Cyclisme

L'art secret de la descente à vélo

© sportograf
Parce que s'arracher pour gagner 400 mètres dans un col ne sert à rien si on les perd dès les premiers lacets de la descente, le coach Ian Jenner nous explique comment mieux gérer les pentes.
Écrit par Charlie AllenbyPublié le
Dans l’univers du vélo de route, l’ascension représente le cœur de la discipline. C’est l’exercice prioritaire sur lequel chacun cherche à s’améliorer : qu’il s’agisse de battre ses records personnels ou tout simplement d’arriver au sommet d’un col exigeant. Mais qu’en est-il une fois que vous avez justement atteint ce sommet ? Il va bien falloir descendre, et ce sur des routes aussi sinueuses que dangereuses.
« La plupart des cyclistes sur route affectionnent les montées mais appréhendent les descentes » explique Ian Jenner, créateur de Rule 5 Cycle Coaching. « L’une des plus grandes peurs des cyclistes, quand il s’agit de descendre, c'est avoir la sensation que le vélo leur échappe, notamment quand ils se retrouvent sur les cols les plus pentus. »
Jenner nous livre ici quelques conseils sur la meilleure manière de dévaler les cols et de garder la même confiance en montée qu’en descente.
Sur la route du Marathon des Dolomites
Sur la route du Marathon des Dolomites

1. Gardez confiance

« Si vous n’êtes pas particulièrement doué en descente, la première chose sur laquelle vous devez vous concentrer est d’avoir au moins confiance en votre vélo. En descente, on peut souvent observer des cyclistes placer leur main sur les cocottes parce que cette position semble plus confortable. Mais mieux vaut mettre ses mains en bas du cintre. Cela vous permettra d’aller plus vite et vous offrira un meilleur contrôle du vélo. Votre freinage sera également plus efficace et votre centre de gravité plus bas. Vous aurez ainsi un meilleur contrôle général de votre vélo. »
« Avant de vous lancer dans la descente, testez cette position sur du plat. Si vous vous entraînez à bien l’adopter, la descente n’en sera que plus facile. »

2. N'ayez pas peur de la vitesse

« Les vélos modernes sont conçus pour être très rapides en descente et en ligne droite. On craint souvent que notre vélo ne soit plus très stable à haute vitesse, mais ça n’arrive jamais avec les vélos de route haut de gamme qui sont commercialisés aujourd’hui. Si vous êtes à l'aise et détendu, laissez votre machine faire le travail. Le vôtre en sera grandement facilité. »
« Le feeling que vous avez sur le vélo en descente est primordial. Inutile de regarder votre compteur et de vous faire peur en voyant la vitesse affichée. Mieux vaut regarder devant soit et ressentir la vitesse pour vous vous adapter au mieux à la route qui se présente sous vos roues. »
Le long des Gorges de Cheddar
Le long des Gorges de Cheddar

3. Utilisez les freins au bon moment

« L'une des pires choses que vous puissiez faire lors d’une descente est d’utiliser les freins en permanence. Vos jantes peuvent alors devenir très chaudes et cela pourrait faire fondre la colle à rustine que vous auriez récemment utilisée lors d’une crevaison. Le pneu peut aussi se déchirer ou déjanter dans le pire des cas. Mieux vaut appuyer fortement sur les freins une fois, puis maintenir sa vitesse. Ce sera moins dangereux et également plus confortable. »
« L’autre point important est de freiner avant le virage. Au moment où vous prenez une épingle, la force exercée sur vos pneus est la plus importante. Ils travaillent alors de façon intense pour garder une bonne adhérence à la route. Le genou intérieur est décollé du cadre et se penche à l’intérieur du virage, tout en laissant le buste accompagner l’ensemble dans cet axe. Évitez de freiner dans l’épingle, cela réduit l’adhérence du vélo, et notamment de la roue avant. Vous devez avoir suffisamment baissé votre vitesse en amont du virage. »

4. Les yeux rivés sur la sortie du virage

« Le regard doit toujours être porté vers la sortie du virage. Evitez de regarder 2 ou 3 mètres devant vous. Vos yeux doivent fixer la suite du virage. Cela vous aidera à adopter une bonne trajectoire. »
« Il faut prendre la trajectoire la plus droite possible. Si la sécurité prime avant tout, vous pouvez également regarder plus loin dans la pente si une voiture arrive. Si ce n’est pas le cas, vous pouvez alors couper davantage le virage pour ressortir vers l’extérieur. »
Tim Johnson sur Mulholland Drive
Tim Johnson sur Mulholland Drive

5. Détendez-vous pour plus de confort

« Pour les personnes qui ne sont pas habituées à descendre, un long col peut être douloureux pour les omoplates, les mains ou les bras. C’est la conséquence d’une tension accumulée pendant toute la descente. Il faut savoir se détendre sur le vélo, même quand le dénivelé négatif s’enchaîne sur 20 minutes. Evitez de vous crisper autant que vous le pouvez. »
« Heureusement, la plupart des descentes proposent aussi des sections plus plates qui sont l’occasion de se détendre pour le cycliste. Bougez sur votre vélo, adoptez une autre position. Ces petits mouvements vous aideront à terminer la descente dans de bonnes conditions. »

6. Pédaler ou pas ?

« Je conseille toujours de continuer à pédaler autant que possible dans les descentes. Il faut toujours penser qu’une longue descente va très probablement être suivie d'une nouvelle montée, notamment quand on roule dans les Alpes ou les Pyrénées. Les cols s’y enchaînent souvent rapidement. Et si vous n’avez pas pédalé pendant 20 minutes au cours de la descente, vos jambes se seront probablement refroidies. Elles vont devenir raides et ne seront pas assez efficaces pour attaquer un nouveau col dans la foulée. Continuez à pédaler pendant la descente, même si l’effort vous paraît superflu. »
La course cycliste de Quebranthahuesos
La course cycliste de Quebranthahuesos

7. Progressez à petits pas

« Il est préférable de s’exercer en descente sur des petits cols. Concentrez-vous sur les virages, placez vos mains en bas du cintre et regardez vers la sortie. Si vous sentez que votre technique est au point sur des descentes faciles, tentez la même chose sur un dénivelé plus fort. C’est comme ça que vous progresserez et que votre confiance grandira. »

8. Gardez toujours les voitures à l’œil

« La sécurité passe avant tout. Non seulement vous allez croiser des voitures qui montent pendant que vous descendez, mais d’autres véhicules sont susceptibles de vous doubler par l’arrière. Les voitures passent souvent très près des cyclistes. Ajoutez à cela un fort dénivelé et un enchaînement de virages, et la situation peut alors vite devenir compliquée pour le cycliste. Inutile de croire qu’en descendant à 50 ou 60 km/h, les véhicules n’oseront pas vous doubler. Il faut jeter un œil à ce qu’il se passe derrière vous et avoir toujours à l'esprit que vous ne roulez pas sur une route fermée. »