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VTT

« Je pensais que je ne pourrais pas revenir à mon meilleur niveau »

Come-back, doublé mondial, VTT électrique, Jeux Olympiques : on a rencontré Pauline Ferrand-Prévot pour faire le bilan d'une saison folle. Entretien sans freins.
Écrit par Red Bull France
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C’est le come-back de l’année. Après trois ans de galères, de douleur et de larmes, la pilote rémoise est redevenue championne du monde de VTT cross-country en août dernier. Un sacre venu couronner une saison inespérée, au cours de laquelle la Française a été chercher le moindre titre à sa portée et signé deux victoires en coupe du monde. Rencontre avec une miraculée.
Pauline Ferrand-Prévot descend la piste des Championnats de monde de VTT cross-country  2019 à Mont Saint-Anne.
Journée de titre à Mont Sainte-Anne
Tu viens tout juste de te fracturer le nez lors du test event des JO 2020. Comment ça va ?
Ça va. Je devais me faire opérer la semaine dernière, mais j’ai juste un petit décalage de 1,3 mm, et le chirurgien a décidé qu’une intervention n’était pas nécessaire. On va attendre un peu, puis je repasserai une radio.
Qu’est ce qui s’est passé ?
J’ai pris un départ assez catastrophique. J’étais loin, j’ai voulu revenir, et j’ai collé une fille qui a freiné devant un pierrier. Je n’avais pas assez d’élan, et je suis passée par-dessus le vélo. Mais c’est de ma faute hein, donc ça me servira de leçon.
Cette année, tu as surtout réussi à te remettre de la fameuse endofibrose iliaque qui avait gâché tes trois dernières saisons. Comment as-tu fait pour t’en débarrasser ?
Au départ, les gens de mon équipe, en Allemagne, ne me croyaient pas quand je leur disais qu’il s’agissait peut-être d’une endofibrose. Ils m’ont d’abord dit que c’était dans ma tête, puis que je manquais de gainage. Je me suis donc beaucoup remise en question, pendant trois ans, mais la douleur était de plus en plus intense. Du coup, j’ai fait de nouveaux tests l’année dernière et l’endofibrose a été détectée. C’était évident, en fait. Mais il fallait qu’un spécialiste se penche dessus.
Derrière, c’est allé très vite. La chirurgie de janvier a été hyper-efficace…
Oui et non. Je n’ai pu reprendre le vélo qu’au bout de deux mois. Mais le problème, c’est que je n’avais rien fait de tout l’hiver à cause de la douleur et que la reprise a été compliquée. Surtout les mois de mai et de juin. J’ai stagné, et j’ai pensé que je ne pourrais pas revenir à mon meilleur niveau.
Et puis tout s’est débloqué au mois d’août. Tu gagnes Val di Sole et Snowshoe en coupe du monde.
Oui, mais à partir de Vallnord et des Gets, ça allait déjà mieux. Après ça, je ne suis plus redescendue du podium.
Il y a surtout eu Mont-Saint-Anne, fin août. Ton deuxième titre mondial après trois années difficiles. On imagine que ça a été un soulagement pour toi comme pour ton clan. Tu peux nous raconter ce moment ?
J’étais très bien toute la semaine, en fait. Je ne me considérais pas comme favorite, de toute façon, donc je n’étais pas hyper stressée. Bon, après, je me suis accroché avec une fille après le départ, et j’avais 30 secondes de retard sur Jolanda Neff au bout d’un demi-tour. Je me suis dit que ça allait être compliqué. Mais techniquement, c’était propre, je relançais bien, et j’ai donc fait ma course comme un contre-la-montre pour remonter les filles et refaire mon retard. L’arrivée, c’était irréel. J’ai mis pas mal de temps à réaliser que j’avais gagné. Le soir, je n’y croyais toujours pas.
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On s’est évidemment beaucoup focalisé sur ta forme physique ces dernières années, mais as-tu réussi à travailler sur ta technique, pendant ce temps là ?
Oui. Je l’ai pas mal fait l’année dernière lors d’un test en Afrique du Sud, justement parce que j’avais mal à la jambe. J’ai notamment pu récupérer un peu de fluidité. Il y a encore un peu de vitesse à gagner et je ne suis pas encore super à l’aise sur les sauts, mais j’ai bossé, oui. Notre sport devient de plus en plus technique. On ne peut plus arriver en coupe du monde et se contenter de prendre la ligne B uniquement parce que les autres prennent la ligne A. Et le parcours des JO est super-technique, en plus…
Oui parce que même si tu es tombée, tu as pu le tester, ce fameux parcours japonais.
