bull SoundClash, au Centquatre (Paris), le 5.10; à partir de 20h45 en live sur la chaîne YouTube Red Bull Binks ; redbull.com

Le Red Bull Soundclash en trois éditions historiques

1. La plus symbolique : 2014, Zenica, Bosnie-Herzégovine
Le Red Bull SoundClash en Bosnie.
Mélange des genres en Bosnie
Le groupe bosniaque de dub rock Dubioza Kolektiv a affronté le groupe serbe de rock alternatif S.A.R.S. Originaires de pays issus de l’ex-Yougoslavie, et moins de vingt ans après la fin de la guerre qui a vu leurs patries s’affronter, les deux groupes ont uni leurs forces artistiques pour offrir un show de qualité. Cette affiche SoundClash a offert de beaux mélanges de pop, rock, reggae, hip-hop et blues au public présent.
2. La plus fédératrice : 2019, Le Caire, Égypte
Le public du Red Bull SoundClash au Caire acclame son favori.
Le public du Caire acclame son favori
Durant trois jours consécutifs, Sound­Clash a pris place dans la capitale égyp­ tienne pour offrir trois beaux spectacles. D’abord un show 100% jordanien oppo­ sant le groupe indie Autostrad au groupe de grunge Akher Zapheer. S’en est suivie une confrontation entre le groupe de soft rock cairote Wust El­Balad et le groupe de rock ammanien JadaL. Enfin, le groupe de reggae/pop­rock égyptien Sharmoofers s’est retrouvé face au chanteur de rock­ jazz jordanien Aziz Maraka. En tout, près de quinze mille spectateurs sont venus désigner les vainqueurs au Caire.
3. La plus Grammy Awards : 2021, Nashville
Sheryl Crow au Red Bull SoundClash à Nashville en 2021.
Sheryl Crow, une surprise de taille
États-Unis : c’est dans le Tennessee que se sont affrontés le chanteur de pop Jake Wesley Rogers et le chanteur de RnB/soul Bren Joy. Ce qu’il fallait retenir de la soirée, c’est sans conteste l’invité surprise du premier compétiteur. Et pas des moindres : la superstar de la country Sheryl Crow, détentrice de neuf Grammy Awards, a rejoint Jake Wesley Rogers sur scène. Ils ont tous les deux repris Strong Enough, l’un des morceaux phares de la chanteuse sorti en 1993, offrant un beau moment de partage au public présent.

Un show unique où les artistes se dépassent et le public intervient

En 2006, Red Bull proposait pour la première fois une expérience musicale inédite : le Red Bull SoundClash. Deux artistes, deux scènes, deux groupes de musiciens, quatre étapes, le tout présenté par un maître de cérémonie, ambiancé par un DJ et jugé à l’applaudimètre par le public.
Le but étant d’offrir un divertissement de qualité, des combinaisons originales et des propositions musicales uniques pour permettre au public de découvrir ses artistes préférés sous un nouvel angle. Eindhoven (Pays-Bas) a été la première ville à accueillir le concept novateur et a vu s’affronter deux groupes locaux, Beef (reggae/ska) et C-mon & Kypski (hip-hop/funk).
Aux origines de cette idée – et bien avant les battles bien connus dans la culture hip-hop – les sound systems jamaïcains des années 1950 qui investissent les rues avec des sonorisations imposantes afin de permettre aux habitants des ghettos de profiter de la musique sans se faire discriminer à l’entrée des clubs. Chaque DJ y donne le meilleur de lui-même pour se démarquer grâce à la foule qu’il attire à l’aide des nouveautés musicales qu’il diffuse.
Le rappeur Snoop Dogg au Red Bull SoundClash au Texas en 2011.
Snoop Dogg fume l’assistance durant le Red Bull SoundClash au Texas en 2011
Le principe du Red Bull SoundClash est simple : à tour de rôle, les deux compétiteurs s’opposent dans différentes épreuves afin de déployer leurs talents et se challenger. Chauffer la salle avec trois titres de son catalogue (le Warm-Up) ; interpréter à tour de rôle un hit d’un autre artiste à sa façon (la Cover) ; débuter un titre de son répertoire pour laisser l’adversaire le terminer (le Take-Over), et inversement ; proposer une réorchestration dans un autre genre musical d’un de ses morceaux (le SoundClash) ; intégrer un invité surprise dans une version exclusive d’une chanson de son catalogue (la Carte Blanche).
Dès l’année suivante le lancement du concept, le Red Bull SoundClash s’exporte : Russie, Taïwan, Australie, Pakistan, Japon, Pérou ou encore Liban, ce sont plus de quatre-vingt-cinq shows qui ont eu lieu depuis sa création.
Par dizaines, des artistes établis dans leur pays et des stars internationales se sont soumis sans filet au jugement populaire du public. Rap, pop, country, électro, métal, rock alternatif, etc., aucun genre musical n’est oublié, créant ainsi des moments de pure performance et des rencontres parfois improbables entre les artistes. Citons parmi les plus connus les rappeurs américains Snoop Dogg, Ludacris, Danny Brown ou Talib Kweli; le chanteur de pop anglais Jake Wesley Rogers ; la chanteuse américaine Erykah Badu ; le groupe sud-africain Tumi and the Volume ; le groupe électro-pop canadien Dragonette et bien d’autres. Ce sera au tour de Leto et Guy2Bezbar le 5 octobre à Paris.