Portrait de Jey, danseur français et référence mondiale du footwork.
© Little Shao/Red Bull Content Pool
Breaking

Jey : « Le break est infini, c’est une boucle »

Avec près de 25 ans de présence active dans le milieu, Jey, danseur français et référence mondiale du footwork, revient sur sa passion et les valeurs qui l’ont guidé.
Écrit par Tom Chaix
Temps de lecture estimé : 5 minutesPublished on
Il y a quelque chose de psychique dans la naissance et le développement du Hip-Hop en France. Dès l’arrivée des premiers clips de rap et de vidéos de danse sur les ondes TV au début des années 1980, de nombreux jeunes de l’Hexagone ont été comme hypnotisés et conquis par cette nouveauté culturelle. Jérémy « Jey » Barege, né en 1980 à Laval, en fait partie, et en a fait sa vie.

Jey, vous êtes internationalement connu dans le monde du break. Comment le Hip-Hop est-il entré dans votre vie ?

Il y avait une ambiance assez hip-hop à la maison. Mon grand frère jouait en boucle les albums de IAM, NTM... On était branchés sur les chaînes de clips vidéos ricains. À l’époque, bien que j’étais déjà très sportif, que j’aimais beaucoup le BMX, le skate... Je ressentais quelque chose de particulier en voyant ces clips, en écoutant la musique. J’ai commencé à m’entraîner seul dans ma chambre et me suis pris de passion.

Pourquoi le breaking ?

Ça peut paraître cliché, mais je pense que c’est en partie lié au fait que je vivais dans un quartier. J’étais entouré de diversité depuis mon plus jeune âge. Il y avait beaucoup de danses – surtout de la hype, du smurf, du new jack... En voyant du break à la télé, ces clips, j’avais l’impression de comprendre, de voir quelque chose qui m’était accessible, qui était proche de ma réalité. Aussi, j’étais déjà fan de hip-hop et d’electro-funk, et j’avais la possibilité désormais de réagir à cette musique, de lui donner du relief, d’aller au-delà de la simple écoute. Je n’en avais pas conscience à l’époque, mais j’airessenti une connexion culturelle. Enfin, pour faire du break, on n’a besoin d’aucun matériel, il faut juste de la musique et un sol. Je me suis vraiment retrouvé là-dedans.

B-boy Jey pose pour un portrait dans les montagnes d'Almaty avant le deuxième jour du Red Bull BC One Camp 2018 au Kazakhstan.

B-boy Jey danse dans les montagnes d'Almaty

© Little Shao/Red Bull Content Pool

Puis vous avez fait partie du crew historique Legiteam Obstruxion...

Il y avait très peu de monde qui faisait du break à Laval – j’en profite pour remercier Momoze d’avoir lancé la dynamique. Très rapidement, j’ai été amené à voyager en France pour chercher d’autres personnes qui faisaient la même chose que moi. Avec mon premier collectif, Kombo, je me rappelle d’une rencontre déterminante avec le groupe Legiteam D, de Caen, en 2002. En 2006, partant d’un objectif commun qui était d’être les meilleurs, nous avons lié nos forces sous le nom de Legiteam Obstruxion.

Et vous avez bien fait,quand on voit le palmarès de ce crew, dont quatre titres de champion de France entre 2007 et 2022. Et donc beaucoup de travail...

À l’époque, le break ne proposait aucun débouché. C’est-à-dire que vouloir être le meilleur était synonyme de sacrifice mais aussi de passion et d’amitié. Et c’est cela qui est valorisant. Qu’est-ce qui est mieux que d’entreprendre des projets de groupe avec ses amis, que de se battre ensemble pour atteindre des objectifs communs ? On était conscients que l’on expérimentait un truc fort, cool, que l’on vivait la culture Hip-Hop ensemble, à notre manière. Cela vaut tous les sacrifices du monde !

La qualité et la diversité de votre footwork (jeu de jambes) sont reconnues, quand avez-vous eu ce déclic ?

Bizarrement, dès le début. Je dis « bizarrement » car j’ai commencé à une époque où le break n’était pas du tout axé footwork. J’ai commencé avec des cassettes VHS du Rock Steady Crew dans lesquelles les mecs ne faisaient que ça. Je me sentais à l’aise dans cette position, j’arrivais à me faire plaisir, à créer... Dans Legiteam Obstruxion, j’avais le rôle de footworker, et j’ai adoré ça. Petit à petit, je voyais que certains danseurs s’inspiraient ou reprenaient mes variantes. Cela m’a motivé à pousser la recherche encore plus loin. En continuant de travailler le mouvement, j’ai commencé à m’intéresser à son origine, son histoire pour aller plus loin dans ma compréhension. Je voulais avoir ma place dans ce monde, être connu et reconnu pour mon footwork. J’ai décidé de ne faire que des battles footwork jusqu’à en devenir une référence.

Ces mêmes footworks qui vous ont amené à parcourir le monde entier, à être invité pour juger, enseigner...

C’est toute la magie du break. C’est fou car, lorsque j’étais seul dans ma chambre il y a vingt-cinq ans à apprendre le 3-Step sur VHS, je ne me doutais pas que ce même step m’amènerait là où je suis. En 2017 j’ai créé le programme Footworkerz, une manière de transmettre ce que j’ai pu apprendre. Le break est infini, c’est une boucle dans laquelle on revient toujours aux bases pour continuer d’évoluer.

Êtes-vous toujours aussi passionné après vingt-cinq ans de présence ?

Toujours. On a toujours dansé avec passion, sans ne rien attendre en retour, sans même se demander si cela allait mener quelque part. C’est la manière la plus pure d’évoluer dans cet art.