Exactement. On a fait une reconnaissance à pied et deux autres en vélo. Je suis donc d’autant plus déçue par la course que je passais assez vite à l’entraînement. Après, il va falloir que je bosse cet hiver pour passer les pierriers plus rapidement et gagner en fluidité. Il y a des petites secondes à gagner par-ci par-là.
On se souvient que les Jeux de Rio ont été très compliqués pour toi et on imagine que tu as une grosse envie de revanche, mais comment tu vas faire pour ne pas te mettre trop de pression et risquer la contre-performance ?
Disons que si je suis concentrée uniquement sur les Jeux, ça ne sera pas la meilleure façon d’y arriver. Après, je me suis sentie très bien là-bas. C’est un pays hyper-agréable, et je n’avais pas vraiment ressenti ça à Rio. C’est donc une bonne chose, déjà.
La championne du monde de VTT XC 2019, Pauline Ferrand-Prévot ride sur la piste de la Coupe du monde de MTB cross-country à Vallnord.
Dans les rochers de Vallnord
Tu vas t’économiser un peu avant, pour arriver en forme ?
Oui. Cette année, je n’ai pas fait de cyclo-cross l’hiver et je n’ai repris qu’en mars. J’avais donc beaucoup plus de fraicheur que mes concurrentes en fin de saison. Je pense donc que je vais reproduire le même schéma l’année prochaine, en faisant notamment l’impasse sur quelques courses et en établissant un calendrier qui va me permettre de progresser sans me cramer.
En avril dernier, tu es aussi devenue championne de France de VTT électrique, après avoir décidé de participer au tout dernier moment…Tu connaissais un peu la discipline, quand même ? (Rires)
Oui, j’en avais fait à l’entraînement, en reprise, parce que je n’avais pas le droit de trop forcer, et j’ai pris beaucoup de plaisir. Et puis on m’a proposé de participer aux Championnats de France et je l’ai fait sur un coup de tête. La veille, à 22h, je ne savais toujours pas si j’allais y aller. Finalement je l’ai fait et ça s’est super bien passé. C’est une belle discipline.
Oui, mais très controversée dans le milieu…
C’est vrai. Certains considèrent que c’est un truc de fainéant…Moi je pense qu’ils n’ont pas essayé. Parce que je pensais comme eux avant, mais en fait, ça fait aussi mal aux jambes que le vélo normal. Par contre, ça va plus vite. Après, il faut que ce soit très contrôlé et que tout le monde soit logé à la même enseigne. La triche, ça peut être tentant pour certains.
Au-delà du VTT AE, tu es aussi devenue championne du monde de VTT marathon en septembre. Tu connaissais ce format ?
Non ! (rires) À la base, je pensais participer aux Championnats du Monde sur Route dans le Yorkshire, mais comme je n’avais pas roulé sur route depuis longtemps, je me suis dit que c’était peut-être un peu prétentieux. Je me suis donc dit que la Marathon, c’était un bon moyen de rester en forme pour le test event Olympique…
On parle quand même d’une course de 70km. Tu n’as pas trop souffert de la distance ?
La dernière heure était très compliquée. Je me suis demandé comment j’allais finir. Les autres étaient à 30 secondes derrière moi. 4 heures de course à fond, c’est dur. J’ai mis une semaine à m’en remettre. Mais bon, c’était dans le Valais, il faisait beau et les descentes étaient très techniques, donc j’ai pris du plaisir.
Pourquoi faire autant de choses ? C’est une façon d’enrichir ton palmarès ? Ton arsenal technique ? Ou tout simplement de réveiller l’envie de rouler ?
Je ne pense jamais aux titres avant de faire tout ça. L’objectif, c’est de découvrir de nouvelles choses. Même si j’ai évidemment envie de gagner, je pense avant tout à prendre du plaisir.
Tu n’as pas roulé sur route en compèt depuis 2018 et on sait que tu ne feras pas l’épreuve Olympique à Tokyo. Tu en es où, à ce niveau là ?
Je m’amuse moins sur route. Les courses sont de plus en plus longues et cadenassées par les équipes. Moi, j’aime courir à l’instinct. Je pars à fond et tout se fait à la pédale. C’était ça, chez les filles, il y a quelques années. Maintenant, ça ressemble de plus en plus au cyclisme des mecs. Ça se professionnalise, mais je préfère l’ambiance du VTT. C’est une vraie famille. On s’entraide et on se respecte. C’est moins le cas sur route. Et puis, je me suis foirée à Londres et Rio en voulant faire les deux, donc je me dis qu’il ne faut pas que je refasse la même erreur. Je ne dis pas que je ne roulerai plus jamais sur route, mais pour le moment, ce n’est pas l’idée !