Le pilote de voltige français Mikaël Brageot en pleine performance pendant le championnat du monde Red Bull Air Race 2019.
© Andreas Langreiter/Red Bull Content Pool
Air Race

Mais que se passe-t-il dans le corps des pilotes de voltige ?

Force G, pesanteur et troubles cognitifs : deux spécialistes nous parlent de ce qu'endure le corps des pilotes de voltige quand ils enchaînent les figures à 400 km/h.
Écrit par Red Bull France
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Tout le monde a-t-il les capacités de s'installer dans le cockpit d'un avion pour enchaîner les vrilles, tonneaux et autres boucles ? "Dans ce sport, on voit tous les échantillons de la population", répond le champion d'Europe de voltige et pilote français du Red Bull Air Race, Mikaël Brageot. Et la particularité de cette discipline, c’est que tout le monde concourt sur les mêmes épreuves, hommes ou femmes, et sans catégories d’âge."

Gérer la 3D

Tout le monde n'est pas disposé à devenir pilote pout autant. "La voltige aérienne demande certaines prédispositions", précise-t-il, "à commencer par la gestion des trois dimensions". Si cette gestion s’apprend, certaines personnes sont en mesure de l'appréhender plus facilement. D'autres ne la supportent pas, et le manifestent par des vertiges, par exemple.
"Pour évoluer en trois dimensions il faut qu’on visualise les choses avant de les réaliser en l’air, donc au sol", explique-t-il. "C’est pour cette raison qu'on voit parfois les pilotes de la Patrouille de France répéter mentalement leur trajectoire et leurs mouvements au sol, de façon à ne pas être surpris en vol. Cette préparation va donc nous permettre de nous repérer dans l’espace et de travailler efficacement puisqu'on aura déjà la visibilité des manoeuvres".
Le Français Mikael Brageot pilote son avion de pendant les finales de la compétition de voltige aérienne Red Bull Air Race 2019, au lac Balaton, en Hongrie.

Mikaël Brageot

© Predrag Vuckovic/Red Bull Content Pool

Subir la force G

Au-delà de cette gestion des trois dimensions, les pilotes doivent également être capables d'encaisser des facteurs de charge - les fameux G - qui peuvent être multipliés par dix pendant les phases d'accélération - jusqu'à 400 km/h - d'un avion de voltige. Ces facteurs de charge vont être responsables des plus importants chocs physiologiques que vont subir les pilotes, explique le docteur en physiologie des environnements extrêmes, Fabrice Joulia.
"En temps normal, le corps humain est soumis à la pesanteur", explique-t-il. "Cette pesanteur fait que tous nos organes, nos tissus et notre sang descendent vers le bas". C'est la fameuse loi universelle de la gravitation, définie par un certain Isaac Newton. Puisque la nature est bien faite, le coeur fait donc constamment en sorte de remonter le sang vers la tête.
"Dès qu'un pilote de voltige va accélérer, la force G fait que le sang va descendre encore plus vers le bas du corps. Le coeur va donc devoir travailler encore plus pour faire remonter le sang au niveau du cerveau. S'il n'y parvient pas, ça va perturber l’approvisionnement en oxygène du cerveau et le système auditif et la vision du pilote seront alors troublés." Bref, autant dire que ce n'est pas l'idéal.
Mikaël Brageot fait une figure pendant une séance d'entraînement du championnat du monde de voltige Red Bull Air Race 2019, à Chiba, au Japon.

Une trajectoire bien précise

© Predrag Vuckovic/Red Bull Content Pool

Gainage et pantalon anti-G

Alors, comment éviter ces complications ? Tout simplement en limitant au maximum la circulation sanguine là où ce n'est pas nécessaire. "Pour ça, il faut réussir à contracter sa ceinture abdominale, son dos, ses cuisses de façon à limiter leur afflux sanguin. Une fois que cette manoeuvre devient un réflexe, on peut monter aisément monter en facteurs de charge."
Sur le même principe, le pilote peut également s’aider d’une ceinture ou d’un pantalon anti-G connecté à l’avion, qui se resserre automatiquement et limite ainsi la circulation sanguine dans la partie inférieure du corps. Pas mal, non ?
Mais Mikaël Brageot est clair : "le corps a de plus en plus de mal à encaisser les facteurs de charge avec le temps. En plus de ça, les changements brutaux de trajectoires ou les rotations, d’un point de vue musculaire et articulations, ça peut laisser des traces. Il y a des exemples de pilotes qui, au bout d’un certain temps, ne sont plus capables d’encaisser ces manoeuvres-là parce que l’oreille interne n’arrive plus à suivre, par exemple. Il en résulte alors des sensations de vertige, ce qui est rédhibitoire". Tout le monde ne s'appelle pas Pete Mitchell.
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