Le skateur professionnel Vincent Matheron en action dans le bowl du Prado en 2018.
© Red Bull Content Pool
Skateboard

Vincent Matheron : « le skate, c’est la liberté »

Du bowl du Prado jusqu’aux Jeux olympiques de Tokyo, laissez-moi vous raconter comment le skate a bouleversé ma vie.
Écrit par Vincent Matheron
Temps de lecture estimé : 6 minutesPublié le
Voici ma philosophie : si tu ne prends pas de risques dans la vie, tu n’avances pas. Ce mantra m’a toujours guidé et c’est peut-être grâce à lui que je peux aujourd’hui vivre de ma passion : le skateboard.
Cette discipline, je l’ai découverte grâce à mon père, Patrick, qui m’a fait grimper sur un skate qu’il avait pris soin de découper pour l’adapter à ma taille. Mon oncle Seb et lui sont de véritables passionnés de sports extrêmes, c’est un vrai truc de famille. Ils font aussi du surf et de la moto, deux disciplines auxquelles je me suis essayé avant de revenir au skate systématiquement. Je kiffais vraiment les sensations que le skate procurait. Probablement un peu plus que les autres, et c’est peut-être ce qui m’a fait progresser et m’a amené à ce niveau aujourd’hui. J’avais tout juste 4 ans quand j’ai appris mes premiers tricks au bowl du Prado, que je connais aujourd’hui comme ma poche.
Le jeune Vincent Matheron fait du skate lors d'une compétition.
Un petit Vincent
Le skateur Vincent Matheron en action lors d'un contest de skateboard quand il était jeune.
Toujours le même
01

Punk’s not dead

Le skate, c’est la liberté. C’est un état d’esprit que j’ai tout de suite aimé. Pendant une session, j’ai juste besoin de ma planche et je peux aller rider en bas de chez moi ou à l’autre bout de la ville… bref un peu n’importe où. Aucun coach ne t’explique ce qu’il faut que tu fasses ou ce que tu dois travailler. Tu as envie d’apprendre tel trick ? Tu le fais. Tu n’as pas envie où ça ne te plaît pas ? Tu arrêtes. C’est ce que je trouve vraiment cool. Une approche que Tony Trujillo a incarné toute ma jeunesse. Je le considère comme l’un des meilleurs skateurs punks des années 2000 et c’est, aujourd’hui encore, une icône et un modèle.
Le jeune Vincent Matheron plaque un trick en skateboard.
Teenage Kicks
À cette époque, j’étais évidemment loin d’imaginer que je consacrerais ma vie à ma passion. J’ai eu une enfance normale, j’allais à l’école, je faisais du skate en famille, du surf. C’était un hobby comme un autre. Rien n’était sûr. D’ailleurs, rien n’est jamais sûr dans le skate. C’était avant tout des moments de partage. D’autant plus que ma mère est prof, donc l’école a toujours été une priorité. C’était ‘passe ton bac d’abord’, et je n’ai pas eu le choix.
02

