Heïdi Gaugain : championne intégrale
The Red Bulletin : Comment est née votre passion pour le vélo ?
Mon père est président du club de Saint-Georges-sur-Erve, en Mayenne, qu’il a créé peu avant ma naissance. Il m’a mise au vélo en 2015 avec mes deux sœurs. Tous les mercredis, les enfants du village se rejoignaient au club pour rouler, c’était trop bien !
Racontez-nous vos débuts, très DIY…
J’avais une prothèse dans la vie quotidienne avec une main, mais comme elle n’était pas adaptée au vélo, on l’attachait avec du scotch autour du cintre. Du pur bricolage ! C’était même un peu dangereux en cas de chutes d’être collée au guidon. Quand on faisait du cyclo-cross, ma prothèse partait dans tous les sens, mais bon, on en a bien rigolé. J’ai roulé un an comme ça avant d’avoir une vraie prothèse adaptée.
Vous avez débuté avec les valides. Comment ça s’est passé ?
Quand j’ai commencé la compétition, je ne connaissais ni le para ni personne avec un handicap dans mon sport. J’étais juste une concurrente normale à battre. Plus tard, quand j’ai intégré l’équipe de France valide, mes camarades étaient intriguées, elles me posaient des questions pour savoir comment ça marchait, mais c’était toujours très positif. Mon handicap m’a toujours permis de m’adapter, n’a jamais été un frein. Au contraire, ça m’a aidée à développer des stratégies de course.
Racontez-nous votre première confrontation avec les paracyclistes…
C’était en 2019 aux championnats de France. C’était assez nouveau pour moi car, par manque d’athlètes, tout le monde court en même temps, hommes, femmes, tous types de handicaps. C’est parti très vite et je me suis retrouvée toute seule entre les différents pelotons, je n’étais pas habituée. C’est assez déstabilisant, car on court contre des athlètes avec des handicaps beaucoup plus lourds et pénalisants que le sien. J’espère qu’un jour, on pourra avoir des catégories pour tout le monde.
Vous êtes très peu à performer en valide et para. Comment gérez-vous ?
C’est compliqué car en plus je fais de la route et de la piste ! Il y a des événements qui se chevauchent, donc j’ai arrêté la piste. Pour ce qui est para/valide, je décide en fonction de l’intérêt des courses et du calendrier. Celui du para est très peu fourni, alors qu’en valide, on a des courses tous les week-ends, de février à octobre. Je n’ai jamais pensé arrêter le para au profit des valides et inversement. Les deux font partie de moi.
Para ou valide, je n’ai jamais voulu choisir, les deux font partie de moi.
Quand vous êtes-vous mise à la piste ?
Tard, en 2021. En Mayenne on n’avait pas de piste, j’ai débuté en intégrant le pôle France car en paracyclisme cette discipline est bien développée. C’est même un passage obligé si on veut participer aux JO. Pour ceux de Paris, on s’est tellement préparées physiquement et mentalement… L’année des JO, on était sur la piste de Roubaix une semaine sur deux. Intense ! Je pense que c’est grâce à cela que j’ai pu remporter une médaille d’argent en poursuite individuelle C5 (aux JO de Paris, elle a remporté deux autres médailles sur route : celle du contre-la-montre C5 et de la course en ligne C4-5, ndlr).
Pour 2028, vous avez des ambitions ?
Maintenant que je me suis remise à la route avec mon équipe Breizh Ladies, j’ai plus un objectif Tour de France qu’olympique. J’aimerais bien performer sur des championnats du monde. Être polyvalente comme Pauline Ferrand-Prévot, qui est une grande source d’inspiration pour moi. C’est tellement énorme d’être aussi forte partout que ce soit en VTT, sur route. C’est la GOAT du cyclisme !
Vous avez été désignée égérie Chanel. Une première pour une athlète para…
Je suis tellement reconnaissante d’intégrer ce monde du luxe et de la mode qui est très éloigné de moi à la base, qui m’intéressait, mais timidement, et où je ne me sentais pas légitime. Et quand j’ai compris que ma personnalité, plus que mon handicap, avait primé dans ce choix, j’avoue que j’ai trouvé ça trop beau !