Du Prado à la Californie

À 6 ans, je participe pourtant au Quiksilver bowlrider, mon premier contest. La compétition pour les enfants se déroulait alors sur le parking du bowl du Prado, car le bowl était à ce moment réservé aux pros. Puis, jusqu’à mes 12 ans, j’ai enchaîné les petites compétitions dans le genre. J’aimais ces contests dans la mesure où je les prenais avant tout comme des compétitions contre moi-même et où l’on se retrouvait avec tous les jeunes du meme âge qui sont devenus, par la suite, de vrais amis. Et c’est pendant ces moments-là que je me donnais à fond. C’est d’ailleurs toujours le cas aujourd’hui, j’essaie de donner le meilleur de moi-même en permanence.
À 12 ans, je participe à mes premiers championnats de France. C’est à cette période que je me rapproche de Jérémie Grynblat et Alex Giraud, deux figures emblématiques de la scène skate marseillaise qui m’ont emmené aux championnats d’Europe puis aux championnats du monde. Ils ont été comme des grands frères pour moi et je les en remercie beaucoup.
Portrait du skateur professionnel français Vincent Matheron en 2014
Vincent en 2014
En 2013, je termine deuxième derrière Greyson Fletcher sur la Sosh Freestyle Cup à Marseille. Puis, en 2014, je termine premier des qualifications du Van Doren Invitational à Huntington Beach, en Californie, pour lequel une partie du bowl de Marseille avait été reproduite. C’est peut-être l’année ou ma notoriété a pris un peu d’ampleur en dehors de la France.
En 2015, je me suis blessé au genou pendant mon run de présentation lors de la Sosh freestyle Cup. Le coup dur. Je ne savais pas ce que j’avais, je suis allé voir un docteur qui m’a dit que je pourrais refaire du skate deux mois plus tard, donc j’ai passé l’été sans skater. Deux mois après, ça n’allait toujours pas. En effet, j'avais subi une rupture totale des ligaments croisés. Je me suis fait opérer et j’ai dû faire de la rééducation.
Le Francais Vincent Matheron saute en skate pendant la Simple Session 2015 à Tallinn, en Estonie.
Vincent en pleine Simple Session 2015
Pendant cette période, je dois admettre que je perdais un peu espoir au niveau de mon avenir dans le skateboard. Je connaissais Tom Pagès avec qui j’étais en rééducation au CERS, qui m’avait alors dit une phrase qui résonne encore dans ma tête : “Quand tu tombes, tu te relèves deux fois plus fort.”
Portrait du skateur pro Vincent Matheron à Paris, en France.
Vincent en 2017
Je pense que plus tu voyages et plus tu progresses
Et l’avenir lui a donné raison. En 2018, je gagne La Kantera Pro au pool d’Algorta, à Bilbao, avant de décrocher une 5ème place au Red Bull Bowl Rippers, à domicile, sur le bowl du Prado. En 2019, je remporte l’International Skateboarding Open de Nanjing en Chine, je finis 2ème au Vans Park Series à Paris et à la Mystic Sk8 Cup à Prague et, enfin, je re-deviens champion de France de bowl à Perpignan.
C’est d’ailleurs cette année-là que je prends la décision de déménager en Californie. Pourquoi ? Parce que la vision du skate y est totalement différente et que la scène est beaucoup plus importante. Je voulais vivre le rêve américain. Je pense que plus tu voyages et plus tu progresses parce que tu changes constamment de skatepark. Tu t'inspires de ce qui se passe ailleurs. Tu vois des choses différentes, tu grandis et tu fais évoluer ton skate.
Le blockbuster de l’été : Tony Hawk et Vincent Matheron à Encinitas, Californie. Un pilier de la culture alternative mondiale et un jeune Marseillais qui déploie ses ailes aux USA.
Tony Hawk et Vincent Matheron à Encinitas, Californie
03

Rêves olympiques

Après une année mise entre parenthèses à cause du Covid, ça arrive enfin : je me rends à Tokyo pour disputer les premiers Jeux Olympiques de la discipline. Je vis une expérience de dingue… mais je me remets alors d’une blessure à la cheville et je ne peux pas être à 100%. Mais pas question de se laisser décourager pour autant. Je veux absolument prendre ma revanche lors des Jeux Olympiques de Paris 2024. Ça me motive que ça se passe chez moi en France. Pour m’y préparer pleinement, je suis d’ailleurs revenu de Californie. J’avais envie de me rapprocher des miens et de rentrer en Europe. J’y ai beaucoup de projets, dont un prochain trip en Espagne pour un projet vidéo, une chose à laquelle j’ai pris goût.
Vincent Matheron ride en skateboard dans un bowl en Californie, aux États-Unis.
California Dreaming en 2022
Quand j’étais jeune, je n’aimais pas trop filmer. C’est venu lorsque j’étais aux États-Unis. C’est une approche du skate que je ne connaissais pas vraiment. Faire des tournées avec d’autres gars passionnés par la même chose que toi, c’est le paradis. C’est l’une des meilleures choses qui existent dans le skate, car je pense que ça te pousse à te donner à fond, à faire les choses parfaitement. Et ça te motive presque autant que la compétition. La prochaine que je prépare, d’ailleurs, ce sont les championnats du monde de skate qui se dérouleront à Rio en octobre 2022. Reste à savoir ce qu’ils me réservent…

4 minutes

Vincent Matheron & Tony Hawk : la rencontre entre deux générations

Découvrez la rencontre entre l’un des prodiges du skate français, Vincent Matheron, et son héros Tony Hawk.